L'agroforesterie pour le maintien des insectes pollinisateurs

De Triple Performance
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Insectes pollinisateurs. Arbre&Paysage 32


La raréfaction et la disparition des pollinisateurs sont sans doute les symptômes les plus alarmants des modifications qu'ont subies les espaces cultivés. Des transformations liées au changement climatique, aux modifications des pratiques agricoles, au recours aux molécules phytopharmaceutiques et à la sélection des variétés culturales, mais aussi à la simplification, voire à la désertification des paysages agraires. Victimes de cette modernisation de l'agriculture, les pollinisateurs sont pourtant de précieux "auxiliaires" pour les cultures puisqu'ils contribuent à la production de graines pour 75%.


Pollinisateurs et biodiversité : importance du végétal et de l'arbre


L'APPAUVRISSEMENT DE LA MOSAÏQUE AGRAIRE :

UN PRÉJUDICE MAJEUR

Les "agrosystèmes" traditionnels forment des paysages diversifiés où se mêlent cultures variées, prairies, boisements et de précieux lieux d'eau, offrant de nombreuses zones de transition, autant de bordures fixes et de végétation pérenne. Des infrastructures "naturelles" qui s'offrent aux pollinisateurs, comme à toute la faune et la flore, qui ne peuvent s'épanouir dans l'uniformité de conditions presque désertiques …et peuvent ainsi s'abriter, se nourrir, se reproduire et circuler. Autant de fonctions vitales qu'une unique culture, massive et temporaire ne peut assumer, ne serait-ce qu'en terme de ressources alimentaires.

Bien que certains soient capables de mettre en réserve une partie de leur nourriture, les pollinisateurs ont besoin de floraisons variées et étalées dans le temps.


DIVERSITÉ D'ESPACES, DE TEMPS, DE FORMES ET D'ESPÈCES LES RÔLES DE LA PLANTE

La présence d'un couvert végétal varié et permanent qui comble le vide laissé entre deux cultures, est donc essentielle à la vie des pollinisateurs, mais aussi à l'équilibre et à la protection de l'agrosystème tout entier, en matière de sol, d'eau, de micro-climat….

Dans cet équilibre, et outre le recours aux couverts végétaux d'interculture, l'arbre en tant que plante géante et ligneuse, et en tant qu'élément fixe et pérenne, tient une place particulière. Surtout s'il est équitablement réparti sur l'ensemble du territoire, et non pas uniquement massé en forêt, et s'il est représenté par plusieurs essences de "pays" qui proposent des cycles biologiques décalés.

Arbres et pollinisateurs, des liens d'interdépendance et des bénéfices mutuels

L'arbre est en soi un habitat diversifié, l'arbre vivant comme l'arbre mort, malade ou même transformé en bois, ou en liège… Il rassemble à lui seul tout un cortège végétal – incluant les herbacées - et entretient les échanges entre le sous-sol, la surface du sol et ses parties aériennes, qui offre une diversité d'habitats potentiels pour les pollinisateurs. Ce rôle est démultiplié par la grande variété de formes et de situations que composent les associations arborées, disposées en éléments isolés, en linéaires, ou en petites surfaces, près des chemins, des champs, des habitations, des lieux d'eau et des rivières… et lorsque l'ensemble constitue un maillage minimum, une trame "verte et bleue" propice à maintenir une biodiversité "durable".

Par sa floraison, l'arbre est une ressource qui prend le relais et permet de diversifier l'origine des pollens.

En retour, l’insecte féconde la fleur de l'arbre, ce qui augmente la production de fruits, et assure le brassage génétique dans la reproduction de l'espèce. Ce principe de reproduction "sexuée" par le croisement naturel du bagage génétique des individus est essentiel à l'évolution et à l'adaptation des espèces, ainsi qu'à la constitution de souches génétiques locales d'arbres de "pays".

L'ARBRE DE PAYS, UNE SOLUTION PAS SI ORDINAIRE …

La végétation autochtone, "ordinaire" est donc un précieux recours pour le maintien des pollinisateurs. Elle est la plus durable, du fait de son adaptation aux conditions de milieux et donc la seule sur laquelle compter. Parmi les essences les plus ordinaires et les plus décriées, le lierre par exemple joue un rôle largement sous-estimé, en tant qu'élément fixe "persistant" - souvent le seul – et ultime fleurissement d'automne, très prisé par les insectes.

L'ARBRE "HORS-FORÊT, UN INVESTISSEMENT RENTABLE POUR UN VERDISSEMENT D'ENVERGURE… AU SERVICE DES POLLINISATEURS

Des villes et des champs, les arbres maintenus à l'extérieur de la forêt sont généralement plus diversifiés. Ils sont aussi plus productifs, du fait de leur situation en pleine lumière qui leur permet de fleurir et de fructifier plus. Placés à bon escient, arbres et herbacées ne concurrencent pas l'agriculture et constituent des surfaces agro-écologiques qui rendent de nombreux services.

En bordure de parcelle, le potentiel d'installation "riveraine" est considérable : en gérant différemment les bords de routes, de cours d'eau et les délaissés, par le développement spontané et gratuit de la végétation, il est possible non seulement de valoriser des espaces improductifs qui ne servent qu'à être entretenus, mais aussi de produire de la biomasse en quantité … tout en offrant de bonnes conditions de vie aux irremplaçables pollinisateurs.

Avant de porter ses fruits, porter la semence

La pollinisation est le transport d'un grain de pollen depuis les étamines (organes mâles

de la fleur) vers le pistil (organe femelle). Elle permet la reproduction sexuée des plantes à fleurs, par opposition à la reproduction asexuée par marcottage, drageonnage, bouturage ou encore par la production de bulbilles.

Elle contribue au brassage génétique qui assure aux populations de meilleures capacités d’adaptation aux contraintes de leur milieu. Pour cela, les plantes ont recours à un “transporteur“ qui permet au pollen d'atteindre une autre fleur. En milieu tempéré et en fonction des espèces végétales, ce transporteur peut être le vent, l’eau ou les insectes.


La pollinisation par les insectes (entomophile) concerne 80 % des plantes à fleurs. Elle est particulièrement efficace car très ciblée, elle ne nécessite pas de produire de grandes quantités de pollen pour espérer aboutir à une fécondation, contrairement au vent ou à l’eau qui sont des moyens très aléatoires.

Schéma de la pollinisation dans la reproduction sexuée des plantes à fleurs. Arbre&Paysage 32

Une longue co-évolution entre les plantes entomophiles et les pollinisateurs a conduit à une relation d'interdépendance entre ces deux catégories d'êtres vivants. Le nectar, liquide sucré sécrété par les nectaires de la fleur, et qui constitue une nourriture essentielle pour les pollinisateurs, est par exemple spécifiquement destiné à attirer ces indispensables “messagers“ dont la plante a besoin pour se reproduire. Certains insectes pollinisateurs sont spécifiques d'une espèce ou d'une famille de plantes alors que d'autres sont généralistes et s'intéressent à une grande diversité de ressources.


Annexes


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