JOURNÉE NATIONALE SOL VIVANT - M-A. Sélosse - Le Sol, la Vie du Sol et l'Homme
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JOURNÉE NATIONALE SOL VIVANT - MARCIAC 2018 - Marc-André Sélosse
Agriculture & alimentation, comprendre ce que nous mangeons !
Cette journée du 3 août s’adresse à tous les professionnels du secteur agroalimentaire tout comme au grand public curieux de découvrir les bénéfices associés aux pratiques agricoles sur sols vivants.
Le sol, la vie microbienne et l'homme
Le sol : une vision historique
Historiquement, le sol a longtemps été perçu comme une simple extension de la géologie, un substrat minéral. Durant la majeure partie du XXe siècle, notamment jusqu'aux années 1970, il a été considéré par les agronomes comme un simple support, voire un obstacle à la production végétale, faute d'envisager sa dimension biologique.
L'immensité de la vie microbienne
La vie sur Terre est fondamentalement microbienne. Si nous percevons surtout les animaux et les plantes, ces derniers ne sont que des entités posées sur un monde dominé par l'infiniment petit.
- Diversité quantitative: Dans un seul gramme de sol forestier, on trouve environ un milliard de bactéries appartenant à plus d'un million d'espèces, ainsi que des milliers d'espèces de champignons et de protozoaires.
- Biomasse: Entre 80 et 90 % de la masse vivante du globe est composée de microbes. La biosphère, qui s'étend sur plusieurs kilomètres de profondeur, est essentiellement peuplée de bactéries et d'archées.
- Diversité fonctionnelle: Au-delà du nombre, c'est la diversité des métabolismes qui est cruciale. Les microbes assurent des fonctions biochimiques complexes — comme la nitrification, la fixation de l'azote ou la transformation de métaux (fer, soufre, etc.) — rendant les éléments nutritifs accessibles aux plantes.
Les symbioses : le cas des mycorhizes
Les interactions entre les racines des plantes et les champignons du sol (mycorhizes) sont vitales. Loin d'être un simple parasitisme, cette symbiose permet à la plante d'être nourrie :
- Échanges nutritifs : Le champignon puise l'azote, le phosphate et l'eau dans le sol, tandis que la plante lui fournit des sucres.
- Protection : Les champignons forment un bouclier contre les pathogènes et les éléments toxiques du sol (calcium, aluminium).
- Impact des intrants : L'apport massif d'engrais chimiques perturbe cet équilibre. La plante, recevant directement les nutriments, cesse d'investir dans cette symbiose, perdant ainsi ses bénéfices phytosanitaires naturels.
L'homme et le sol : une question de rythme
Marc-André Sélosse soutient que l'homme ne fait rien au sol qui ne soit pas déjà un processus naturel ; la différence réside dans l'intensité et le rythme.
- Labour : Le retournement du sol par la charrue reproduit, de manière artificielle et brutale, le travail des vers de terre ou le cycle naturel des plantes qui remontent les minéraux du sous-sol vers la surface.
- Érosion : Si l'érosion est un processus naturel nécessaire à la libération de nutriments par l'altération des roches, les pratiques agricoles l'ont accélérée de 10 à 100 fois, créant un déséquilibre.
- Intrants et pesticides : L'apport d'azote et de phosphore ou l'usage de fongicides compensent la perte des mécanismes naturels (symbioses, défenses immunitaires des plantes). En sélectionnant des variétés domestiques dépourvues de leurs protections naturelles, l'homme a rendu indispensable l'usage de produits phytosanitaires.
Vers une réconciliation
La solution ne réside pas nécessairement dans l'abandon total des outils actuels (labour, intrants, pesticides), mais dans leur usage raisonné. Il s'agit de s'appuyer sur la biologie microbienne pour accompagner les processus naturels plutôt que de chercher à les remplacer systématiquement. Comprendre le jardin qu'est le sol, c'est accepter que l'homme, en tant que partie intégrante de la nature, doit ajuster ses interventions pour garantir la pérennité des écosystèmes.