DIRECT -3 - Table Ronde - Aide à l'Installation pour les Porteurs de Projet en MSV - 1/2
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1/2 - DIRECT #3 - Table Ronde - Aide à l'Installation pour les Porteurs de Projet en MSV
Introduction
Ce troisième direct de Ver de terre production est consacré aux porteurs de projet en maraîchage sur sol vivant (MSV). L’équipe habituelle a été un peu remaniée pour cette soirée, avec plusieurs absents pour cause de rendez-vous ou de contraintes familiales. La discussion se déroule donc principalement à trois, avec l’objectif affiché de donner un maximum de repères utiles à celles et ceux qui souhaitent s’installer.
L’idée directrice de la soirée est simple : il existe beaucoup de porteurs de projet en maraîchage sur sol vivant, mais l’accès à une information structurée, fiable et concrète n’est pas toujours évident. Cette table ronde vise donc à rassembler les principales ressources disponibles, à partager des retours d’expérience d’installation, et à réfléchir aux bonnes décisions à prendre pour éviter les erreurs les plus lourdes au démarrage.
Présentation des intervenants
François Mulet
François Mulet anime la soirée. Il introduit le thème et insiste sur le fait que cette session est pensée pour les personnes qui souhaitent s’installer en maraîchage sur sol vivant.
Pierre-Xavier Brosse
Pierre-Xavier Brosse est installé à environ un kilomètre du lieu du tournage. Il travaille en maraîchage sur sol vivant, après avoir débuté en permaculture pendant quatre à cinq ans.
Il explique être en pleine transition technique : il passe d’un petit terrain de 3 000 m² à une surface d’environ 10 000 m², avec une évolution importante de ses pratiques. Sous les conseils de François Mulet, il a récemment lancé ce qu’il appelle « l’Armageddon » sur près d’un hectare : environ 330 tonnes de matière organique épandues sur 9 000 m². Il reconnaît le caractère volontairement très massif de cet apport, « un peu bourrin », mais assume pleinement cette expérimentation, qui doit être suivie dans le temps.
Cette transition entre une logique de permaculture sur petite surface et une logique plus grande échelle en sol vivant constitue un des fils rouges de son intervention.
Morgane Fournier
Morgane Fournier se présente comme la première et dernière salariée de Maraîchage sol vivant. Elle a quitté la structure pour s’installer à son tour, dans l’Orne, à une soixantaine de kilomètres du lieu du direct.
Son installation se fait sur une terre anciennement conduite en agriculture conventionnelle, chez un éleveur de volailles. Elle apporte ainsi un regard à la fois de salariée ayant accompagné le développement du réseau, et de porteuse de projet passée à l’installation.
L’équipe technique
La partie technique de la soirée est assurée par :
- Martin et Pauline au cadrage,
- Dylan à la régie,
- Sybille sur les réseaux sociaux.
Le direct est diffusé sur plusieurs canaux :
- la chaîne YouTube de Maraîchage sol vivant,
- la chaîne YouTube de Ver de terre production,
- le Facebook de Ver de terre production,
- le Facebook de MSV.
Les spectateurs sont invités à poser des questions tout au long de la soirée.
Déroulé de la soirée
La soirée s’organise en plusieurs temps :
- présentation des ressources disponibles pour les porteurs de projet en maraîchage sur sol vivant ;
- échanges téléphoniques avec deux porteurs de projet, l’un à Mayotte et l’autre en Bretagne ;
- discussion plus générale autour des clés de réussite à l’installation ;
- présentation des installations et parcours des intervenants.
L’objectif explicite est de transmettre des éléments suffisamment solides pour « ne pas faire trop d’âneries » et avoir une chance d’être encore en activité cinq ans après l’installation.
Présentation de ressources bibliographiques
Un des partis pris de ces directs est de présenter à chaque fois des livres jugés importants pour comprendre les bases agronomiques du travail sur le vivant et sur les sols.
« Les lombriciens de France » de Marcel Bouché
François Mulet présente d’abord Les lombriciens de France, écologie et systématique de Marcel Bouché.
Il insiste sur le caractère presque patrimonial de cet ouvrage. Ver de terre production est allé rencontrer Marcel Bouché à Montpellier et a récupéré plusieurs centaines de publications, de l’ordre de 350. Une partie de ce travail va être numérisée et mise en ligne progressivement.
L’enjeu dépasse ce seul livre : François Mulet rappelle qu’une part immense du savoir agronomique, écologique et scientifique n’a jamais vraiment été transférée sur internet. Une grande quantité de publications est restée au format papier, dans des bureaux, des bibliothèques ou des archives peu accessibles. Selon lui, le passage au numérique a aussi fait perdre de la visibilité à une partie importante de l’état de l’art.
Ce livre est présenté comme difficile à lire « comme livre de chevet », mais fondamental pour qui veut comprendre la place des vers de terre dans les sols. Pierre-Xavier Brosse souligne à ce sujet qu’une vraie compréhension du rôle du ver de terre change profondément la manière de penser l’agronomie. Il rappelle une remarque de François Mulet à ses débuts : la première question qui lui avait été posée était « qu’est-ce que ça mange, un ver de terre ? ». Avec le recul, il voit à quel point cette question était centrale.
« Les fondements d’une agriculture durable » de Carlos Crovetto
François Mulet présente ensuite les deux volumes de Les fondements d’une agriculture durable de Carlos Crovetto.
Carlos Crovetto est décrit comme l’un des fondateurs de la pensée en agriculture de conservation. Agriculteur chilien, il a joué un rôle majeur dans la mise en place de nombreux concepts aujourd’hui classiques : nutrition du sol, couverture, fonctionnement biologique, durabilité des systèmes.
Ces ouvrages, écrits au début des années 2000 et traduits en français en 2008, sont signalés comme ayant eu une réelle influence sur les agriculteurs français qui s’intéressaient alors à ces questions. Leur traduction avait été portée par une entreprise franco-chilienne, Panam, initialement liée au secteur des semences.
François Mulet souligne que, malgré leur ancienneté, ces livres restent largement d’actualité. Ils permettent aussi de comprendre l’évolution des idées techniques sur les dix à quinze dernières années.
« Le guide du nouveau jardinage » de Dominique Soltner
Morgane Fournier présente ensuite Le guide du nouveau jardinage de Dominique Soltner.
François Mulet prend le temps de rappeler qui est Dominique Soltner : un ingénieur agronome indépendant, auteur de nombreux ouvrages de référence dans l’enseignement agricole. Il insiste sur le fait que Soltner a longtemps gardé une position singulière, ni complètement du côté des enseignants, ni complètement du côté des chercheurs, ce qui lui a parfois valu quelques tensions.
Son parcours est intéressant parce qu’il a d’abord écrit dans le cadre de l’agronomie classique, avec des pages entières sur le labour, les charrues, les outils de travail du sol. Mais il a toujours eu, selon François Mulet, une vision relativement ouverte et souvent en avance sur son temps concernant la matière organique et l’agronomie. À la retraite, il a finalement pris une position beaucoup plus nette en faveur d’une agronomie s’éloignant du travail intensif du sol.
Le guide du nouveau jardinage est présenté comme l’un des premiers livres français conséquents et accessibles sur le compost, les techniques de semis sur compost, les bons composts, et plus généralement une autre manière de jardiner et de cultiver.
Il est aussi rappelé que Dominique Soltner a produit d’autres ouvrages dans la collection Sciences et techniques agricoles, ainsi que des DVD avec Stéphane Assaoui, disponibles sur Agrovidéo.
« Guerre et paix dans le règne végétal » de Bernard Boullard
François Mulet présente ensuite Guerre et paix dans le règne végétal de Bernard Boullard, paru en 1990.
Ce livre, devenu difficile à trouver, est pour lui très important à titre personnel. Il explique avoir assisté, plus jeune, à plusieurs conférences de Bernard Boullard, qui l’avaient marqué par leur capacité à rendre visible ce qui se passe dans les sols et dans le vivant.
Il fait ensuite le lien avec Marc-André Selosse, régulièrement invité dans les vidéos de Ver de terre production. François Mulet explique qu’en se demandant un jour de qui Marc-André Selosse était l’élève, la réponse lui est apparue immédiatement : Bernard Boullard.
Bernard Boullard est présenté comme une figure majeure de la diffusion de la notion même de mycorhize en France, à une époque où la recherche sur le rôle des champignons et de la microbiologie des sols en était encore à ses balbutiements. Il était moins un expérimentateur qu’un observateur, un descripteur, un vulgarisateur et un synthétiseur.
Pour François Mulet, ce livre fait partie des premiers ouvrages qui ont commencé à parler des symbioses, des interactions invisibles, de la microbiologie des sols, et de tous les processus que les agriculteurs ne voyaient pas. Il y voit une étape importante dans la prise de conscience que les outils classiques, notamment le labour, pouvaient aussi détruire des équilibres biologiques fondamentaux.
« Les racines, face cachée des arbres » coordonné par Christophe Drénou
Pierre-Xavier Brosse mentionne également Les racines, face cachée des arbres, coordonné par Christophe Drénou.
Il explique que c’est le premier livre que François Mulet lui avait fait lire lorsqu’il était venu en stage. L’ouvrage montre, photos à l’appui, tout ce qui se passe sous terre dans une forêt. Pour Pierre-Xavier Brosse, ce regard change complètement la perception de l’agronomie : si l’on prend conscience de la complexité souterraine d’une forêt, il devient évident qu’il se passe aussi énormément de choses sous les champs cultivés.
Il cite notamment le fait qu’un chêne peut enfoncer ses racines jusqu’à 140 mètres. Ce simple chiffre bouscule les raisonnements classiques limités aux 30 premiers centimètres de sol dans les bilans humiques ou azotés.
Le livre amène aussi à réfléchir à la pédogenèse et à l’autofertilité forestière : un arbre pousse sans apport d’engrais, grâce à la chute des feuilles et à la réactivation annuelle de la fertilité du sol. Cette observation est présentée comme l’un des fondements intellectuels du sol vivant.
Les ressources disponibles pour les porteurs de projet
Au-delà des livres, les intervenants dressent une liste des principaux outils actuellement disponibles pour s’informer, se former et échanger dans le réseau MSV.
Les fascicules MSV
Morgane Fournier cite d’abord les fascicules produits par le réseau.
Deux documents sont mentionnés :
- un fascicule national, réalisé grâce à trois stagiaires ayant parcouru la France ;
- un fascicule normand, réalisé grâce à l’animatrice de Maraîchage sol vivant Normandie.
Ces documents sont présentés comme de véritables mines d’informations. Ils abordent à la fois :
- l’économie des fermes,
- les aspects agronomiques,
- les techniques culturales,
- l’organisation,
- la commercialisation.
Le but est de permettre à un porteur de projet, depuis son canapé, de faire en quelque sorte un tour de France ou un tour de Normandie des fermes en maraîchage sur sol vivant.
En Normandie, un travail de suivi année par année est engagé pour documenter l’évolution des fermes. Le premier guide portait sur l’année 2016, le suivant sur 2017, puis 2018 devait venir ensuite. L’objectif est de constituer progressivement une base de données de trajectoires de fermes.
Ces fascicules permettent aussi de visualiser la diversité des modèles :
- petites surfaces peu mécanisées,
- surfaces intermédiaires avec plus de mécanisation,
- différents itinéraires techniques,
- différents outils.
Ils sont facilement retrouvables en recherchant « fascicule MSV ».
François Mulet en profite pour remercier à nouveau les contributeurs de la campagne de financement participatif ayant permis de financer les trois stagiaires.
Les Google Groups
Le deuxième outil présenté est celui des Google Groups, mis en place très tôt dans le réseau MSV.
Il existe :
- un Google Group national ;
- plusieurs Google Groups régionaux.
Le groupe national est présenté comme un espace d’échange extrêmement dense sur les sujets techniques. Au moment du direct, une discussion en cours porte par exemple sur les itinéraires pommes de terre.
Les groupes régionaux servent davantage à faire circuler :
- les informations sur les rencontres,
- les formations,
- les visites,
- les annonces de terres,
- les ventes de fermes,
- les recherches d’associés ou d’associations.
Il est rappelé qu’on peut recevoir les échanges par mail, mais aussi consulter l’historique complet en ligne. Le groupe national existe depuis 2012, ce qui représente déjà une somme importante d’informations accumulées.
Les groupes Facebook
Sont également mentionnés :
- les groupes Facebook MSV,
- MSV Pro,
- MSV Normandie.
Ces espaces permettent des échanges de photos, de conseils, de retours d’expérience et d’informations diverses.
Les chaînes YouTube
Les deux chaînes YouTube de Maraîchage sol vivant et de Ver de terre production sont citées comme des ressources centrales.
On y trouve :
- des visites de fermes,
- des formations filmées,
- de nombreuses vidéos agronomiques.
Morgane Fournier rappelle qu’elle a récemment diffusé sur les Google Groups une liste de toutes les vidéos, avec leur titre, leur lien et leur durée. En voyant défiler cette liste, elle constate elle-même l’ampleur du travail déjà réalisé.
François Mulet précise quelques ordres de grandeur :
- environ 250 vidéos sur la chaîne MSV ;
- autour de 180 heures de contenu ;
- le compte YouTube MSV créé en 2016 ;
- au moment du direct, environ 1,8 million de vues et 13 000 minutes regardées sur cette seule chaîne ;
- au global, les deux chaînes totalisent plus de 2 millions de vues et environ 16 000 à 17 000 abonnés.
Il explique l’idée de départ : face à l’immensité des besoins en formation et au nombre limité de formateurs capables d’intervenir physiquement, filmer les formations et les diffuser librement apparaissait comme une manière de changer d’échelle.
François Mulet prend l’exemple de Konrad Schreiber, qui expliquait avoir formé 5 000 personnes en quinze ans. Il trouve ce chiffre à la fois impressionnant et révélateur de la limite du modèle : à cette vitesse, il faudrait des décennies pour diffuser à grande échelle à l’ensemble des fermes. D’où l’intérêt stratégique de la vidéo.
L’enjeu n’est pas seulement quantitatif. Il est aussi lié à l’effet de démonstration : plus il existe de retours d’expérience, de fermes visitées, de résultats concrets, plus le monde agricole s’ouvre à ces pratiques.
Les visites, formations et rencontres
Enfin, les intervenants rappellent l’importance des rencontres physiques :
- visites de fermes,
- formations,
- rencontres internationales du sol vivant,
- événements régionaux.
Ces moments sont jugés essentiels pour voir les choses concrètement, discuter en direct avec d’autres producteurs, et relier les réseaux locaux.
François Mulet souligne qu’en Normandie, depuis les premières formations de l’hiver 2014-2015, le nombre de porteurs de projet a fortement augmenté. Cette année-là, l’association comptait par exemple 22 nouveaux porteurs de projet. Selon lui, la quasi-totalité des installations récemment observées s’orientent désormais vers le sol vivant.
Échange avec un porteur de projet à Mayotte
La soirée se poursuit avec un échange téléphonique avec un porteur de projet situé à Mayotte.
Présentation du projet
L’intervenant se présente : il a 31 ans, vit à Mayotte depuis sept ans, et travaille dans l’agriculture depuis son école. Il a été conseiller en maraîchage puis responsable de culture dans un atelier maraîcher scolaire.
Son expérience professionnelle est donc surtout centrée sur :
- le travail du sol,
- la protection des cultures,
- plus récemment, la portance des sols,
- et depuis quelques mois, la découverte du travail de Ver de terre production.
Il indique avoir aujourd’hui un projet d’installation à Mayotte, sur une exploitation située dans le centre de l’île. Le foncier a été repris par un établissement public foncier local. La surface concernée est de trois hectares, dont 6 000 m² de serres, soit une dizaine de tunnels.
L’exploitation a été conduite en hors-sol conventionnel depuis 1994. Avant cela, la parcelle était en zone agricole extensive, avec cocotiers, pâturages et élevage traditionnel, donc sans historique majeur de destruction chimique des sols. En revanche, les sols ont été couverts pendant vingt ans par l’activité sous serre.
Le site se situe à environ 490 mètres d’altitude, dans une zone relativement fraîche pour Mayotte, avec des températures allant grosso modo de 20 à 33 °C toute l’année.
Les serres ont été mises en place notamment pour se protéger d’une saison des pluies très marquée, avec de fortes précipitations susceptibles d’endommager les cultures maraîchères. Les sols y sont décrits comme [[argilo-limoneux]], avec tendance au compactage et à l’hydromorphie rapide en cas d’excès d’eau.
Objectif technique
Le porteur de projet souhaite faire passer cette structure en maraîchage sur sol vivant.
Son installation est envisagée à partir de juin-juillet 2019, et il est alors en plein montage des dossiers. Il identifie comme problématique majeure l’état biologique des sols, restés sous bâche pendant près de vingt ans et tassés par les passages répétés.
Il a réalisé une analyse de sol, qui indique notamment environ 2,6 % de matière organique. Selon lui, ce n’est « pas dégueulasse à première vue », mais il cherche à savoir comment relancer efficacement la vie du sol.
Ressources organiques disponibles
Il énumère les ressources accessibles localement :
- du broyat de troncs et branches, assimilé à du BRF