Des arbres dans la vigne : l'essai d'une viticultrice du Gers, M. Lassus
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Mathilde Lassus est agricultrice dans le Gers. Elle a repris depuis 2016 le domaine viticole familial en agriculture biologique, et y a introduit l’agroforesterie, en collaboration avec Arbres et Paysages 32 pour les plantations. Pour en savoir plus, rendez-vous ici : https://ap32.fr/
Pour réduire les dégâts de gel, elle a progressivement monté la hauteur de ses vignes à 1,70 m. Puis elle a introduit des brebis dans les vignes 100% enherbées. La présence de ses animaux en paturage en rotation dans les vignes permet notamment d’augmenter la fertilité du sol, mais aussi de réduire les travaux d’épamprage et de tonte de l’herbe.
Pour une autre vidéo complète sur la ferme, par ici : Vignes à 1,70 m et brebis : une viticultrice réinvente son domaine dans le Gers, M. Lassus
Cette page a été rédigée dans le cadre du projet NBSOIL avec le soutien financier de l'Union Européenne, avec la participation du Centre National d'Agroécologie, de Ver de Terre Production et de Neayi
Des arbres dans la vigne : l’essai d’une viticultrice du Gers
Mathilde Lassus, viticultrice installée depuis 2016 sur l’exploitation familiale dans le Gers, a entrepris une démarche d’agroforesterie au sein de ses 8 hectares de vigne. L’exploitation, déjà engagée en bio depuis 2012, cherche aujourd’hui à renforcer sa biodiversité en plantant des arbres, tant en bordure de parcelles que directement au sein des rangs.
Une mise en place au cœur du vignoble
Pour Mathilde Lassus, l’arbre et la vigne sont deux éléments qui peuvent cohabiter harmonieusement. Sur une parcelle de colombard, elle a réalisé un test de plantation d’érables champêtres directement dans le rang, avec un espacement de 1 mètre 70 entre les pieds. Qu’ils soient disposés face à face ou en quinconce, la viticultrice ne note pas de différence majeure si ce n’est l’aspect visuel.
La gestion de ces arbres est pensée pour ne pas entraver le travail viticole :
- Taille annuelle : Les arbres sont taillés en même temps que la vigne pour limiter leur hauteur et éviter qu’ils ne gênent le passage de l’enjambeur ou des tracteurs.
- Taille en « mini-trognes » : Les branches sont raccourcies pour qu’elles ne pénètrent pas dans le rang, permettant de contenir le développement de l’arbre tout en préservant sa santé.
- Gestion de l’eau : Aucun système d’irrigation n’est installé. L’objectif est que les arbres développent leur propre système racinaire pour aller puiser l’eau en profondeur, favorisant ainsi une autonomie naturelle.
Valorisation et bénéfices attendus
L’un des objectifs de cette pratique est la production de BRF (Bois Raméal Fragmenté). En taillant les arbres chaque année, Mathilde Lassus récupère du bois qu’elle broie pour le restituer au pied de la vigne. Cette pratique apporte de la [[matière organique]] bénéfique au sol.
Bien qu’il soit encore trop tôt pour mesurer un impact significatif sur le rendement ou la qualité du vin — le recul n’étant que de quatre années — plusieurs observations positives ressortent :
- Biodiversité accrue : La présence des arbres a favorisé le retour d’une faune variée, notamment des oiseaux, sans que la viticultrice puisse quantifier précisément l’impact sur les insectes auxiliaires.
- Symbiose racinaire : Elle souligne l’importance des mycorhizes, qui pourraient, à terme, créer une symbiose bénéfique pour la vigne, bien que ce phénomène s’inscrive dans un temps long (10 à 20 ans).
- Diversification : À l’avenir, Mathilde Lassus envisage d’introduire des arbres fruitiers plutôt que des érables champêtres, afin de diversifier la production tout en conservant les avantages de l’agroforesterie.
Choix techniques et retours d’expérience
La préparation du sol pour ces plantations a nécessité le passage d’une sous-soleuse à 30-40 cm de profondeur, suivi d’un rotalabour pour affiner la terre. Concernant le paillage, si le BRF semble être la solution la plus efficace, la viticultrice a testé plusieurs méthodes :
- Bâchage : Simple mais sujet à des dégradations par la faune sauvage (sangliers) ou le vent.
- BRF : Le plus qualitatif selon elle, bien que contraignant à produire ou coûteux à acheter.
Pour le choix des essences, Mathilde Lassus s’est appuyée sur l’expertise d’« Arbres et Paysages 32 », sélectionnant des variétés adaptées au sol et au climat local, comme le cornouiller sanguin ou l’aubépine, capables de pousser sans entretien particulier.
En conclusion, si le recul scientifique manque encore, l’approche de Mathilde Lassus repose sur une conviction profonde : la vigne étant naturellement une liane, elle trouve dans l’arbre un compagnon de croissance. Cette démarche agroécologique, bien que complexe, s’inscrit dans une volonté de transmettre un savoir technique et de laisser la nature retrouver sa place dans le système viticole.