Que faire après la grêle ? avec Marceau Bourdarias, Davy Chodjaï & Alain Canet

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Dans ce direct consacré à l’après-grêle, Marceau Bourdarias échange avec Davy Chodjaï, Jean-Baptiste Cordonnier, Alain Canet et Hervé Coves sur les bons réflexes à adopter au vignoble. L’idée centrale : avant d’agir, il faut diagnostiquer l’état de la vigne, sa vigueur, ses réserves et le niveau réel des dégâts. Les intervenants expliquent comment la plante redémarre après destruction des sarments, notamment via les contre-bourgeons et entre-cœurs, et pourquoi certaines interventions rapides peuvent aider à préserver le potentiel de taille et la récolte suivante. Ils insistent aussi sur l’importance de continuer les travaux en vert, la prophylaxie et la protection sanitaire, même si la récolte est compromise. Le débat montre qu’après la grêle, l’enjeu n’est pas seulement de sauver l’année en cours, mais aussi de préparer la suivante en favorisant la photosynthèse, la mise en réserve et une architecture de vigne plus résiliente.

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Résumé
Dans ce direct consacré à l’après-grêle, Marceau Bourdarias échange avec Davy Chodjaï, Jean-Baptiste Cordonnier, Alain Canet et Hervé Coves sur les bons réflexes à adopter au vignoble. L’idée centrale : avant d’agir, il faut diagnostiquer l’état de la vigne, sa vigueur, ses réserves et le niveau réel des dégâts. Les intervenants expliquent comment la plante redémarre après destruction des sarments, notamment via les contre-bourgeons et entre-cœurs, et pourquoi certaines interventions rapides peuvent aider à préserver le potentiel de taille et la récolte suivante. Ils insistent aussi sur l’importance de continuer les travaux en vert, la prophylaxie et la protection sanitaire, même si la récolte est compromise. Le débat montre qu’après la grêle, l’enjeu n’est pas seulement de sauver l’année en cours, mais aussi de préparer la suivante en favorisant la photosynthèse, la mise en réserve et une architecture de vigne plus résiliente.

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Aujourd'hui, on continue le cycle avec Que faire après la grêle ? avec Marceau Bourdarias, Davy Chodjaï & Alain Canet?


Avec Arbre & Paysage 32 et Pour une Agriculture du Vivant.



Introduction

Bienvenue sur ce direct de Vers de terre production consacré à une question d’urgence : que faire après la grêle ?

Autour de cet échange :

L’objectif de cette discussion est d’aider les vignerons à raisonner leurs interventions après un épisode de grêle, en restant au plus près de la physiologie de la vigne. L’enjeu n’est pas seulement de sauver ce qui peut l’être sur la récolte en cours, mais aussi de préserver la plante pour l’année suivante.

La question centrale est la suivante : après la destruction partielle ou totale des sarments, faut-il intervenir, ne rien faire, chercher à relancer la production, ou au contraire laisser la vigne reconstituer ses réserves ?

Les objectifs après la grêle

Selon Marceau Bourdarias, il faut d’abord sortir d’une logique de recette automatique. Après la grêle, la bonne décision dépend :

  • du niveau de destruction,
  • de l’état initial de la vigne,
  • de sa vigueur,
  • de ses réserves,
  • des moyens humains et financiers disponibles sur l’exploitation.

L’idée est donc de faire un diagnostic avant d’agir.

Ce diagnostic vise à répondre à plusieurs questions :

  • les pertes sont-elles totales ou partielles ?
  • la plante est-elle vigoureuse ou déjà fragile ?
  • avait-elle une bonne dynamique avant l’accident ?
  • avait-elle déjà été pénalisée par des carences, un manque de réserves, une mauvaise alimentation ou des stress précédents ?
  • le domaine a-t-il les moyens techniques de passer rapidement dans les parcelles ?

Toutes les vignes ne réagiront pas de la même façon. Une vigne dynamique, bien équilibrée et bien pourvue en réserves n’aura pas la même capacité de résilience qu’une vigne faible ou déjà en difficulté.

Comprendre où en est la plante au moment de la grêle

Pour raisonner les interventions, il faut comprendre la phase physiologique dans laquelle se trouve la vigne.

Marceau Bourdarias rappelle un fonctionnement simplifié du cycle annuel :

  • Au printemps, la vigne est d’abord dans une phase de débourrement et de développement.
  • Cette phase repose en grande partie sur les réserves accumulées l’année précédente.
  • Ensuite, après la floraison, la plante entre davantage dans une phase de croissance, avec production de pousse néoformée.
  • Puis viennent la maturation, l’initiation florale pour l’année suivante, et enfin la mise en réserve jusqu’à la chute des feuilles.

Le point essentiel est le suivant : au moment de la grêle de printemps, la vigne dépend encore fortement de ses réserves. Cela signifie que l’impact de la grêle ne peut pas être évalué sans regarder ce qui s’est passé l’année précédente.

La question devient donc :

  • comment la plante a-t-elle mis en réserve l’an dernier ?
  • a-t-elle bien fonctionné après vendange ?
  • a-t-elle eu la capacité de prolonger sa croissance et de stocker efficacement ?

L’importance de la mise en réserve de l’année précédente

Davy Chodjaï insiste sur la nécessité d’observer la plante avant et après vendange. Un indicateur important est la capacité des rameaux à prolonger leur croissance puis à conserver cette qualité jusqu’à la fin de saison.

Cette lecture permet ensuite d’ajuster la taille, notamment en adaptant la charge en bourgeons à la vigueur réelle de la plante.

Marceau Bourdarias rappelle que si l’on laisse trop de bourgeons à la taille, la vigne dépense beaucoup d’énergie au printemps pour faire sortir des rameaux qui seront ensuite supprimés à l’ébourgeonnage. Cette énergie est alors perdue.

Ainsi :

  • une vigne bien équilibrée entre sa vigueur et sa charge débourre plus régulièrement ;
  • une vigne surchargée en bourgeons dépense trop de réserves pour un développement inutile ;
  • au moment de la grêle, cette différence de gestion antérieure devient déterminante.

Une vigne qui a déjà gaspillé beaucoup d’énergie au printemps aura moins de capacité à repartir.

Ce que la grêle détruit réellement

La grêle ne retire pas seulement une partie du feuillage ou de la récolte. Elle casse brutalement un système en cours de développement, souvent à un moment où la plante a déjà fortement puisé dans ses réserves.

Après la grêle, plusieurs cas peuvent se présenter :

  • des rameaux cassés mais encore partiellement présents ;
  • des baguettes presque totalement dépouillées ;
  • dans les cas extrêmes, plus aucun rameau fonctionnel.

La relance de la végétation pourra alors venir de deux types d’organes :

  • les contre-bourgeons : ils peuvent prendre le relais si le bourgeon principal a été détruit ;
  • les entre-cœurs : ils partent à l’aisselle des feuilles encore présentes.

La différence est importante.

Les contre-bourgeons peuvent, dans de nombreux cas, porter des fleurs. Ils peuvent donc contribuer à une petite relance de production si la vigueur le permet.

Les entre-cœurs, eux, sont surtout utiles pour reconstruire du feuillage et reconstituer les réserves. Ils ne sont généralement pas porteurs d’une vraie production équivalente à celle d’un rameau principal, même s’ils peuvent jouer un rôle pour l’année suivante.

Faut-il intervenir ou laisser faire ?

Le message principal de Marceau Bourdarias est clair : dans une vigne cultivée, on ne peut pas simplement “laisser faire la nature”.

La vigne de production est une plante fortement conduite, taillée, orientée, contrainte. Elle n’est plus dans un fonctionnement spontané. Si l’on arrête totalement de l’accompagner après la grêle, on prend le risque de :

  • perdre la qualité des bois pour la taille suivante,
  • créer des broussailles difficiles à gérer,
  • compliquer fortement la taille de l’hiver,
  • diminuer la qualité de l’architecture de la plante pour plusieurs années.

L’expérience de terrain montre que ne rien faire coûte souvent plus cher ensuite.

Pourquoi il faut penser d’abord à la taille de l’année suivante

L’un des fils directeurs de l’échange est qu’après la grêle, il faut raisonner non seulement la saison en cours, mais aussi la taille de l’année suivante.

Davy Chodjaï explique que, même si l’intervention a un coût immédiat, ce coût est souvent récupéré ensuite :

  • au relevage,
  • à la taille,
  • dans la rapidité d’exécution,
  • et dans la qualité de l’architecture du cep.

Il indique avoir observé des gains de temps importants à la taille lorsque le travail avait été fait rapidement après accident.

L’idée est donc de reconstruire dès maintenant de beaux bois de taille, plutôt que de laisser s’installer une végétation désordonnée qu’il faudra corriger plus tard avec difficulté.

Le retour d’expérience de Jean-Baptiste Cordonnier

Jean-Baptiste Cordonnier, viticulteur dans le Médoc, apporte un témoignage issu d’épisodes successifs de gel et de grêle.

Sur son domaine, il a subi :

  • un fort gel en 2017, avec une récolte très faible ;
  • puis un épisode de grêle en 2018.

Selon lui, les conséquences du gel et de la grêle sont comparables dans la manière dont la vigne est traumatisée et dans les décisions à prendre ensuite.

Il explique avoir expérimenté tout le spectre des réponses :

  • l’absence totale d’intervention sur certaines parcelles,
  • des interventions ciblées et suivies sur d’autres.

Son retour est très net :

  • là où il a été possible d’intervenir, cela a été bénéfique ;
  • les dépenses engagées tout de suite ont permis d’économiser ensuite ;
  • le risque de double peine est réel si l’on abandonne la vigne après le sinistre.

Cette double peine correspond notamment :

  • à une plus grande sensibilité aux maladies cryptogamiques,
  • à une prophylaxie plus difficile,
  • à des ceps désorganisés pour la taille suivante.

Il rappelle aussi qu’après des accidents répétés, certaines vieilles vignes faibles peuvent ne plus avoir d’avenir économique. Dans ce cas, le sinistre peut conduire à accélérer un programme de replantation.

Faut-il garder une récolte ou la sacrifier ?

Une question posée pendant le direct concerne les contre-bourgeons : même s’ils peuvent porter des inflorescences, ne vaut-il pas mieux supprimer les grappes pour favoriser la mise en réserve ?

La réponse de Marceau Bourdarias est nuancée :

  • cela dépend de la surface foliaire que la vigne sera capable de reconstruire ;
  • cela dépend de la vigueur de la plante ;
  • cela dépend aussi du projet du domaine.

Il est possible :

  • de conserver un peu de production si la plante a les moyens ;
  • de limiter la charge en supprimant une partie des grappes ;
  • ou de privilégier totalement la reconstruction de la vigne.

Il souligne que, dans certains cas, on peut aussi adapter la vinification et accepter de faire un vin différent, plus précoce ou moins ambitieux, plutôt que de rechercher à tout prix le profil habituel.

Davy Chodjaï va dans le même sens : sur les parcelles trop touchées ou pas assez armées en réserves, il peut être préférable de faire sauter la récolte et de se concentrer sur la taille future.

L’intérêt des tailles avec coursons

Un point important de l’échange concerne les systèmes de taille qui conservent des coursons.

Selon Marceau Bourdarias, les vignes conduites avec des coursons, ou plus généralement avec une logique de taille douce, s’en sortent souvent mieux après gel ou grêle.

Pourquoi ?

  • parce que les coursons font sortir moins de rameaux ;
  • parce qu’ils consomment moins d’énergie ;
  • parce qu’ils permettent de mieux répartir les réserves ;
  • parce qu’ils donnent des points de relance plus fiables pour reconstruire la plante.

Quand on a gardé des coursons après la baguette, on dispose souvent de solutions plus intéressantes pour refaire du bois après un accident.

Cela rejoint l’idée plus générale que la manière de tailler en année normale conditionne la résilience future de la vigne.

Comment intervenir concrètement sur les ceps touchés

Marceau Bourdarias décrit plusieurs types d’intervention, selon le niveau de dégâts.

Sur la baguette

Quand la baguette est abîmée mais pas totalement perdue, il peut être pertinent de :

  • supprimer les rameaux cassés ;
  • favoriser la sortie des contre-bourgeons ;
  • parfois conserver un rameau terminal, même sans inflorescence, pour qu’il continue à alimenter et hydrater la baguette.

L’idée est de ne pas assécher brutalement la baguette en supprimant tout. À cette période, la plante n’est plus dans les conditions du tout début de printemps ; un retrait trop brutal peut compromettre la relance.

Sur les coursons

Lorsqu’il y a encore de la possibilité de repartir sur les coursons, Marceau Bourdarias explique qu’on peut :

  • réduire le courson juste après le premier entre-cœur utile ;
  • sélectionner ensuite un seul rameau de reconstruction ;
  • préparer ainsi directement le bois de taille de l’année suivante.

L’objectif est d’éviter d’avoir plusieurs entre-cœurs concurrents ou des structures brouillonnes à reprendre plus tard.

Selon lui, en travaillant ainsi, on peut obtenir l’année suivante des bois de taille très proches, visuellement, de ceux d’un cep non grêlé.

Les entre-cœurs peuvent-ils être fertiles l’année suivante ?

Un point souvent mal compris est abordé : les entre-cœurs sont généralement considérés comme peu intéressants pour la production.

Marceau Bourdarias nuance fortement cette idée. Son retour d’expérience après la grêle de 2018 montre que des baguettes prolongées par des entre-cœurs ont pu être fertiles l’année suivante.

Il rappelle que l’initiation florale se construit entre la floraison et la véraison. Si l’entre-cœur a eu suffisamment de temps et de lumière pour bien se développer, il peut former des bourgeons aptes à porter des grappes l’année suivante.

Autrement dit :

  • un entre-cœur n’est pas forcément stérile pour l’avenir ;
  • sa valeur dépend de son développement réel ;
  • il faut donc raisonner au cas par cas.

L’importance de la lumière et des travaux en vert

Pour préparer la récolte de l’année suivante, la lumière reçue par les bourgeons est capitale.

En s’appuyant sur la physiologie de la vigne, Marceau Bourdarias rappelle que l’initiation florale dépend notamment de la lumière reçue directement par les bourgeons à la base des feuilles.

Conséquence pratique :

  • il faut éviter le fonctionnement en broussaille ;
  • il faut séparer les rameaux ;
  • il faut organiser le feuillage de manière à bien exposer les bourgeons.

Cela constitue un plaidoyer fort en faveur des travaux en vert :

  • ébourgeonnage,
  • épamprage raisonné,
  • relevage propre,
  • sélection des rameaux.

Après la grêle, reconstruire une architecture aérée et ordonnée n’est donc pas seulement une question de facilité de conduite : c’est aussi une façon de préparer l’initiation florale de l’année suivante.

Faut-il continuer à traiter ?

Oui, clairement.

Jean-Baptiste Cordonnier comme Davy Chodjaï insistent sur ce point : même si la récolte est compromise, il ne faut pas abandonner la protection sanitaire.

Une vigne grêlée :

  • est blessée,
  • est désorganisée,
  • peut devenir plus sensible aux maladies,
  • et si elle est mal structurée, elle devient plus difficile à protéger.

Davy Chodjaï précise toutefois que si tout est tombé avant toute réelle zone de sensibilité, le raisonnement peut varier. Mais dès lors qu’il existe encore de la végétation à sauvegarder, il faut la protéger.

L’enjeu n’est plus seulement la vendange de l’année : c’est la capacité de la plante à refaire du feuillage sain, du bois sain, et des réserves.

Pourquoi éviter de rogner

Marceau Bourdarias déconseille de rogner après la grêle, sauf contrainte absolue de circulation ou de traitement.

Son argument est physiologique :

  • la plante a déjà subi de nombreuses blessures ;
  • elle doit reconstituer son étanchéité vasculaire ;
  • chaque nouvelle coupe la force à dépenser encore de l’énergie pour compartimenter, cicatriser et relancer sa croissance.

Le rognage provoque donc :

  • un nouvel arrêt de croissance ;
  • une dépense énergétique supplémentaire ;
  • une fragilisation possible vis-à-vis des maladies.

L’idée générale est de laisser la plante tranquille autant que possible une fois la reconstruction engagée.

Comment enlever les rameaux touchés ?

Davy Chodjaï apporte une précision technique importante : pour favoriser la sortie des contre-bourgeons, il vaut mieux retirer les rameaux blessés à la main quand c’est possible, plutôt que de les couper à l’épamproir ou au sécateur de façon trop proche.

Son observation est que certaines coupes trop précises peuvent abîmer la zone utile et compromettre la sortie du contre-bourgeon. Arracher proprement le rameau touché permettrait parfois de mieux préserver cette capacité de relance.

Le danger de raccourcir les ceps

Un autre avertissement fort de Marceau Bourdarias concerne la tentation de profiter de la grêle pour raccourcir les bras ou « remettre propre » la structure du cep.

Il déconseille fortement de faire cela de manière généralisée.

Pourquoi ?

  • parce que les réserves sont stockées dans les bois ;
  • parce qu’en supprimant ces parties, on retire un capital précieux ;
  • parce que la plante peut mettre plusieurs années à retrouver une production cohérente.

Jean-Baptiste Cordonnier confirme ce point en expliquant que son domaine a payé très cher, après les sinistres, une longue période de taille cherchant obstinément à raccourcir les bois et à lutter contre l’allongement.

Ne pas raser les couronnes

Davy Chodjaï insiste aussi sur un autre point de taille : il ne faut pas raser les couronnes.

Raser les couronnes ou gratter trop fortement au pied peut :

  • créer des blessures inutiles,
  • faire sortir des pampres,
  • compromettre la résilience de la plante,
  • et supprimer des zones qui constituent des sièges de bourgeons proventifs indispensables.

Marceau Bourdarias ajoute que ces couronnes jouent un rôle majeur dans la capacité de la vigne à réagir après gel ou grêle. Les conserver, c’est conserver du potentiel de relance.

Penser feuilles avant de penser raisins

Dans la conclusion technique de son intervention, Marceau Bourdarias résume une idée centrale :

Le viticulteur qui pense d’abord raisin se trompe d’un an ; il doit penser feuilles.

Autrement dit :

  • si la plante a le feuillage adapté, elle pourra faire les raisins ;
  • si l’on raisonne uniquement la récolte immédiate, on risque de compromettre la suite ;
  • la surface foliaire est le vrai moteur économique du vignoble, car c’est elle qui produit l’énergie.

Cela suppose :

  • d’adapter la charge à la vigueur ;
  • de favoriser la mise en réserve ;
  • de construire une architecture de végétation efficace ;
  • et de garder une vision pluriannuelle.

L’intervention d’Hervé Coves : le rôle des arbres

En fin d’échange, Hervé Coves élargit la réflexion en abordant la question de la prévention de la grêle à l’échelle du paysage.

Il rappelle que certains vignobles utilisent des fusées ou dispositifs anti-grêle pour favoriser la condensation et faire tomber de l’eau plutôt que de la glace.

Selon lui, les arbres peuvent jouer naturellement un rôle comparable, car ils émettent des composés organiques volatils qui participeraient à la formation de points de condensation dans l’atmosphère, notamment lors des risques orageux.

Son message est une invitation à réfléchir au rôle de l’agroforesterie et du paysage arboré dans la régulation climatique locale. Même de manière marginale, planter des arbres autour des parcelles pourrait avoir des effets bénéfiques plus larges qu’on ne l’imagine.

Un mot sur l’état d’esprit à garder

Jean-Baptiste Cordonnier souligne un aspect humain important : après la grêle, il faut aussi aider les équipes à se projeter.

Le fait de comprendre qu’il y a une vie après la grêle permet de ne pas baisser les bras. Même si l’on ne fait pas de fruit cette année, on peut encore :

  • faire de belles feuilles,
  • faire de beaux bois,
  • et préparer de meilleurs fruits pour l’année suivante.

Davy Chodjaï ajoute qu’il faut aussi rester prudent l’année suivante : une vigne qui a peu produit peut repartir très fort, avec beaucoup de vigueur, et devenir plus difficile à tenir. Il ne faut donc pas « suralimenter » ou relancer sans discernement.

Conclusion

Après la grêle, il n’existe pas de réponse unique, mais plusieurs grands principes se dégagent de cet échange :

  • faire un diagnostic précis des dégâts et de l’état de la vigne ;
  • raisonner à partir des réserves et de la vigueur ;
  • intervenir pour reconstruire des bois de taille cohérents ;
  • favoriser les contre-bourgeons et, selon les cas, les entre-cœurs ;
  • protéger le feuillage contre les maladies ;
  • éviter les blessures supplémentaires, notamment le rognage inutile ;
  • ne pas profiter du sinistre pour raccourcir brutalement les ceps ;
  • penser d’abord à la feuille, à l’architecture et à la mise en réserve ;
  • garder une vision à un ou deux ans, et pas seulement à la récolte immédiate.

Le message final est donc à la fois technique et pratique : après la grêle, il faut accompagner la vigne pour reconstruire sa résilience.

Intervenants

  • Marceau Bourdarias
  • Davy Chodjaï
  • Jean-Baptiste Cordonnier
  • Hervé Coves