PH et RedOx, le sol et l'humain par Laurence Gallais, Pierre-Emmanuel Radigue et Olivier Husson
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Nous démarrons donc aujourd'hui avec Laurence Gallais et Pierre-Emmanuel Radigue sur la thématique pH et RedOx : principes de vie du sol à l’humain !
00:01:40 et 01:07:59 Laurence Gallais
00:15:10 Olivier Husson
02:03:04 Pierre-Emmanuel Radigue
Introduction
Bienvenue à cette master class consacrée au redox et au pH. Cette intervention réunit trois invités aux approches complémentaires :
- Laurence Gallais, psychologue, naturopathe et bioélectronicienne ;
- Pierre-Emmanuel Radigue, vétérinaire de formation, spécialiste des mesures de terrain et de la bioélectronique appliquée à l’élevage ;
- Olivier Husson, chercheur ayant largement contribué à documenter scientifiquement la thématique pH/redox.
Par rapport à d’autres conférences plus centrées sur la seule production agricole, celle-ci se veut plus transversale : il s’agit de montrer que le pH et le redox concernent l’ensemble du vivant, du sol à la plante, de l’animal à l’humain.
Le pH et le redox comme langage universel du vivant
L’idée de départ est simple : la matière vivante est constituée de molécules, elles-mêmes faites essentiellement de protons et d’électrons en mouvement. Mesurer le pH et le redox, c’est donc mesurer des caractéristiques fondamentales de la vie.
Selon Laurence Gallais, la bioélectronique permet de comprendre que toute forme de vie, de la plus petite à la plus grande, existe grâce à des échanges de protons et d’électrons. Ces échanges créent des microcourants, et ces microcourants permettent le mouvement, donc la vie.
La condition indispensable pour que ces échanges aient lieu est l’existence de barrières, de membranes. Le vivant est rempli de membranes qui séparent des milieux différents. De part et d’autre de ces membranes existent des différences de concentration et de potentiel ; ce sont elles qui rendent possibles les échanges et donc l’activité biologique.
La santé peut alors être comprise comme le maintien performant de ce système d’échanges. Quand les membranes ne fonctionnent plus correctement, quand elles se « colmatent », les échanges se dégradent, et la maladie apparaît.
Santé, homéostasie et notion de terrain
Un point central de l’exposé est la notion d’homéostasie. Chaque forme de vie évolue dans une gamme de pH et de redox relativement précise. Tant que cette gamme est maintenue, la santé est possible. Dès qu’elle se dérègle, d’autres formes de vie peuvent se développer.
Dans cette perspective, une infection ou une maladie ne « s’attrape » pas au sens strict : elle se développe sur un terrain qui lui devient favorable. C’est une idée forte de la bioélectronique héritée de Claude Vincent. Virus, bactéries et champignons correspondent à des gammes de pH/redox particulières. Si le terrain se déplace vers leur zone de confort, leur développement devient possible.
L’idée n’est pas de nier l’existence des agents infectieux, mais d’insister sur la responsabilité du terrain biologique. Ce terrain dépend de l’hygiène de vie au sens large : alimentation, eau, environnement, stress, qualité du sol pour les plantes, qualité du milieu digestif pour les animaux et les humains.
Une homéostasie dynamique
Il est rappelé que cette homéostasie n’est jamais statique. Le vivant est en permanence soumis à des perturbations : climatiques, alimentaires, électromagnétiques, psychiques, biologiques. Le corps, comme la plante ou le sol, possède des systèmes de régulation et des systèmes tampons qui lui permettent de maintenir ses équilibres.
Pour l’humain, Laurence Gallais insiste sur le fait qu’il est possible de se suivre à l’aide de critères simples, notamment sur les urines : pH urinaire, densité urinaire, indice réfractométrique urinaire. Ces mesures simples et peu coûteuses permettent de suivre l’adaptation du corps et d’ajuster l’alimentation ou le mode de vie.
L’idée vaut aussi pour les plantes et les animaux : les mesures doivent permettre d’évaluer si l’organisme reste équilibré dans son milieu.
Claude Vincent et Jeanne Rousseau
Les intervenants rendent hommage aux deux grandes figures de cette approche :
- Claude Vincent, ingénieur hydrologue, à l’origine de la bioélectronique Vincent ;
- Jeanne Rousseau, pharmacienne, qui a développé de nombreux travaux sur l’eau, le sol et les incidences cosmiques sur le vivant.
Claude Vincent s’est d’abord intéressé à l’eau. En travaillant sur les réseaux d’adduction, il a observé des différences de mortalité selon les régions et a eu l’intuition que l’eau de boisson pouvait jouer un rôle majeur dans la santé. À partir de là, il a commencé à caractériser l’eau, puis le vivant, à l’aide de trois paramètres :
- le pH ;
- le redox ;
- la résistivité.
Jeanne Rousseau, quant à elle, a énormément travaillé sur l’eau, le sol et les effets de l’environnement électromagnétique et cosmique sur les organismes vivants. Pour Laurence Gallais, son travail est remarquable parce qu’il s’appuie toujours sur des mesures.
En bioélectronique, on mesure avant de penser
Un message méthodologique important est formulé : en bioélectronique, on ne part pas d’une théorie abstraite ; on mesure, puis on réfléchit à partir des mesures.
L’intérêt de cette approche est d’objectiver les phénomènes. On peut ainsi constater qu’un organisme va mieux ou moins bien, indépendamment du ressenti immédiat. Les mesures permettent de voir des rééquilibrages parfois plus précoces que ce que la personne perçoit elle-même.
Comprendre les axes pH et redox
Olivier Husson rappelle la représentation de base :
- sur l’axe horizontal, on trouve le pH :
- vers la droite, on gagne des protons : c’est l’acidification ;
- vers la gauche, on perd des protons : c’est l’alcalinisation ;
- sur l’axe vertical, on trouve le redox :
- vers le bas, on gagne des électrons : c’est la réduction ;
- vers le haut, on perd des électrons : c’est l’oxydation.
Naturellement, dans l’eau, les phénomènes de pH et de redox sont liés. Une oxydation de l’eau produit de l’oxygène et des protons ; autrement dit, l’oxydation s’accompagne d’une acidification. Le système évolue donc souvent suivant une pente à 45°.
Ce qui importe est l’écart à cette pente d’équilibre. Plusieurs formulations mathématiques permettent de caractériser cet écart, mais l’idée essentielle est de comprendre où se situe un milieu vivant par rapport à cet axe.
La photosynthèse, source fondamentale de réduction
La photosynthèse est présentée comme la grande réaction qui fait descendre les systèmes vivants vers le bas à gauche du diagramme, c’est-à-dire vers un état plus acide et plus réduit. Elle accumule l’énergie. Toute la vie sur Terre dépend fondamentalement de cette accumulation d’énergie par les plantes.
Dans ce cadre, les sols, les plantes, les animaux et les humains ne peuvent être compris séparément : ils s’inscrivent dans une même chaîne énergétique.
Le sol comme système électrique
Olivier Husson propose une lecture du sol comme système électrique.
Le sol contient une sorte de « batterie » :
- le carbone stable représente la taille de la batterie ;
- le carbone labile et l’activité biologique représentent sa charge ;
- la conductivité électrique est liée à la capacité du système à produire de la puissance.
Dans cette lecture, la production agricole dépend :
- de la capacité à stocker l’énergie ;
- de la capacité à la maintenir chargée ;
- de la capacité à la faire circuler.
Si le carbone stable diminue, la batterie se réduit. Si la charge biologique diminue, la batterie se vide. Si on maintient artificiellement la production par des engrais chimiques, on peut augmenter la conductivité et donc la puissance immédiate, mais on vide encore plus vite la batterie.
D’où l’importance de garder en permanence des feuilles, c’est-à-dire des « panneaux solaires », capables de recharger le système.
Structure du sol, matière organique et tamponnement
Un sol vivant n’est pas homogène. Il comporte des agrégats, des gradients, des micro-environnements. Cette hétérogénéité est indispensable à la biodiversité et au fonctionnement des cycles biogéochimiques.
Le rôle central de la matière organique, de la structure et de l’activité biologique est de tamponner les variations de pH et de redox. Sans ce tamponnement, les fluctuations deviennent extrêmes :
- en situation d’engorgement, le milieu devient très réduit ;
- en situation de sécheresse ou de forte aération, le milieu devient très oxydé.
Pour les plantes, ces oscillations brutales sont extrêmement coûteuses. Elles passent alors une grande partie de leur énergie à tenter de se réguler au lieu de croître et de se défendre.
Les plantes régulent leur environnement
Comme tous les êtres vivants, les plantes doivent maintenir leur équilibre interne malgré les variations du milieu. Elles disposent pour cela de plusieurs moyens :
- des tampons chimiques intracellulaires ;
- des mécanismes de régulation génétique et enzymatique ;
- une compartimentation interne ;
- surtout, une régulation de leur environnement racinaire, la rhizosphère.
La plante est capable de modifier très fortement le pH et le redox au voisinage immédiat de ses racines. Elle peut relâcher des exsudats racinaires, nourrir certains micro-organismes, acidifier, réduire ou réoxygéner localement. Certaines plantes de milieux humides sont même capables de transférer de l’oxygène vers leurs racines pour éviter l’asphyxie.
Solubilité des éléments nutritifs : le pH ne suffit pas
Un point important de l’intervention est que la disponibilité des éléments nutritifs dépend non seulement du pH, mais aussi du redox.
Le cas du fer est donné en exemple. On enseigne souvent la disponibilité du fer en fonction du seul pH. En réalité, selon le niveau de redox, un même pH peut correspondre à une carence ou à une toxicité.
Ainsi, dans des milieux très réduits, comme certaines rizières, on peut avoir des toxicités ferreuses à pH acide. Inversement, dans d’autres conditions, un sol acide peut malgré tout induire des carences.
Il faut donc raisonner en pH/redox couplés.
Stress du sol et stress oxydant dans la plante
Les déséquilibres du sol se traduisent par du stress oxydant dans la plante. Cela vaut :
- pour un pH trop bas ou trop élevé ;
- pour les sécheresses ;
- pour les engorgements ;
- pour les carences ou toxicités minérales.
Des expériences citées sur le blé montrent qu’un pH très acide et un pH très alcalin provoquent tous deux des stress importants. Les marqueurs de stress oxydant et certains rapports biochimiques montrent que les situations très alcalines peuvent être aussi déséquilibrantes que les situations très acides.
Pathogènes et déséquilibres pH/redox
Les maladies des plantes sont interprétées à travers leur positionnement sur le diagramme pH/redox.
Globalement :
- certains champignons nécrotrophes se développent dans des zones plus acides et oxydées ;
- d’autres champignons biotrophes se situent dans d’autres plages ;
- les bactéries se situent plutôt dans des zones neutres à alcalines ;
- les virus sont associés à des milieux internes plus réduits, mais se développent lorsque ces milieux s’oxydent ;
- différents types d’insectes peuvent aussi être reliés à certains compartiments physiologiques de la plante.
L’idée générale est qu’à chaque type d’attaque correspond un type de déséquilibre. Les espaces extracellulaires, le xylème et le phloème n’ont pas les mêmes caractéristiques pH/redox, et c’est cela qui conditionne les sensibilités différentielles.
Vieillissement de la plante et vulnérabilité
Avec le vieillissement, la plante tend à évoluer vers plus d’acidification et d’oxydation. Ce glissement favorise certains pathogènes et insectes. Les plantes jeunes et les plantes âgées n’occupent donc pas les mêmes zones du diagramme, ce qui explique aussi des différences de sensibilité.
Stress, antioxydants et stratégies de défense
Face à un stress, une plante commence par s’oxyder. Si elle a les ressources nécessaires, elle répond en produisant des antioxydants et en rétablissant son équilibre. Elle entre alors dans une phase de résistance.
Si le stress se prolonge ou se répète et que ses réserves antioxydantes s’épuisent, la plante s’effondre progressivement et devient sensible à tout.
Quand une plante est attaquée, elle peut aussi se défendre en produisant localement une forte oxydation, par exemple de l’eau oxygénée, pour bloquer l’attaque. Mais pour utiliser cette stratégie, elle doit disposer de réserves antioxydantes suffisantes ailleurs.
Produits naturels, produits chimiques et pulvérisation
Les intervenants soulignent qu’il faut comprendre l’effet réel des produits utilisés, qu’ils soient naturels ou chimiques.
Certains produits très réduits peuvent renforcer la plante et l’aider à se maintenir dans une zone favorable. D’autres produits, même s’ils sont plus oxydés à la base, peuvent favoriser la photosynthèse ou certains systèmes enzymatiques.
Inversement, beaucoup de pratiques conventionnelles fonctionnent sur un principe de sur-oxydation : on amène la plante dans une zone de sensibilité, puis on tente de tuer les pathogènes par oxydation. Cela entretient une fuite en avant.
Même le matériel de pulvérisation compte. Les pressions élevées, les turbulences et certaines buses réoxydent fortement les préparations avant même qu’elles n’atteignent la feuille. Cela peut neutraliser une partie de l’effet recherché, notamment pour les préparations réduites.
Mesurer dans le sol ou mesurer dans la plante ?
La question de la mesure sur le terrain est abordée de façon pratique. Le redox du sol fluctue énormément selon l’humidité, l’activité biologique, la météo et la saison. Une mesure ponctuelle du sol a donc souvent peu de sens si elle n’est pas replacée dans son contexte.
Pour Olivier Husson, il est souvent plus pertinent :
- d’évaluer la structure du sol ;
- d’observer les plantes bio-indicatrices ;
- de mesurer la plante elle-même.
La structure du sol apparaît comme un excellent intégrateur du fonctionnement global, car elle reflète la matière organique, l’activité biologique et la capacité tampon.
Eau et vivant
Laurence Gallais insiste ensuite sur le rôle central de l’eau. Pour elle, ce n’est pas seulement la quantité d’eau qui importe, mais sa qualité.
L’eau est présente en proportions variables dans les organes. La santé ne dépend pas seulement du fait d’être « hydraté » au sens quantitatif, mais aussi de la qualité structurale de l’eau dans les tissus.
L’eau a plusieurs fonctions :
- hydratation ;
- dissolution et élimination des déchets ;
- support des échanges ;
- participation à la structuration du vivant.
Plus l’eau est pure, plus elle est dissolvante. Une eau déjà très chargée en minéraux ne favorise pas aussi bien l’élimination. D’où la critique formulée contre l’idée selon laquelle toutes les eaux se vaudraient.
Eau de source, eau stockée et résistivité
Une distinction est faite entre :
- l’eau à l’émergence de la source ;
- la même eau une fois stockée ou embouteillée.
L’eau à la source est décrite comme plus « dynamisée ». Avec le stockage, ses caractéristiques changent : elle s’acidifie, se réduit moins bien et perd de la résistivité.
Laurence Gallais souligne que la résistivité ne peut pas être comprise uniquement comme l’inverse mécanique de la conductivité. Pour elle, le mouvement et la dynamisation de l’eau modifient sa structure sans nécessairement changer sa composition ionique brute.
Structuration de l’eau et mouvement
Selon cette présentation, l’eau se structure grâce au mouvement, notamment par le vortex. Cette structuration serait fondamentale pour ses propriétés biologiques.
Laurence Gallais évoque les travaux de Jeanne Rousseau : l’eau libre et l’eau liée n’ont pas les mêmes caractéristiques, et la structuration de l’eau serait liée à l’existence de réseaux, de membranes, et à la présence de silice. Cette organisation permettrait un effet d’amortissement face aux perturbations de l’environnement.
Quand l’eau stagne, cette structure se défait. C’est pourquoi le mouvement est présenté comme essentiel.
Eau osmosée, eau de pluie et redynamisation
Dans une perspective pratique, plusieurs solutions sont évoquées :
- utiliser de l’eau de pluie, à condition d’être attentif aux matériaux de collecte et de stockage ;
- utiliser un osmoseur domestique, notamment pour une consommation familiale ;
- redynamiser l’eau juste avant usage.
L’eau osmosée est présentée comme une bonne base, à condition de ne pas en rester à une approche uniquement chimique. L’eau du robinet, même filtrée, n’est pas considérée comme idéale si elle n’est pas retravaillée.
Une idée revient souvent : l’eau stagnante, même si elle est bactériologiquement correcte, perd sa qualité physique. Il revient alors à chacun de retravailler son eau au plus près de l’usage.
L’eau, les champs électromagnétiques et le dia-magnétisme
L’eau est décrite comme très sensible aux champs électriques, magnétiques et électromagnétiques. Ces influences sont considérées comme mesurables et non simplement théoriques.
Laurence Gallais introduit aussi une distinction entre paramagnétisme et diamagnétisme. Selon elle, le vivant doit être diamagnétique par rapport à son environnement, afin de pouvoir opposer un champ inverse aux perturbations reçues. Ce caractère dépendrait fortement de la qualité de l’eau, notamment de sa résistivité.
Elle relie cela à la capacité des organismes à encaisser les stress extérieurs sans être déstabilisés, puis à revenir à l’équilibre.
L’humain : alimentation physiologique et digestion
Après l’eau, l’exposé revient sur l’humain. Pour se maintenir en bonne santé, il faut une alimentation dite physiologique, c’est-à-dire adaptée au tube digestif humain.
Le point important est que la digestion correcte se fait d’abord grâce aux enzymes, notamment dans l’intestin grêle. Les fermentations doivent normalement rester secondaires. Si les aliments ne sont pas correctement digérés en amont, ils fermentent plus bas dans le tube digestif, ce qui favorise des flores de fermentation ou de putréfaction, sans assimilation correcte des nutriments.
Des signes simples sont donnés comme indicateurs d’un mauvais fonctionnement digestif :
- gaz fréquents ou malodorants ;
- ventre ballonné après les repas ;
- coup de fatigue après manger ;
- somnolence post-prandiale.
Ces phénomènes sont décrits comme non physiologiques, même s’ils sont devenus socialement banals.
Quelques repères alimentaires donnés
Laurence Gallais rappelle une position qu’elle sait parfois décalée dans le monde de la naturopathie : l’humain est omnivore et doit manger un peu de tout.
Elle insiste particulièrement sur :
- l’importance des légumes ;
- l’existence d’un besoin en protéines animales ;
- la nécessité de ne pas surcharger l’alimentation en féculents et céréales ;
- la prudence vis-à-vis d’une consommation excessive de fruits, notamment pour leur fructose.
Elle distingue aussi les fruits sucrés des fruits gras à coque.
Les légumineuses sont considérées comme utilisables, mais avec modération, et plutôt germées ou fermentées, afin d’apporter aussi des enzymes et de réduire le coût digestif.
Le tube digestif humain comme système de régulation
L’équilibre acido-basique ne se réduit pas à une opposition simpliste entre aliments « acides » et aliments « alcalins ». Le tube digestif lui-même présente des variations physiologiques de pH importantes : on peut commencer très acide dans l’estomac et finir alcalin dans le côlon.
Le corps dispose de plusieurs systèmes tampons :
- les gaz du sang ;
- les systèmes urinaires ;
- les systèmes digestifs.
Laurence Gallais critique ainsi la mode consistant à vouloir « alcaliniser » systématiquement l’organisme à partir du seul pH urinaire. Si les urines sont acides, c’est aussi parce que l’organisme élimine des acides. Il ne faut pas confondre un mécanisme de régulation avec un problème à corriger de manière aveugle.
La santé humaine sur le diagramme pH/redox
En bioélectronique humaine, la zone de bonne santé est présentée autour de :
- pH sanguin : 7,34 à 7,45 ;
- rH2 : 22 à 24.
Autour de cette zone se trouvent différentes zones correspondant à des développements préférentiels de champignons, bactéries, virus, enzymes ou vitamines.
L’idée défendue est que l’humain vit au milieu de tout cela, en coexistence avec une multitude de micro-organismes. Le problème n’est pas leur simple présence, mais le déplacement du terrain qui leur devient favorable.
Oxydation généralisée et contexte contemporain
Laurence Gallais rapporte qu’à la fin de l’année 2019, elle a observé chez de nombreuses personnes des terrains très oxydés, avec des rH2 élevés. Cela l’a marquée et elle l’a relié à des perturbations plus larges, notamment électromagnétiques et cosmiques.
Un autre intervenant évoque à ce sujet l’augmentation de la résonance de Schumann. Laurence Gallais répond que, quels que soient les phénomènes extérieurs, les organismes bien structurés et bien hydratés devraient mieux les encaisser. Pour elle, si le terrain prend ces influences « de plein fouet », c’est aussi qu’il n’est plus suffisamment protégé et régulé.
L’élevage : une application concrète de la bioélectronique
Pierre-Emmanuel Radigue explique ensuite son parcours. Vétérinaire de formation, il dit avoir longtemps pratiqué de la bioélectronique sans le savoir. Son objectif n’a jamais été seulement de soigner les animaux, mais de paramétrer les fermes pour qu’ils aient le moins besoin possible de soins.
Il défend le modèle de la polyculture-élevage dans un système agro-sylvo-pastoral. Pour lui, les animaux sont indispensables dans un système agricole équilibré, à condition d’être replacés dans un fonctionnement cohérent avec les sols, les plantes et l’eau.
Deux modèles opposés : élevage intensif et système herbager
Il compare deux mondes qu’il connaît bien :
- d’un côté, des systèmes intensifs avec vaches enfermées, maïs, soja, concentrés, carrières très courtes, nombreuses maladies dégénératives ;
- de l’autre, des systèmes herbagers de type franche-comté ou suisse, avec herbe, foin, forte longévité, moins de maladies.
Dans les systèmes intensifs, les animaux sont souvent en acidose digestive compensée par une alcalose réactionnelle. Ils peuvent produire, mais au prix d’un déséquilibre chronique.
Le ruminant comme modèle biologique
Le ruminant est décrit comme :
- un être hydrique ;
- un être potassique et sodique ;
- un animal légèrement alcalin au niveau du sang ;
- un animal fait pour des climats tempérés et bien arrosés ;
- un grand consommateur de graminées, plus que de légumineuses ou de grains.
Selon Pierre-Emmanuel Radigue, la vache recherche spontanément des plantes aux caractéristiques bioélectroniques proches de :
- pH autour de 6,5 à 6,7 ;
- redox correspondant à une bonne réduction ;
- forte résistivité ;
- richesse en potassium et calcium.
Il affirme qu’on ne tue jamais une vache à l’herbe, alors qu’on peut facilement la tuer au blé.
Le rumen comme équivalent fonctionnel du sol
Un parallèle fondamental est établi entre le sol et le rumen. Le rumen fonctionne comme un milieu biologique de fermentation-régulation, dont le rôle est de récupérer eau, ions, protons et électrons.
Dans son modèle, le rumen doit rester autour de :
- pH 6,5 à 6,8 ;
- potentiel suffisamment réducteur.
Le sang, comme chez tous les mammifères, reste autour de :
- pH 7,35 à 7,45 ;
- redox modérément oxydé.
Le lait sain se retrouve alors avec des paramètres cohérents, et la viande aussi.
Ce que l’on mesure en élevage
Pierre-Emmanuel Radigue décrit une pratique de terrain très concrète. Dans une ferme, on peut mesurer :
- l’eau ;
- les fourrages ;
- le jus de rumen ;
- le sang ;
- les urines ;
- les bouses ;
- le lait.
Tout cela permet d’avoir une vision dynamique de ce qui entre, se transforme, circule et ressort.
Pour lui, l’éleveur peut ensuite suivre simplement ses animaux par quelques indicateurs faciles, notamment :
- les urines ;
- le lait ;
- parfois des mesures complémentaires simples comme le réfractomètre.
Exemple d’un élevage intensif breton
Il présente le cas d’une exploitation bretonne très intensive, fonctionnant avec :
- maïs ensilé ;
- soja ;
- concentrés ;
- lisier ;
- animaux restant à l’intérieur.
Les prairies existent mais ne sont pas utilisées pour nourrir les vaches. Les vaches taries reçoivent encore du maïs, du soja et des minéraux.
Les observations montrent :
- des animaux déshydratés ;
- des déséquilibres digestifs ;
- une mauvaise digestion ;
- beaucoup de résidus dans les bouses ;
- une flore ruminale peu active ;
- une forte usure et de nombreuses réformes.
Le diagnostic bioélectronique rejoint ici les constats cliniques et les analyses de laboratoire.
Des outils simples pour un suivi pratique
Même si une investigation complète est longue, les intervenants insistent sur le fait qu’on peut déjà faire beaucoup avec des outils simples :
- réfractomètre Brix ;
- pH-mètre ;
- mesures urinaires ;
- densité.
Le principal enjeu n’est pas seulement la mesure, mais l’interprétation dynamique : comprendre dans quel sens l’organisme dérive, et pourquoi.
Corriger les rations et travailler d’abord le système
En élevage, le travail consiste ensuite à :
- corriger les rations ;
- rééquilibrer énergie et protéines ;
- corriger les déséquilibres acido-basiques ;
- corriger l’eau ;
- remettre de l’équilibre dans le jardin, c’est-à-dire dans les sols et les fourrages.
L’idée répétée est qu’il vaut mieux travailler dans le sol que passer son temps à réparer les animaux. Plus le système est juste en amont, moins il y a besoin de soins en aval.
Une vision globale du vivant
La conclusion commune de cette intervention est qu’il faut sortir d’une vision compartimentée.
Aujourd’hui, dans l’agriculture comme dans la santé, les approches sont souvent séparées :
- un spécialiste du sol ;
- un spécialiste de la plante ;
- un spécialiste de l’animal ;
- un spécialiste de l’humain.
La bioélectronique propose au contraire une grille de lecture unificatrice, valable pour les sols, les plantes, les animaux, l’eau et les humains.
Ce qui relie tout cela, ce sont les échanges de protons, d’électrons, la qualité de l’eau, le rôle des membranes, les capacités de régulation et le maintien de l’homéostasie.
Idée finale
Le message final peut se résumer ainsi :
- la vie est mouvement, échanges et régulation ;
- le pH et le redox donnent accès à cette dynamique ;
- la maladie apparaît quand les échanges se dégradent et que le terrain se décale ;
- la bonne stratégie n’est pas seulement de combattre ce qui apparaît, mais de maintenir ou de restaurer l’équilibre du terrain.
Qu’il s’agisse du sol, de la plante, de l’animal ou de l’humain, la même question demeure : l’organisme est-il en équilibre dans son milieu ?