La vigne en danger de mort : comment produire & protéger, par Konrad Schreiber

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Dans cette intervention, Konrad Schreiber alerte sur une vigne « en danger de mort » en raison de la dégradation des sols, souvent minéralisés, compactés et appauvris en biodiversité. Son message est clair : il faut une agriculture capable à la fois de produire et protéger. Avec Alain Canet, Marceau Bourdarias et d’autres partenaires, il défend une agronomie des sols vivants, fondée sur la régénération du sol, la couverture végétale, les arbres, les vers de terre et une taille adaptée de la vigne. Selon lui, la fertilité, la qualité du vin, la santé des plantes, la biodiversité et même le climat dépendent d’abord de la vie du sol. Il présente aussi l’approche expérimentale de La Belle Vigne, menée notamment avec la cave de Buzet : observer, tester, mesurer, puis diffuser des pratiques reproductibles pour réduire fortement les intrants et restaurer durablement les vignobles.

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Résumé
Dans cette intervention, Konrad Schreiber alerte sur une vigne « en danger de mort » en raison de la dégradation des sols, souvent minéralisés, compactés et appauvris en biodiversité. Son message est clair : il faut une agriculture capable à la fois de produire et protéger. Avec Alain Canet, Marceau Bourdarias et d’autres partenaires, il défend une agronomie des sols vivants, fondée sur la régénération du sol, la couverture végétale, les arbres, les vers de terre et une taille adaptée de la vigne. Selon lui, la fertilité, la qualité du vin, la santé des plantes, la biodiversité et même le climat dépendent d’abord de la vie du sol. Il présente aussi l’approche expérimentale de La Belle Vigne, menée notamment avec la cave de Buzet : observer, tester, mesurer, puis diffuser des pratiques reproductibles pour réduire fortement les intrants et restaurer durablement les vignobles.

Quelle est la base de tout ? Pourquoi la vigne est-elle en danger de mort ? L'agriculture va-t-elle sauver l'humanité ? La Belle Vigne qui produit et qui protège, c'est ce que va vous expliquer Konrad Schreiber ici.



Introduction

Konrad Schreiber explique qu’il vient d’un univers agronomique plutôt centré, à l’origine, sur les céréales et l’élevage. Avec Marceau Bourdarias, Alain Canet et d’autres collègues, notamment autour de Vers de terre production, ils ont décidé il y a quelques années d’investir le sujet de la vigne.

Pourquoi la vigne ? Parce que, selon lui, elle est en danger, et même « en danger de mort ». En parcourant les vignobles, il observe des sols de plus en plus riches en calcaire qui finissent par se transformer en pierre. Cette évolution l’inquiète fortement.

Le débat est donc posé autour d’une agriculture qui doit à la fois produire et protéger :

  • produire de la qualité ;
  • produire des fruits ;
  • produire du vin ;
  • protéger les sols ;
  • protéger l’environnement.

De son point de vue d’agronome, le sol est la base de tout le système.

Régénérer les sols, base de toute la biodiversité

L’idée n’est pas seulement de lancer « un projet de plus » ou une start-up supplémentaire, mais d’engager quelque chose de plus ambitieux. La thématique centrale est celle de la régénération.

Régénérer, pour Konrad Schreiber, c’est d’abord régénérer les sols. Cela signifie régénérer toute la biodiversité des sols, qu’il considère comme fondamentale. Toute la biodiversité commence par une « maison » en bon état, et la première maison, c’est le sol.

Pour avoir de la biodiversité, il faut donc :

  • une maison en bon état ;
  • de la nourriture.

Tout le reste est secondaire. C’est la base de tout.

Cette régénération touche plusieurs dimensions :

  • la nutrition, car la qualité des productions dépend de cette biodiversité ;
  • la santé, puisqu’un produit de bonne qualité est déjà lié à un bon état de santé ;
  • le climat, car l’agriculture est présentée comme probablement le seul outil dont dispose la société pour régler un problème climatique provoqué, selon lui, par le monde urbain.

Il propose donc d’entrer dans les vignobles et de les regarder différemment de ce qui a été fait jusqu’à présent.

L’origine du projet

Le projet est né progressivement, notamment dans le cadre de conférences organisées à Marciac pendant le festival de jazz, dans le cadre de « Paysages in Marciac ».

Peu à peu, une certitude est apparue chez les ingénieurs, agronomes et agriculteurs impliqués : il fallait créer un projet collectif, un espace dans lequel on se donne la main. L’un des emblèmes de ce projet pourrait être le ver de terre.

Konrad Schreiber explique qu’ils travaillent beaucoup avec cet organisme et qu’ils constatent que, dès qu’il revient dans les sols, tout pousse.

Le ver de terre comme clé de voûte

Le ver de terre est présenté comme la clé de voûte de tout ce qui se passe dans les systèmes de sol vivant. C’est ainsi qu’ils ont nommé leur approche : une agronomie sur sol vivant.

Une expérimentation est en cours dans des serres touchées par des problèmes de bactéries et de virus, notamment en tomate industrielle. L’idée est simple : remettre des vers de terre dans ces sols. Selon Konrad Schreiber, les tomates se remettent alors à pousser.

Il indique qu’une bataille a déjà été gagnée contre une bactérie en une année. L’étape suivante consiste à s’attaquer aux virus. L’hypothèse est que la bataille pourrait aussi être gagnée en une année en rentrant dans les serres avec des , en leur donnant à manger, puis en replantant des tomates dans des milieux réputés trop agressifs pour être cultivés.

Cette expérience, menée chez des maraîchers nantais, est jugée très intéressante et renforce l’idée que le retour de la vie du sol est décisif.

Les acteurs engagés

Plusieurs personnes et structures sont mobilisées dans cette dynamique :

  • Alain Canet, pour tout le travail lié aux arbres et au paysage ;
  • Marceau Bourdarias, spécialiste de la taille ;
  • Vers de terre production, qui accompagne le projet et sert à diffuser gratuitement les savoirs ;
  • l’IAD, l’Institut de l’agriculture durable, dont le rôle est de mesurer les résultats des pratiques agricoles ;
  • La Vache heureuse, structure dans laquelle Konrad Schreiber dit travailler depuis une dizaine d’années pour contribuer à sauver l’élevage des ruminants en France.

Concernant la vigne, l’idée est que la taille constitue probablement le premier geste à apprendre et à bien appliquer, puisque « la vigne, ça se taille ».

Produire des références et diffuser le savoir

Vers de terre production est présenté comme un outil de diffusion des connaissances. Le choix a été fait de mettre ce savoir en ligne gratuitement.

L’IAD, de son côté, est mobilisé pour mesurer les résultats des pratiques agricoles. L’objectif n’est pas d’opposer de « bonnes » et de « mauvaises » pratiques de manière abstraite, mais d’observer qu’il y a du bon et du mauvais partout, puis de trier ce qui est réellement bénéfique au développement d’une agriculture qui produit et protège.

Une crise de la main-d’œuvre agricole

Konrad Schreiber explique qu’en travaillant beaucoup avec les vignerons indépendants, notamment à travers un tour de France des vignobles, ils se sont imprégnés des problématiques concrètes rencontrées sur le terrain.

Parmi les sujets majeurs, il met en avant la question de la main-d’œuvre. Selon lui, l’agriculture ne trouve plus de main-d’œuvre. Ce problème touche les vignerons mais aussi, plus largement, l’ensemble des agriculteurs.

La profession serait arrivée à une croisée des chemins, avec en plus un changement de génération. Dans ce contexte, l’agriculture pourrait, selon ses termes, être « en faillite ».

Cela l’amène à poser la question du rôle des organisations professionnelles et du syndicalisme majoritaire, qu’il juge sclérosés, bloqués et trop administrés. À ses yeux, il faudra sortir du cadre, aller chercher des innovations et les intégrer dans les systèmes. Il espère que le mouvement sera plus rapide avec les jeunes générations.

Le projet de Buzet : La Belle vigne

Un projet a été engagé avec la cave viticole de Buzet : La Belle vigne, également évoqué comme un « vignoble new age ».

L’idée est de planter un vignoble et de le conduire avec de nouvelles pratiques agricoles, sans a priori, afin de voir ce que peut produire un sol vivant pour résoudre un ensemble de problèmes.

Le fonctionnement de La Belle vigne repose sur une logique de recherche-action :

  • revenir en permanence dans les fermes ;
  • travailler avec les agriculteurs ;
  • identifier des problématiques paysannes concrètes ;
  • faire l’aller-retour entre science, technique et terrain ;
  • créer des solutions spécifiques adaptées à chaque problème ;
  • proposer et tester ces solutions ;
  • mesurer les résultats ;
  • produire une synthèse ;
  • valider de nouvelles pratiques ;
  • les diffuser dans un réseau pour en vérifier la reproductibilité.

Les problématiques abordées peuvent être :

  • le revenu ;
  • la productivité ;
  • la qualité ;
  • et plus largement tous les problèmes concrets que rencontre un agriculteur.

Pour Konrad Schreiber, un résultat qui n’est pas reproductible chez les autres ne sert à rien. Il insiste donc sur la nécessité de mettre du mouvement et de la compétence dans ce processus.

Le premier chantier : regarder les pratiques existantes

Le premier grand travail engagé en 2020 est présenté comme le plus compliqué : porter un regard sur les pratiques existantes dans toute leur diversité.

À partir de là, l’équipe s’est mise au travail sur l’identification d’une hypothèse centrale pour mener à bien cette agriculture qui produit, protège et permet de faire de « la belle vigne » : l’hypothèse redox.

L’hypothèse redox : l’oxygène comme ennemi du végétal

Selon cette hypothèse, l’oxygène pourrait être le pire ennemi du végétal.

Konrad Schreiber rappelle que les plantes, lorsqu’elles font de la photosynthèse et qu’elles captent le CO2, fabriquent aussi un déchet : l’oxygène, qu’elles rejettent dans l’air. Cet oxygène, bénéfique pour les humains, contribue cependant à oxyder les plantes et les systèmes biologiques.

Dans cette perspective, toutes les pratiques agricoles qui activent le potentiel oxydant des systèmes naturels seraient parmi les pires ennemies de la gestion des vignobles et, plus largement, de l’agriculture.

Il affirme que cette compréhension est relativement récente et qu’elle a été validée en 2015.

Le soleil sur sol nu conduit au désert

L’un des points clés de cette approche est l’idée que, dès que le soleil tombe sur un sol nu, il le dégrade irrémédiablement et le conduit vers le désert.

Le mécanisme décrit est le suivant :

  • le soleil frappe le sol nu ;
  • cela active l’oxygène ;
  • l’oxygène oxyde l’humus ;
  • l’humus est minéralisé ;
  • puis il est perdu.

Dès lors, la bataille de l’agriculteur devient, selon lui, une bataille contre l’oxygène. Cela conduit à une hypothèse de travail simple : en faisant de la bonne taille et en couvrant les sols, comme le fait la nature, il serait possible de restaurer la fertilité organo-biologique.

Les résultats attendus

Les résultats attendus de cette approche sont jugés considérables.

En adaptant la taille dès la plantation, et peut-être même dès la création des plants et au moment de la plantation elle-même, le viticulteur pourrait devenir un producteur de biodiversité.

Les effets espérés sont les suivants :

  • séquestration du carbone ;
  • présence d’arbres dans le vignoble ;
  • couverture permanente des sols ;
  • adaptation de la fertilisation ;
  • évolution vers des vignes autofertiles.

L’idée d’autofertilité signifie qu’il n’y aurait plus besoin de fertilisation externe : ce seraient les plantes elles-mêmes qui feraient le travail.

Biodiversité et biocontrôle

Konrad Schreiber explique aussi que l’on pourra développer des solutions de biocontrôle, mais qu’il faut d’abord produire de la biodiversité.

Autrement dit, pour faire de la lutte biologique, il faut d’abord avoir la biologie. C’est la biodiversité produite dans le système qui devient l’acteur du biocontrôle et de la lutte biologique.

Le pulvérisateur reste, dans cette vision, un outil important. Il le qualifie même d’« outil royal », en soulignant que tout peut passer dans un pulvérisateur et qu’il s’agit d’un outil très précis pour travailler. Cette remarque ouvre aussi, selon lui, tout un ensemble de débats au sein de la société.

Premiers résultats observés

Les premiers résultats commencent à arriver. Konrad Schreiber indique qu’il existe déjà des vignerons qui utilisent peu ou pas de pesticides.

L’enjeu est alors de comprendre ce qui se passe dans ces vignes-là. D’après lui, ces situations sont toujours liées à des pratiques agricoles spécifiques.

L’objectif est que chacun puisse s’emparer de l’image et de la dynamique de cette « Belle vigne » pour produire un vin de qualité.

À quoi ressemble la Belle vigne ?

L’image de la Belle vigne est clairement dessinée :

  • il y aura des arbres ;
  • les sols seront couverts ;
  • les vignes seront bien taillées ;
  • la biodiversité s’y développera.

Konrad Schreiber précise que les images qu’il montre existent déjà dans les vignobles d’aujourd’hui. Il conteste l’idée selon laquelle, dans une petite vigne, on ne pourrait rien faire. Il affirme qu’il est possible d’agir même dans une vigne de un mètre, avec une masse végétale extraordinairement performante.

Conclusion

La conférence se conclut sur une idée simple : ce qui paraissait impossible devient possible dès lors qu’on accepte de s’attaquer réellement aux problèmes.

La Belle vigne est lancée, « en route », et mise au service des vignerons. Selon Konrad Schreiber, l’enjeu est bien de reconstruire une viticulture capable à la fois de produire et de protéger, en repartant de la base de tout : le sol vivant.