Semis-direct sous couvert permanent de trèfle blanc en Bretagne, JP. Turlin
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Jean Philippe TURLIN est conseiller agronome en Chambre d’Agriculture en Bretagne et travaille sur la mise en place d’un couvert permanent en agriculture de conservation des sols. L’objectif est de réduire le temps durant lequel le sol d’une parcelle est nu, après la récolte d’une culture et avant la levée d’un couvert végétal semé après récolte. Il travaille avec le trèfle blanc, qui est une plante qui a besoin de lumière et de chaleur pour pousser, ce qui la rend compatible avec différentes cultures (colza, céréales) dans le pédoclimat breton. Dans les essais réalisés, le couvert a pu être gardé de 1 à 4 ans, avant d’être rattrapé par des adventices comme le Ray Grass. Le trèfle étant une légumineuse, il permet de réduire les apports d’azote.
Cette conférence a eu lieu lors du 24e festival du Non Labour et du Semis Direct (NLSD), à Pontivy (Morbihan) en septembre 2024.
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Chapitrage :
00:00 Zapping d‘introduction
00:45 Présentation du contexte et historique
03:42 Résultats des premiers essais
06:56 Pourquoi le trèfle blanc ?
08:04 Semis direct sous couvert permanent de trèfle : résultats
10:10 Implanter le couverts de trèfle dans le colza : 2 techniques
12:34 Implanter le couvert de trèfle dans le blé
13:35 Variétés de trèfle
14:01 Semis de blé dans le trèfle
16:28 Témoignage de Roland Hallegouet, agriculteur dans le Finistère
23:01 Témoignage d’Erwan Caradec, éleveur dans le Finistère
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Introduction : Le concept de couvert permanent
Dans le cadre des techniques de semis direct en Bretagne, l’objectif est de maintenir une couverture végétale permanente pour éviter les périodes de sol nu entre les cultures, qui peuvent durer jusqu’à deux mois après la récolte. Jean-Philippe Turlin, animateur du groupe TCS29, explique que ces phases sans végétation sont préjudiciables. En Bretagne, le trèfle blanc est privilégié pour sa capacité à s’adapter aux milieux acides et son comportement physiologique particulier : il ne se développe qu’avec de la chaleur et de la lumière. Cette technique permet de maintenir un couvert durant 1 à 4 ans.
Le contexte breton et la gestion du trèfle blanc
La Bretagne présente des conditions spécifiques : une pluviométrie importante (plus de 240 jours de pluie par an) et des températures modérées. Bien que favorable à la biomasse, ce climat favorise également la pression des adventices. L’utilisation du trèfle blanc repose sur ses propriétés :
- Stolons et graines : Il se multiplie efficacement, assurant la pérennité du couvert.
- Développement saisonnier : Il reste en dormance lors des périodes fraîches (automne/hiver) et ne concurrence la culture en place que lorsqu’il reçoit suffisamment de lumière, notamment après la récolte.
- Adaptabilité : Le choix de la variété est crucial selon que la parcelle est séchante ou humide.
Techniques de mise en place
Le semis peut être réalisé de plusieurs manières, mais la précision de la profondeur est déterminante. Un semis trop profond est la cause principale d’échecs.
- Semis avec la culture : Le trèfle est semé en même temps que le colza.
- Sursemis : Dans les céréales (blé, triticale), le trèfle est semé à la volée entre décembre et janvier.
- Gestion chimique : Le désherbage doit être adapté. Il est déconseillé d’utiliser des produits qui détruiraient le trèfle trop tôt, sauf si l’objectif est une destruction printanière pour libérer de l’azote.
Témoignages de terrain : Roland Hallegouet et Erwan Caradec
Expérience de Roland Hallegouet (Guipavas)
Roland utilise le trèfle blanc dans sa rotation après des pommes de terre. Il sème son blé début octobre, soit en mélange direct, soit par sursemis hivernal. Il observe une synergie entre le carbone apporté par les pailles et l’azote restitué par le trèfle. Pour gérer la biomasse du trèfle, il utilise une faucheuse à section, ce qui permet de calmer la plante sans la détruire, tout en facilitant la digestion des résidus par le sol.
Expérience d’Erwan Caradec (Finistère Sud)
Pour Erwan, le facteur limitant est l’azote en raison des contraintes réglementaires (limitation des épandages). Il utilise le trèfle blanc comme une “usine à azote” :
- Valorisation : Il détruit le trèfle en sortie d’hiver pour récupérer entre 40 et 80 unités d’azote.
- Performance : Cette pratique lui permet d’obtenir des rendements élevés (78 q/ha) avec un taux de protéines supérieur (14,5 %) tout en réduisant ses apports minéraux.
- Santé des cultures : L’absence de sol nu limite l’effet “splash” (projections d’eau chargée de spores), ce qui réduit significativement la pression des maladies comme la septoriose et permet de diminuer l’usage des fongicides.
Perspectives et limites
La technique demande une courbe d’apprentissage. Jean-Philippe Turlin souligne que la gestion de la compétition est primordiale : une mauvaise maîtrise peut entraîner une chute de rendement, le blé ne valorisant plus l’azote s’il est en concurrence directe avec une légumineuse trop vigoureuse. À l’avenir, des essais sont menés (notamment par Arvalis) sur d’autres espèces comme la luzerne dans des zones où l’enracinement profond permet un meilleur étagement des systèmes racinaires, bien que cela reste complexe dans le contexte humide breton.