Les colzas opportunistes, pourquoi, comment @Chambre d’agriculture Pays de la Loire
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Vidéo réalisée par la chambre d'agriculture des Pays de la Loire, merci à eux pour l'aimable autorisation de remise en ligne
Présentation de l’exploitation
Bonjour, je suis Anthony Lascoux, agriculteur à Ménil-des-Combes. Je suis associé avec mon ami Charles Châtaignier, et nous exploitons 270 hectares de céréales. Nous avons aussi une activité diversifiée, avec notamment de la vente directe sur l’exploitation.
Pourquoi mettre en place des colzas opportunistes associés
Le colza associé opportuniste, cela fait cinq ans que nous pratiquons cette technique. Elle s’est mise en place avant tout pour des raisons agro-technico-économiques.
Nos objectifs sur l’exploitation sont de continuer à produire des céréales dans un contexte particulier de volatilité des cours. Ce que l’on cherche, c’est vraiment à maîtriser nos charges, c’est le premier point. Ensuite, nous voulons mettre le sol et l’agronomie au cœur du système.
Cela fait cinq ans que nous sommes en agriculture de conservation. Aujourd’hui, le seul outil de travail du sol qui reste sur l’exploitation, c’est un fissurateur avec des dents Michel. Ensuite, nous essayons de semer avec nos outils de semis direct, soit sur couvert permanent, soit sur couvert, soit sur un sol le moins travaillé possible.
Le principe du colza associé opportuniste
Dans tous les cas, l’idée est de semer un colza et de semer en même temps d’autres espèces pour accompagner le colza.
On essaye de choisir des légumineuses, par exemple, qui vont apporter un peu d’azote. On essaye aussi de choisir des variétés qui peuvent être un peu couvrantes au sol, le temps que le colza prenne sa place.
Le principe est aussi de semer une surface de colza plus importante que ce que l’on souhaite garder à la fin, puis de choisir ce que l’on va pouvoir conserver en fonction :
- de la réussite de la levée ;
- de l’enherbement ;
- des problèmes qui peuvent se présenter à nous.
Ensuite, on décide ou non de garder la parcelle. Dans tous les cas, l’idée est de ne pas faire d’intervention de désherbage ou d’insecticide dans un premier temps.
Une réponse aux difficultés de production du colza
Aujourd’hui, produire du colza est de plus en plus compliqué. On se rend compte que l’on a de plus en plus de problèmes de ravageurs. Il faut mettre beaucoup d’intrants, et cela dès le début du cycle de la culture.
Le côté opportuniste de cette démarche, c’est justement d’attendre d’être sûr que les colzas sont viables, qu’ils n’ont pas été trop ravagés en début de cycle, avant de les emmener jusqu’au bout.
Comment la démarche s’est mise en place
J’ai commencé avec un groupe d’agriculteurs voisins avec qui nous avons investi dans un premier [[semoir de semis direct]], puis dans un second. C’est venu un peu naturellement : l’équipement était dans le groupe.
Le fait d’être plusieurs à le faire et à se lancer aide aussi beaucoup, parce que lorsqu’on essaye de nouvelles choses, ce n’est jamais évident.
J’ai donc commencé à semer toutes mes surfaces de colza de cette façon. Aujourd’hui, je fais à peu près 30 hectares par an, mais il m’arrive régulièrement d’en semer 50 et de ne conserver que 30 hectares de colza qui iront jusqu’à la récolte.
Le choix des espèces associées
Au départ, j’ai essayé avec trois ou quatre espèces. Ensuite, je me suis rabattu sur une ou deux espèces seulement.
C’est plutôt pour des raisons techniques, notamment le nombre de cultures dans la trémie du semoir, qui fait qu’aujourd’hui je sème surtout une légumineuse en accompagnement.
Mes critères de choix sont d’abord techniques. J’essaie aussi de pouvoir faire de la fertilisation sur la ligne de semis, ce qui prend aussi de la place sur le semoir.
Aujourd’hui, je travaille surtout avec des lentilles et de la féverole, qui sont des espèces que je produis sur l’exploitation. C’est aussi une des raisons du choix de ces espèces.
Les modalités de semis
À partir du 10 août, je commence mes semis de colza.
Dans une trémie, je mets ma graine de colza, à peu près à 5 kg/ha. Dans une seconde trémie, je mets la féverole, à peu près à 50 kg/ha.
Comme je décide de ne pas intervenir en insecticide, notamment au départ, je prends une marge de sécurité. Je peux simplement jouer sur la densité puisque, dans ce système-là, je vais beaucoup me balader dans mes parcelles pendant l’automne.
L’observation des parcelles et la prise de décision
En gros, j’ai semé en été, puis je n’ai rien fait durant la fin du mois d’août et durant le mois de septembre. Ensuite, en octobre, on commence à pouvoir prendre les décisions.
C’est à ce moment-là que l’on observe :
- le peuplement des parcelles ;
- l’enherbement ;
- les contraintes que l’on peut avoir.
Et c’est en fonction de cela que l’on décide de garder ou non telle ou telle parcelle.
Cette année, par exemple, sur cette parcelle-ci, j’ai décidé de la garder. J’ai aussi décidé de déclencher un herbicide, parce que j’avais un vulpin qui était tel qu’il ne me permettait pas d’attendre la sortie d’hiver pour intervenir.
Si le peuplement n’est pas suffisant dans ma parcelle, je vais décider de ne pas l’amener en colza. Je vais alors la laisser en place en couvert, le temps que je peux, en fonction de la culture que je mettrai après.
Résultats technico-économiques
C’est plutôt encourageant.
Le rendement le moins important que j’ai fait, c’était 20 quintaux par hectare. Ce n’est pas un rendement très élevé, mais quand on met en face les charges d’intrants, qui sont minimes, on reste sur des marges très correctes.
Et puis il y a des années, comme cette année, qui ont été très bonnes en rendement. Moi, j’étais à 36 quintaux. C’est très satisfaisant, d’autant plus que, là aussi, les charges d’intrants ont été très faibles.
Après, c’est quelque chose qui se regarde sur plusieurs années. Mais dans l’ensemble, le fait de peu investir dans les intrants, de façon générale, limite la prise de risque.
Perspectives
Nos perspectives, c’est de continuer à progresser, continuer à se former, continuer à trouver de nouvelles méthodes.
L’idée du couvert permanent est quelque chose que nous explorons de près, notamment dans notre groupe de progrès.
Donc il s’agit de continuer à bien s’entourer, puis de continuer à réfléchir et à avancer.