Eau & CC: de la crise à la norme - Table ronde "Des pratiques déjà opérantes pour gérer la crise
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Cette table ronde orientée sur les actions et aménagements mis en place ou documentés pour limiter les effets de sécheresses de plus en plus susceptibles d'arriver sur le territoire de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur.
Intervenant·e·s:
- Perrine Prigent, Conseillère Municipale, Ville de Marseille (de 0' à 9'27)
- Vincent Duru, Directeur, Fédération de pêche des Alpes de Haute Provence (de 10'05 à 20'00)
- Simon Richard, Ingénieur, Bureau d'étude PermaLab (de 31'45 à 47'05)
- André Durbec, Président, EA Eco-entreprises (de 47'30 à 56'45)
- Céline Vairon, Directrice, EPAGE Menelik (de 57' à 1h06')
Echanges entre la salle et la table ronde (de 1h06 à 1h36'15)
Eau et changement climatique : de la crise à la norme
La gestion de l’eau est devenue un enjeu majeur, passant d’une gestion technique et invisible à une question centrale du débat citoyen. Cette table ronde, réunissant des experts et acteurs de terrain, met en lumière les pratiques déjà opérantes pour faire face à la crise climatique.
L’exemple de Marseille : sobriété et modernisation
La ville de Marseille, avec une consommation annuelle de 3,2 millions de mètres cubes d’eau, a initié un plan ambitieux en réaction à la sécheresse de l’an dernier.
- Modernisation des réseaux : La collectivité a investi 3 millions d’euros pour rénover les réseaux et lutter contre les fuites.
- Gestion des équipements : Un plan de recyclage et de passage en circuit fermé est en cours pour les fontaines de la ville.
- Aménagement durable : La ville privilégie des plantations moins consommatrices d’eau, un arrosage différencié et une désimperméabilisation des sols, notamment dans les cours d’école, pour favoriser l’infiltration.
Constats climatiques et protection piscicole
Vincent Duru, de la Fédération de pêche, souligne un changement radical en 40 ans. Dans la région, les températures moyennes ont augmenté significativement, transformant ce qui était des records dans les années 80 en une nouvelle norme.
- Impact sur la pluviométrie : Les précipitations se sont déportées vers les marges de l’année civile (automne/hiver), créant des déficits chroniques du printemps à l’automne.
- Adaptation : Pour protéger les milieux aquatiques et la biodiversité, la priorité est le rétablissement des continuités écologiques et la restauration des zones humides (annexes hydrauliques) qui servent de zones de refuge.
Agriculture et hydrologie régénérative
Yves Gros et Simon Richard abordent l’importance du sol comme première réserve d’eau. La transition vers des pratiques agroécologiques est essentielle pour inverser les effets de la dégradation des paysages.
- Gestion horizontale et verticale : L’approche repose sur le ralentissement de l’eau (ouvrages de rétention, haies, bocages) pour favoriser l’infiltration et sur la gestion de l’eau « verte » via une couverture permanente des sols et une riche vie biologique (réseaux mycorhiziens).
- Rôle des sols : Un sol vivant et riche en [[matière organique]] a une capacité de rétention d’eau bien supérieure à un sol labouré et compacté, limitant ainsi les risques d’érosion et d’inondation en cas d’épisodes pluvieux intenses.
Engagement citoyen et anthropologie du territoire
Céline Vairon et Perrine Prigent insistent sur la nécessité d’embarquer les citoyens dans ces transitions. La technique seule ne suffit pas si elle n’est pas comprise et acceptée.
- Cartographie sensible : Cette méthode permet de capter les émotions des habitants et des élus vis-à-vis de leur territoire et de leur rivière, rendant les projets de restauration morphologique plus acceptables et partagés.
- Outils participatifs : L’usage de jeux de simulation (comme ceux testés lors des révisions du SAGE) permet de sensibiliser le public aux enjeux complexes de l’eau face au changement climatique de manière ludique et constructive.
Vers une nouvelle gouvernance de l’eau
André Durbec souligne la nécessité de dépasser les approches technocratiques pour intégrer le « bon sens paysan » et une vision globale du bassin versant. Le succès des politiques de l’eau dépend de la capacité des décideurs à communiquer sur les enjeux, à rendre compte des actions et à inclure l’usager final dans la définition des solutions.
La conclusion de cette table ronde est claire : la gestion de l’eau est une responsabilité collective. Face à la crise, il est impératif de changer nos systèmes de consommation, d’agir sur la régénération des cycles naturels et de maintenir une concertation constante à toutes les échelles du territoire.