MOINS D'AZOTE, PLUS DE MARGE ? LE PARI RÉUSSI DE CET AGRICULTEUR EN LITUANIE. Gytis NARBUTAS
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Gytis Narbutas est céréalier en semis direct en Lituanie. Il cultive 400 hectares avec une dominante de portes graines, ce qui lui permet de limiter les charges. La traduction est effectuée par Pierre Costa, agriculteur français, expatrié en Lituanie.
Portrait de Gytis Narbutas
Gytis Narbutas est un agriculteur céréalier installé dans le nord de la Lituanie, dans la région de Šiauliai. Héritier de l'exploitation familiale lancée au moment de l'indépendance en 1990, il a repris les terres en 2003. Aujourd'hui, son exploitation s'étend sur 400 hectares, dont plus de la moitié lui appartient.
Transition vers l'agriculture de conservation
Pendant longtemps, Gytis a pratiqué une agriculture conventionnelle, rythmée par le labour et le conseil de fournisseurs de produits chimiques et d'engrais. Cependant, il a rapidement observé que malgré l'augmentation des doses d'intrants, les rendements stagnaient, voire diminuaient, tandis que les coûts de production explosaient.
Un déclic a eu lieu il y a environ 8 ans, lorsqu'il a bénéficié d'aides pour laisser ses chaumes couverts durant l'hiver. Après un printemps pluvieux, il a constaté que ses sols non travaillés étaient restés intacts, contrairement aux parcelles travaillées des voisins, fortement ravinées. Ce constat l'a poussé à se documenter via YouTube, des ouvrages américains et l'agriculture régénérative pour entamer une transition vers le semis direct, qu'il pratique désormais exclusivement depuis 4 ans.
Pratiques et gestion agronomique
- Réduction des intrants : L'objectif de Gytis est de supprimer progressivement les engrais minéraux et les produits chimiques. Il travaille avec des itinéraires très extensifs, cherchant à maximiser le rôle biologique du sol plutôt que la fertilisation externe.
- Rotation des cultures : Il n'a pas de rotation fixe. Son choix se porte sur les plantes qui s'adaptent le mieux à ses sols. Il intègre des légumineuses (vesce velue, vesce de Hongrie, lotier, luzerne) qui permettent de restructurer le sol grâce à leurs racines pivotantes et d'apporter de l'azote naturellement.
- Production de semences : Une grande partie de son exploitation est dédiée à la production de semences (vesce, radis, etc.), ce qui constitue un levier économique important pour justifier ses choix culturaux.
- Gestion du sol et vie biologique : Gytis accorde une importance capitale à la vie du sol. Ses comptages de vers de terre montrent une densité deux fois plus élevée sur ses parcelles en semis direct que sur les parcelles labourées de ses voisins. Ces vers de terre, qu'il compare à un "élevage" de 10 vaches par hectare, participent activement à la fertilité naturelle et à la structure du sol.
- Semis : Il privilégie des semis précoces et à faible densité (environ 170 pieds/m²) pour laisser aux plantes le potentiel de se développer sans concurrence excessive. Il utilise un semoir Avatar Horsch de 9 mètres équipé de chasse-débris.
Analyse des résultats et perspectives
Sur une parcelle test, Gytis a supprimé les engrais minéraux depuis 3 ans. Bien que le rendement puisse être inférieur à un itinéraire conventionnel très intensif (visant 100 quintaux), son pari est économique : en réduisant drastiquement les charges (engrais, produits phyto, carburant), la marge nette s'en trouve préservée, tout en régénérant le capital sol.
Il insiste sur le fait qu'une transition réussie nécessite de passer au semis direct de manière globale et non sur de petites parcelles pour véritablement observer les bénéfices agronomiques. Son exploitation est un laboratoire vivant où il continue de tester de nouvelles associations (comme le mélange seigle/blé/triticale avec de la vesce) pour trouver l'équilibre parfait entre couverture du sol et rendement.
Gytis partage ses retours d'expérience et ses réflexions sur sa chaîne YouTube, Gytis Narbutas, où il documente sa quête d'une agriculture moins dépendante des intrants.