Structuration des filières en sol vivant, par Anne Trombini, Nina Bigaud & Anthony Thuaud

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Dans cette intervention, Anne Trombini et Nina Bigaud, du Mouvement pour une Agriculture du Vivant, expliquent comment structurer des filières en sol vivant pour faire arriver les produits agroécologiques jusqu’aux magasins et aux assiettes. Leur approche repose sur quatre leviers complémentaires : développement économique, coopération entre acteurs, pédagogie et financement de la transition. Plutôt qu’un label, elles défendent un socle agronomique commun, ouvert à tous, fondé sur la santé des sols, la progression des pratiques et la coresponsabilité de toute la chaîne, de l’agriculteur au distributeur. Un référentiel de progrès permet d’évaluer les exploitations sans critères éliminatoires, dans une logique d’amélioration continue. Anthony Thuaud, pour Brioche Pasquier, illustre cette dynamique avec une filière blé menée avec Soufflet, visant à sécuriser la transition des agriculteurs. La vidéo souligne enfin les grands défis à venir : mesurer les résultats, diffuser les savoirs et recréer de la valeur.

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Résumé
Dans cette intervention, Anne Trombini et Nina Bigaud, du Mouvement pour une Agriculture du Vivant, expliquent comment structurer des filières en sol vivant pour faire arriver les produits agroécologiques jusqu’aux magasins et aux assiettes. Leur approche repose sur quatre leviers complémentaires : développement économique, coopération entre acteurs, pédagogie et financement de la transition. Plutôt qu’un label, elles défendent un socle agronomique commun, ouvert à tous, fondé sur la santé des sols, la progression des pratiques et la coresponsabilité de toute la chaîne, de l’agriculteur au distributeur. Un référentiel de progrès permet d’évaluer les exploitations sans critères éliminatoires, dans une logique d’amélioration continue. Anthony Thuaud, pour Brioche Pasquier, illustre cette dynamique avec une filière blé menée avec Soufflet, visant à sécuriser la transition des agriculteurs. La vidéo souligne enfin les grands défis à venir : mesurer les résultats, diffuser les savoirs et recréer de la valeur.

Pendant deux semaines, on vous propose de (re)découvrir la journée agroécologie au Salon de l'Agriculture 2020 !



Introduction

Cette intervention présente l’action concrète du Mouvement pour une agriculture du vivant, à travers un focus sur la structuration des filières agroécologiques. Anne Trombini et Nina Bigaud y expliquent comment organiser les filières pour que les produits issus de l’agriculture du vivant puissent arriver jusqu’aux magasins et aux assiettes, tout en recréant de la valeur pour les agriculteurs, les entreprises et la société.

L’idée centrale est que l’agroécologie n’est pas seulement un ensemble de pratiques agricoles : c’est un projet collectif, fondé sur le sol vivant, qui doit concerner toute l’agriculture et, au-delà, l’ensemble de la société.

L’agroécologie comme mouvement de terrain

L’agroécologie est présentée d’abord comme un mouvement né du terrain. Ce sont les agriculteurs, à partir de leurs constats et de leurs expérimentations, qui ont initié cette dynamique et fait émerger des solutions.

L’enjeu aujourd’hui n’est plus seulement de reconnaître l’intérêt de ces pratiques, mais de les rendre incontournables et généralisées dans toute l’agriculture française. Les intervenantes rappellent que les sujets liés au carbone, à la biodiversité et à l’eau sont désormais omniprésents dans les médias et concernent l’ensemble de la société. Ce sont des sujets collectifs, qui touchent chacun individuellement.

Dans cette perspective, le Mouvement pour une agriculture du vivant a été créé il y a deux ans pour passer à l’action. À la date de l’intervention, il rassemble :

  • 37 entreprises adhérentes ;
  • environ 500 agriculteurs adhérents ;
  • un réseau de partenaires techniques et financiers.

L’agroécologie est décrite comme un sujet qui ne peut avancer que par l’intelligence collective et la coopération entre acteurs.

La mission du mouvement : structurer des filières agroécologiques

La mission du mouvement est de structurer des filières agroécologiques. En effet, même si plusieurs dizaines de milliers d’agriculteurs pionniers mettent déjà en œuvre ces pratiques, ils restent encore très minoritaires.

La vraie question posée est donc : comment faire pour que tous les agriculteurs puissent passer à l’agroécologie, qu’ils soient en agriculture biologique ou conventionnelle, en maraîchage, en grandes cultures ou en viticulture ?

Le sol est présenté comme un sujet transversal à toute l’agriculture, et surtout comme un bien commun. C’est un principe fondamental du propos : la question du sol ne peut pas être privatisée. Le mouvement a précisément été créé pour répondre à cet enjeu, en rassemblant l’ensemble des acteurs autour de solutions construites collectivement.

Les quatre leviers d’action

Pour structurer ces filières, le mouvement travaille sur quatre leviers complémentaires.

Le développement économique

Les intervenantes rappellent que l’on n’est encore qu’au début de la connaissance du vivant. Même si les témoignages et expériences montrent qu’il existe déjà beaucoup de solutions, il reste encore de nombreuses choses à découvrir et à comprendre.

Le développement économique consiste donc à construire des modèles viables qui permettent de diffuser ces pratiques à grande échelle.

La coopération

La coopération est un axe majeur. Il existe encore aujourd’hui beaucoup de défiance entre le monde agricole, les filières et les consommateurs. L’agroécologie est présentée comme un projet porteur d’espoir, capable de réconcilier ces différents acteurs autour d’un objectif commun.

Le mouvement cherche donc à créer les conditions concrètes de cette coopération au sein des filières.

La pédagogie

Un effort immense de pédagogie est jugé nécessaire. Il faut diffuser un message d’espoir et de solutions, aussi bien dans le monde agricole que dans les entreprises, auprès des consommateurs et plus largement dans la société.

Cette journée elle-même est présentée comme participant à cet effort pédagogique.

Le financement de la transition

Le financement de la transition est le quatrième levier. Les dimensions de risque financier et de valeur sont encore trop peu abordées alors qu’elles sont essentielles. La transition agroécologique ne pourra pas se déployer massivement sans mécanismes économiques permettant d’accompagner les agriculteurs et les autres acteurs de la filière.

Recréer de la valeur

Les intervenantes insistent sur un point important : il n’y a aujourd’hui plus beaucoup de valeur dans les filières agricoles. Le sujet n’est donc plus seulement celui de la répartition de la valeur, mais bien celui de sa recréation.

Les pratiques agroécologiques sont présentées comme génératrices de valeur pour l’ensemble de la société. L’enjeu est donc de reconstruire collectivement cette valeur, puis de réussir à la reconnaître et à la faire circuler tout au long des filières jusqu’au consommateur.

Un mouvement collectif de l’amont à l’aval

Le mouvement rassemble des acteurs très variés :

  • des entreprises de la grande distribution ;
  • des industriels de la transformation ;
  • des grossistes ;
  • des coopératives agricoles ;
  • des négoces ;
  • des partenaires techniques ;
  • des partenaires financiers.

L’idée n’est pas de mettre un acteur plus en avant qu’un autre, mais de rappeler que chacun a une responsabilité dans la transition.

Pourquoi ne pas faire un label ?

Un point important de l’intervention est le refus de réduire la démarche à une charte, un label ou une simple démarche qualité.

Les intervenantes montrent qu’il existe déjà en magasin une multitude de logos et de signes de qualité, qui placent souvent le consommateur face à des choix impossibles : rémunération, protection des abeilles, limitation des nitrates, etc. Or, selon elles, le problème vient précisément de cette segmentation des enjeux.

L’agroécologie est une approche globale et systémique. Les agriculteurs mettent en place des systèmes cohérents ; il faut donc être capable de reconnaître cette cohérence et de la valoriser comme telle.

Le mouvement se définit ainsi comme un socle agronomique commun, ouvert et partagé. Cette base doit être accessible à tous, en open source, et pouvoir être intégrée dans différentes démarches qualité existantes. Les labels et démarches existants sont donc invités à s’associer à cette dynamique en intégrant la dimension du sol, qui manque selon les intervenantes dans la quasi-totalité des cahiers des charges actuels.

Sans sol fertile et en bonne santé, il n’y aura pas d’agriculture demain.

Les ambitions sur le volet filière

Les ambitions du mouvement pour la structuration des filières se déclinent en quatre points.

Remettre l’agronomie au cœur des exigences qualité

Il s’agit de replacer l’agronomie et la santé du sol au centre des exigences qualité, alors qu’elles sont aujourd’hui très rarement prises en compte.

Valoriser l’agronomie comme une opportunité

L’idée est aussi de sortir d’une logique uniquement fondée sur la contrainte. Trop souvent, les agriculteurs se voient imposer des cahiers des charges vécus comme extérieurs à leur métier. À l’inverse, l’agronomie doit être reconnue comme une opportunité de progrès et de création de valeur.

Valoriser la progression

L’agroécologie est une démarche de temps long. Elle se construit par étapes, par observation, expérimentation, ajustements et apprentissages successifs. Cette progressivité doit être reconnue et valorisée, même si elle est plus difficile à raconter au consommateur qu’un système binaire du type « conforme / non conforme ».

Maintenir la production

Enfin, l’objectif est bien de maintenir la production agricole, tout en conciliant cette exigence avec des résultats environnementaux positifs.

La méthode de travail sur les filières

Nina Bigaud présente ensuite la méthode suivie dans les activités du mouvement.

Le principe de base est celui d’une coresponsabilité entre les acteurs. La création de valeur dans les filières et la mise en place de la transition agroécologique ne peuvent pas reposer sur un seul maillon. Il ne s’agit pas seulement pour l’agriculteur de changer ses pratiques, ni seulement pour l’acheteur de modifier ses modes d’achat. C’est l’ensemble de la filière qui doit évoluer.

Cette transformation concerne à la fois :

  • les agriculteurs ;
  • les coopératives et négoces ;
  • les transformateurs ;
  • les distributeurs.

Le référentiel de progrès pour les agriculteurs

Pour les agriculteurs, le mouvement a mis en place un outil de diagnostic des pratiques et des résultats agroécologiques : un référentiel de progrès.

Ce référentiel repose sur la mesure de différents indicateurs liés notamment :

  • au carbone ;
  • à la biodiversité ;
  • à plusieurs critères agronomiques.

Il s’adresse à tous les agriculteurs, qu’ils soient en agriculture biologique ou conventionnelle. Le système fonctionne avec une notation sur plusieurs critères, pour un total de 100 points.

L’objectif n’est pas d’imposer une trajectoire unique, mais de permettre à l’agriculteur de se situer et d’identifier les leviers techniques qu’il peut activer en priorité.

Des enjeux communs à tous les systèmes

Le référentiel est conçu pour être adapté à des systèmes très différents :

  • en agriculture biologique, l’enjeu peut être de restaurer la fertilité des sols et de limiter le travail du sol ;
  • en agriculture conventionnelle, il peut intégrer la réduction des intrants et de la dépendance à la chimie.

Les thématiques agronomiques restent néanmoins communes.

Les critères agronomiques

Parmi les critères mentionnés, la couverture végétale des sols occupe une pondération importante, en raison des bénéfices qui ont été rappelés tout au long de la matinée.

Le stockage de carbone est également pris en compte, avec notamment :

  • la réalisation régulière d’analyses de sol ;
  • l’évaluation du taux de [[matière organique]] ;
  • l’état global du sol.

Les principes du référentiel

Plusieurs principes structurent cette démarche :

  • aucun critère n’est éliminatoire ;
  • la note finale résulte d’un score global ;
  • un seuil de 40 % a été fixé pour considérer qu’un système peut déjà être qualifié d’agroécologique ;
  • le rythme de progression n’est pas imposé.

Ce seuil n’est pas présenté comme une frontière rigide, mais comme une limite pratique nécessaire dans le cadre des filières, pour savoir à partir de quand un niveau minimal de pratiques agroécologiques peut être reconnu et valorisé.

Le rythme de progression est laissé à la discussion entre les acteurs des filières.

L’engagement des entreprises

Une démarche similaire existe pour les entreprises membres du mouvement.

Lorsqu’elles adhèrent, elles s’engagent à :

  • participer à un projet collectif ;
  • former et sensibiliser leurs équipes en interne à l’agroécologie ;
  • accompagner leurs fournisseurs dans la transition, notamment via des projets pilotes agronomiques ;
  • mettre en place des pratiques de contractualisation plus sécurisantes.

Là encore, le rythme de déploiement n’est pas imposé de manière uniforme. Les objectifs de progression en volume agroécologique sont définis collectivement à l’échelle de chaque filière.

Comment reconnaître un produit agroécologique ?

Une question importante est ensuite abordée : s’il n’y a pas de label, comment savoir qu’un produit est agroécologique ?

La réponse donnée est qu’il serait illusoire de vouloir valoriser immédiatement des produits si le consommateur ne connaît pas encore l’agroécologie et n’est pas sensibilisé à ses externalités positives.

Avant toute communication produit, il faut donc mener un travail massif d’acculturation et de pédagogie. Ce travail a déjà été engagé depuis deux ans, d’abord dans le monde agricole, puis dans les filières, et commence à être adressé au grand public.

Les intervenantes insistent sur la nécessité de ne pas brûler les étapes.

Une communication progressive

Le choix a donc été fait d’adopter une démarche très progressive :

  • dans un premier temps, pas de communication produit ;
  • possibilité pour les membres de communiquer sur leur adhésion au mouvement ;
  • à partir de 2020, développement d’actions collectives de pédagogie.

Parmi ces actions, il est fait mention d’une infographie sur le sujet du sol diffusée sur les réseaux sociaux. L’objectif est de commencer à parler de l’agroécologie, de ses externalités positives, puis de mettre progressivement en lumière les trajectoires de progrès, tant dans le monde agricole que dans les filières.

La conviction exprimée est que la création de valeur ne pourra intervenir qu’une fois la confiance du consommateur restaurée sur la crédibilité de la démarche.

L’état d’avancement : 33 projets de filière

Après deux ans de travail, 33 projets de filière sont en cours. Ils visent à réunir les acteurs d’une même filière autour d’un projet d’accompagnement de transformation des pratiques agricoles et de structuration économique.

Ces projets concernent différentes productions :

Au total, 14 catégories de produits sont concernées, sur de nombreux bassins de production.

L’idée principale est de montrer que le mouvement s’accélère et que des agriculteurs, dans toutes les régions et dans de nombreuses productions, sont déjà en marche.

L’exemple de Brioche Pasquier

Pour rendre la démarche plus concrète, un échange est proposé avec Anthony Thuaud, directeur général de l’activité biscotte de Brioche Pasquier et membre pilote du mouvement depuis septembre 2018.

Pourquoi une entreprise de transformation s’intéresse à l’agroécologie

Anthony Thuaud explique que l’histoire de Brioche Pasquier aide à comprendre cet engagement.

L’entreprise, créée il y a 45 ans comme boulangerie familiale dans un petit village du Maine-et-Loire, a grandi tout en restant fortement ancrée dans les territoires ruraux. Ses usines ont été implantées à la campagne, au plus près des bassins de consommation.

Il rappelle aussi l’existence historique d’Agri Pasquier, activité conservée par l’entreprise pour maintenir un lien avec le monde agricole.

Au niveau des produits, l’entreprise a toujours voulu préserver une certaine authenticité et un vrai savoir-faire. Par exemple, les temps de process artisanaux ont été conservés, même à grande échelle.

Le programme « La nature a du temps »

Il y a quelques années, l’entreprise a lancé un projet appelé « naturalité », structuré aujourd’hui dans un programme intitulé « La nature a du temps ».

Ce programme repose sur plusieurs engagements :

  • préserver le goût ;
  • garder le levain dans les produits ;
  • améliorer la recyclabilité des emballages ;
  • réduire les intrants et contaminants dans les matières premières.

C’est en travaillant sur la filière céréales, dont Brioche Pasquier est l’un des principaux consommateurs de blé en France, que l’entreprise a découvert l’agroécologie.

Anthony Thuaud explique avoir retrouvé dans cette approche plusieurs points d’adhérence avec l’ADN de l’entreprise :

  • une vision globale ;
  • une démarche positive ;
  • la valorisation du savoir-faire ;
  • une dynamique d’innovation et d’amélioration continue.

Embarquer les équipes en interne

Pour inscrire ce projet dans la durée, l’entreprise a commencé par former ses équipes en interne afin de bien comprendre l’agroécologie.

Cette sensibilisation ne concerne pas seulement la R&D ou le marketing, mais va jusqu’aux opérateurs, avec des supports et des temps adaptés. L’objectif est de faire de l’agroécologie un projet mobilisateur pour l’ensemble des salariés, à la fois cohérent avec les produits et porteur de sens.

Un projet filière blé avec le groupe Soufflet

Le principal projet présenté concerne la filière céréales, en particulier le blé.

Un premier test a été mené avec le groupe Soufflet et des agriculteurs pionniers, afin d’évaluer concrètement la faisabilité de la démarche. À la suite de cette première étape, un travail de contractualisation a été engagé pour impliquer davantage d’agriculteurs, de l’ordre de 30 à 40.

L’objectif annoncé par Brioche Pasquier est qu’en 2023, environ 10 % de ses approvisionnements en blé soient issus de blé agroécologique, ce qui représente déjà un volume très conséquent, de plus de 15 000 tonnes.

Comment le projet a été construit

Nina Bigaud précise que ce projet s’est déployé en plusieurs étapes.

Une première année de structuration

La première année visait à étudier la faisabilité et le potentiel de déploiement d’une démarche agroécologique dans cette filière.

Le projet pilote a démarré avec 18 agriculteurs. Chez Soufflet, deux personnes du service agronomique ont été formées puis sont allées réaliser des diagnostics chez des groupes d’agriculteurs, afin :

  • d’évaluer leur niveau par rapport au référentiel ;
  • d’identifier le potentiel d’approvisionnement pour une filière comme celle de Brioche Pasquier.

Un travail économique sur le coût de revient

Un second chantier a porté sur l’économie du projet. À l’aide d’un outil de simulation, différentes trajectoires techniques ont été modélisées :

  • un scénario conventionnel ;
  • un scénario de transition vers l’agroécologie ;
  • un scénario de système agroécologique plus abouti.

Ces simulations ont été réalisées dans différents contextes de sols et de production. Elles ont permis d’aborder de manière concrète la question du coût de revient et du modèle économique de la filière.

Les difficultés rencontrées

Anthony Thuaud souligne qu’il ne faut pas avoir de tabou sur les difficultés.

La première difficulté concerne la valorisation. La transition agroécologique prend du temps, et cette période de transition nécessite aussi d’être financée. L’entreprise contribue donc, via l’association mais aussi via des primes, à partager le risque pris par les agriculteurs.

Mais tant que le sujet n’est pas suffisamment connu et valorisé auprès des consommateurs, la question reste entière : comment faire reconnaître cette valeur en bout de chaîne ?

Une autre difficulté tient à l’énergie et au temps nécessaires pour mettre ces démarches en place. On n’est pas dans l’immédiateté.

La question du modèle économique

Sur la valorisation, Anthony Thuaud indique qu’un travail est mené pour objectiver la mesure des risques et le partage des coûts entre les différents acteurs : agriculteur, meunier et transformateur.

L’idée est qu’il existe un prix de base rémunérateur pour l’agriculteur, auquel peuvent ensuite s’ajouter des éléments liés aux résultats obtenus.

Il rappelle également un point important : ce qui rend l’agroécologie intéressante, c’est qu’au-delà de la période de transition, elle doit devenir rentable par rapport à un système conventionnel.

Les intervenantes confirment que toute la difficulté est de trouver un modèle économique qui fonctionne pour tous les acteurs, alors même qu’il n’existe pas encore aujourd’hui la capacité d’aller chercher pleinement, jusqu’au consommateur, la valeur liée à ces pratiques.

Les grands chantiers à ouvrir collectivement

Pour créer cette valeur manquante, plusieurs grands chantiers restent à ouvrir.

La pédagogie

Le premier est celui de la pédagogie. Il faut sensibiliser et partager largement ce message positif autour de l’agriculture et des services qu’elle rend.

La mesure des résultats

Le deuxième est la mesure des externalités positives. Il faut pouvoir produire des indicateurs transparents, crédibles, validés scientifiquement et accessibles économiquement.

Les intervenantes soulignent qu’aujourd’hui il serait trop coûteux de généraliser certaines mesures sophistiquées sur toutes les exploitations. Il faut donc travailler à la fois :

  • sur le choix des indicateurs ;
  • sur les méthodes de mesure ;
  • sur la réduction du coût de cette mesure.

L’objectif est de rendre accessible l’information sur les externalités positives produites par l’agriculture.

La diffusion du savoir

Le troisième chantier est celui de la diffusion des savoirs. Pour embarquer 100 % des agriculteurs, il faut lever encore de nombreux freins, convaincre, montrer, donner envie.

Les pionniers jouent ici un rôle essentiel comme porte-parole. Le numérique est également mobilisé, notamment avec Ver de Terre Production, pour montrer le mouvement en marche et donner envie d’agir.

Là encore, les intervenantes insistent sur l’urgence et sur le caractère collectif de cette diffusion des connaissances.

La création de valeur

Enfin, le quatrième chantier est celui de la création de valeur elle-même. Cela renvoie à la nécessité d’inventer de nouveaux outils économiques, capables de rémunérer les externalités positives produites par l’agriculture.

Le sujet du carbone est cité comme une piste importante, avec l’idée de développer des démarches positives permettant de valoriser les pratiques qui stockent du carbone et rendent d’autres services environnementaux.

Conclusion

La conclusion prend la forme d’un appel à la coopération.

Les 33 projets pilotes montrent que des acteurs sont déjà engagés et prêts à donner un signal au monde agricole. Mais pour aller plus loin, la responsabilité doit être partagée bien au-delà de ces seuls pionniers.

Sont appelés à s’impliquer :

  • les filières ;
  • les consommateurs ;
  • la recherche ;
  • les institutions ;
  • le gouvernement ;
  • les collectivités.

Les valeurs produites par cette agriculture sont décrites comme des biens communs, liés à des services écosystémiques qui bénéficient à tous. Leur reconnaissance et leur rémunération ne peuvent donc pas reposer uniquement sur les filières.

Le message final est clair : l’agriculture du vivant porte beaucoup d’espoir et de solutions pour l’ensemble de la société. Plus les acteurs seront nombreux à coopérer, plus la transition pourra avancer vite.