Konrad SCHREIBER - Remettre en vie les sols agricoles - Rencontres de l'agroécologie 2023
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Conférences visant à contextualiser la problématique et à proposer des solutions préliminaires pour faire face au changement climatique.
Konrad Schreiber : Remettre en vie les sols agricoles – Rencontres de l’agroécologie 2023
La question de l’eau et du climat est indissociable des pratiques agricoles. Konrad Schreiber, agronome et ancien paysan, milite depuis 20 ans pour une approche centrée sur la végétalisation permanente des sols, arguant que le végétal est le principal régulateur climatique de la planète.
Le végétal comme moteur de la régulation climatique
Le constat de Konrad Schreiber est sans appel : les politiques agricoles actuelles, issues de la “révolution verte”, ont imposé des pratiques (travail du sol, intrants chimiques, suppression des élevages) qui mènent à la désertification. Pour inverser cette tendance, il pose un principe simple : 100 % du sol doit être couvert en permanence.
Lorsqu’un sol reste nu, le soleil provoque une élévation de température qui détruit la [[matière organique]] et favorise l’émission de gaz à effet de serre. À l’inverse, un sol couvert de végétaux permet de :
- Infiltrer l’eau : Une prairie peut infiltrer et transpirer de grandes quantités d’eau, jouant le rôle d’un climatiseur naturel.
- Créer du froid : Par l’évapotranspiration et la création d’ombre, les plantes abaissent la température locale, favorisant la condensation de la rosée.
- Recycler l’eau : Grâce aux systèmes racinaires et aux vortex biologiques, le cycle de l’eau est maintenu localement.
Le rôle crucial de l’élevage et de la biologie du sol
L’éleveur est, selon Schreiber, un acteur clé de la résilience climatique. Contrairement aux idées reçues sur le méthane, l’élevage bien mené participe à la restauration des sols. L’urine animale, riche en urée, constitue un vecteur d’azote partagé et efficace pour la vie microbienne.
Il insiste également sur l’importance de la structure biologique du sol :
- Le non-travail du sol : Travailler la terre détruit la porosité biologique, indispensable au stockage de l’eau.
- La vie invisible : La séquestration du carbone ne peut se faire que par une biomasse vivante active (bactéries, champignons, vers de terre). Un sol en bonne santé, riche en matière organique, devient “suppressif” des maladies, réduisant le besoin en traitements.
Stratégies de restauration : le modèle de l’agroécologie
Pour restaurer la productivité des systèmes, Schreiber propose une méthode pragmatique :
- Diagnostic pédoclimatique : Identifier les forces et faiblesses du sol (calcaire vs granitique, hydrogène, silice).
- Apport d’engrais starter : Utiliser des solutions à base de magnésium, d’algues et de lombricompost pour aider les cultures à germer en période de sécheresse.
- Gestion de la silice : La silice est un élément fondamental pour la structure des plantes et leur résistance aux stress thermiques.
- Régénération naturelle assistée : Utiliser des couverts végétaux, du broyat de bois (sans composter, car c’est le sol qui doit digérer la matière fraîche) et éviter le rognage systématique des cultures.
Vers une prise de conscience collective
Face aux critiques sur l’efficacité des solutions locales face au réchauffement global, Konrad Schreiber maintient que chaque territoire doit agir sur son propre cycle de l’eau. La végétalisation massive et la fin de l’agriculture administrée sont les seuls leviers capables de créer localement les dépressions atmosphériques nécessaires au retour des pluies.
“Si on agit aujourd’hui, dans 10 ans il pleut ici”, conclut-il, réfutant l’idée que la situation est irréversible. L’agroécologie, dans son sens étymologique de “logos” (science) de la terre, doit devenir la base d’une nouvelle politique agricole nationale, visant à transformer les champs en véritables réservoirs de biodiversité et de climat.