La méthode du bilan, un outil qui a fait ses preuves @Chambre d’agriculture Pays de la Loire
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Variabilité de la dose optimale d’azote sur blé
Les essais de fertilisation azotée sur blé montrent que la dose totale optimale peut varier fortement selon les parcelles et selon les années, de 0 à plus de 200 unités d’azote par hectare.
Cette variabilité rappelle que le raisonnement de la fertilisation ne peut pas se limiter à une dose fixe. Il doit tenir compte à la fois :
- du potentiel de la parcelle, qui détermine les besoins de la culture ;
- des fournitures du milieu, c’est-à-dire de tout ce que le sol et l’environnement apportent à la culture.
La méthode du bilan : un outil éprouvé
La méthode du bilan est largement utilisée et a fait ses preuves, à condition d’évaluer correctement les différents postes de la balance.
Son objectif est d’adapter la dose prévisionnelle aux besoins de la culture. Globalement, elle permet d’approcher la dose nécessaire avec une précision de plus ou moins 20 unités dans environ la moitié des cas.
Les écarts observés par rapport à l’optimum technique, déterminé a posteriori à partir des courbes de réponse à l’azote, s’expliquent en grande partie par la difficulté à évaluer a priori :
- les fournitures du sol ;
- l’efficience de l’engrais apporté.
L’effet du climat et du potentiel de la parcelle
Le potentiel de la parcelle peut être dépassé lorsque les conditions climatiques sont favorables. Dans ce cas, une dose ajustée sur le potentiel moyen n’est pas limitante.
À l’inverse, une année défavorable pénalise la valorisation de l’azote. Il n’est alors pas toujours possible de faire des économies, alors même que l’objectif n’est pas atteint.
Ainsi, même avec une méthode de calcul structurée, le contexte climatique de l’année joue un rôle majeur dans l’écart entre la dose prévisionnelle et la dose techniquement optimale.
L’exemple particulier de 2017
Les reliquats d’azote étaient particulièrement importants en 2017, du fait de la faible pluviométrie et d’un bon précédent cultural, avec pour conséquence des doses prévisionnelles très basses.
Les essais ont montré que la méthode du bilan restait pertinente dans ces conditions inhabituelles.
Cet exemple illustre l’intérêt de bien prendre en compte les reliquats et, plus largement, la situation de départ de la parcelle avant de fixer la dose à apporter.
La difficulté d’estimer la minéralisation
La minéralisation peut être très variable entre parcelles selon :
- le type de sol ;
- l’historique de la parcelle.
Cette estimation est plus délicate sur les parcelles qui reçoivent fréquemment des apports organiques.
En conditions d’essais prolongés, l’écart moyen entre dose azotée prévisionnelle et dose optimale est de 28 kg. Cet écart est beaucoup plus faible dans certaines situations, notamment lorsque les fournitures du milieu sont mieux connues.
La méthode du bilan a toutefois tendance à sous-estimer les besoins dans certaines situations.
Performance économique de la méthode du bilan
La performance économique de la méthode du bilan s’apprécie différemment selon le contexte de valorisation de la récolte, notamment selon que la qualité des grains est peu ou fortement rémunérée.
Les histogrammes évoqués dans la vidéo représentent les différences de performances économiques entre :
- la méthode du bilan ;
- l’optimum technique de rendement.
Pour un blé à 11,5 % de protéines, la méthode du bilan ne tient pas à l’heure actuelle spécifiquement compte d’un objectif protéines.
Les situations se répartissent alors en trois groupes :
- des situations où la performance économique de la méthode du bilan est proche de celle de l’optimum technique ;
- des situations où la méthode du bilan est économiquement plus performante ;
- des situations opposées, où elle est moins performante.
Sans pilotage complémentaire pour ajuster la fertilisation, la méthode du bilan prévisionnel conduit :
- dans 31 % des cas, à la même performance économique que l’optimum ;
- dans 27 % des cas, à une perte de marge ;
- dans 40 % des cas, à de meilleurs résultats.
L’effet de la valorisation de la qualité des grains
Lorsque la qualité des grains est davantage prise en compte dans le prix des céréales, les résultats évoluent.
Avec une grille valorisant davantage la qualité :
- 33 % des cas présentent des performances économiques similaires ;
- 43 % des cas conduisent à une perte de marge ;
- 23 % des cas aboutissent à de meilleurs résultats.
Autrement dit, avec une meilleure valorisation de la qualité, la méthode du bilan ne permet une meilleure performance économique que dans 23 % des cas.
Un des facteurs explicatifs est la prise en compte partielle de l’objectif qualité dans la méthode du bilan actuelle.
Pistes d’amélioration
Une piste d’amélioration évoquée est l’intégration d’un coefficient de besoin différencié, afin de mieux tenir compte de l’objectif de qualité, notamment en protéines.
Malgré ses limites, la méthode du bilan reste la première étape du raisonnement de la fertilisation azotée.
Compléter la méthode avec des outils de pilotage
Pour affiner le raisonnement et ajuster la dose aux conditions réelles de culture, il est possible d’utiliser des outils de pilotage en végétation.
Les drones et les satellites permettent aussi de mettre en évidence les hétérogénéités à l’intérieur d’une parcelle, afin de moduler les apports.
À l’avenir, le recours à des modèles devrait permettre d’ajuster plus finement les différents postes du bilan.
Conclusion
La méthode du bilan est un outil de référence pour raisonner la fertilisation azotée du blé. Elle a fait ses preuves, mais sa qualité dépend directement de la bonne estimation :
- du potentiel de la parcelle ;
- des reliquats ;
- de la minéralisation ;
- des fournitures du milieu ;
- de l’efficience de l’azote apporté.
Elle constitue une base solide, qu’il est utile de compléter par des outils de pilotage et, demain, par des modèles plus précis pour mieux prendre en compte les conditions de l’année, l’hétérogénéité des parcelles et les objectifs de qualité.