Pommes de terre, semis direct et couverts végétaux dans le Nord, Alexis Ammeux - Journée Séguy 2024
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Pendant la journée technique Lucien Séguy en septembre 2024 à Nevers, Alexis Ammeux, agriculteur dans le Nord de la France et producteur de pommes de terre nous raconte l’évolution de sa ferme vers le semis direct. Il nous montre comment il a modifié ses outils et introduit des couverts végétaux dans sa rotation avec notamment un gros couvert qui reste 8 mois en place. Il nous explique ce qu'il observe sur sol, ses rendements et la qualité de ses pommes de terre aujourd’hui.
Cette vidéo a été créée dans le cadre des projets CONSERWA avec le financement de l’Union Européenne, de la confédération suisse et du Royaume-Uni. Par ici pour plus d'info : https://conserwa.eu/ et dans le cadre du projet SOL Couvert financé par l'OFB / ECOPHYTO II+
Introduction à l’évolution du système de culture
Alexis Ammeux, agriculteur dans le Nord de la France, partage son expérience sur la mise en place de pratiques de conservation des sols au sein de son exploitation, spécialisée notamment dans la production de pommes de terre. Installé depuis 2011, il a progressivement remis en question le labour et les méthodes de travail du sol conventionnelles (rotative, sous-solage) pour s’orienter vers une approche simplifiée. Cette transition, débutée en 2015-2016, a nécessité une phase d’apprentissage sur le rôle crucial des couverts végétaux.
La clé de voûte : les couverts végétaux longue durée
La pierre angulaire du système d’Alexis Ammeux repose sur l’introduction de couverts végétaux complexes, maintenus pendant de longues périodes (jusqu’à 8 mois, de l’été jusqu’au printemps).
- Diversité : Il utilise des mélanges de 10 à 12 espèces (légumineuses, crucifères, graminées) pour maximiser la diversité. Il privilégie le semis le plus tôt possible, directement au cul de la batteuse, sans aucun travail du sol préalable.
- Biomasse et structure : Ces couverts produisent une biomasse importante (environ 7 tonnes) qui protège le sol durant l’hiver. Au printemps, les espèces qui repartent (vesses, navettes, graminées) continuent de produire de la [[matière organique]].
- Bénéfices : Cette pratique a permis d’augmenter le taux de matière organique de 0,9 point en moyenne sur dix ans, d’améliorer la portance des sols et d’éliminer les problèmes de stagnation d’eau.
Techniques de destruction et semis sans glyphosate
Pour réussir ses cultures de printemps (pommes de terre, pois, haricots) sans glyphosate, l’agriculteur a adapté son matériel :
- Le scalpage : Il utilise un broyeur à l’avant du tracteur couplé à une fraise scalpeuse à l’arrière. Cette dernière travaille uniquement sur les 3 à 5 premiers centimètres de terre pour couper la végétation sans inverser les horizons.
- Avantages du mulch : Ce mulch fin limite le lessivage, protège contre l’érosion lors des épisodes orageux et régule l’humidité du sol en évitant le dessèchement excessif tout en coupant la remontée capillaire.
Pommes de terre et agriculture régénératrice
Cultiver des pommes de terre en semis direct peut sembler contradictoire pour beaucoup, mais Alexis Ammeux souligne que les résultats probants justifient cette approche :
- Qualité de peau : L’augmentation de la matière organique et la diversification des couverts semblent améliorer la qualité de peau des tubercules. Il observe même, contrairement à ses voisins en système labour, une meilleure résistance aux maladies.
- Récolte : La structure du sol, améliorée par les vers de terre et l’activité biologique, permet une récolte plus aisée, même dans des conditions climatiques difficiles, avec une meilleure portance pour les machines.
- Économie et stratégie : Bien que la culture de la pomme de terre reste exigeante, la réduction des charges (engrais chimiques, fongicides, insecticides) et le gain de temps lors des chantiers (grâce à la portance du sol) compensent largement les investissements.
Perspectives et réflexions agronomiques
Alexis Ammeux continue d’optimiser son système :
- Semis relais : Il explore le semis à la volée dans les céréales pour gagner un mois de photosynthèse supplémentaire.
- Apports organiques : L’utilisation de composts et de lisiers est maintenue pour soutenir la fertilité, tout en veillant à ne pas déséquilibrer le pH.
- Adaptation constante : Il insiste sur le fait qu’il n’existe pas de “copier-coller” en agriculture. La réussite dépend de la capacité de chaque agriculteur à observer son propre milieu, à s’inspirer des systèmes existants (qu’ils soient céréaliers ou d’élevage) et à adapter les techniques à son contexte local.