Démarche globale d'intégration des couverts végétaux en maraîchage biodynamique - retour d'expérience (GAEC de Portecluse)

De Triple Performance
Vue du Domaine de Portecluse



Le GAEC de Portecluse intègre des couverts végétaux à son assolement depuis 2016 dans l'objectif de gérer la fertilité du sol et lui redonner sa jeunesse. Joseph Albrecht, l'un des associés, nous explique la démarche mise en place sur le Domaine de Portecluse.

Parcours

Le Domaine de Portecluse est composé d’une partie dédiée à l’élevage et d’un atelier de maraîchage.

L’atelier maraîchage a été créé en 2006, Joseph Albrecht s'y installe en 2019 et rejoint Sébastien Cosson installé depuis 2015.

Tous deux cultivent des légumes de saison pour proposer une offre diversifiée aux clients :

  • une trentaine de légumes différents,
  • plusieurs variétés de chaque légume, préférentiellement anciennes.

Les maraîchers ont fait le choix d'accompagner les légumes de la graine à l'assiette : l'un des tunnels est réservé aux semis et suivis des jeunes plants.

Le travail sur les variétés, sur l'amélioration de l'agronomie des sols et l'utilisation des préparations biodynamiques permettent ainsi d'obtenir des légumes bien développés, savoureux et qui se conservent bien.

Aujourd’hui composé de cinq paysans, réunis autour de l’idéal d’un équilibre entre cultures et élevage, le tout en agriculture biodynamique, le domaine de Portecluse recherche la proximité avec les citoyens consommateurs.

Présentation du GAEC de Portecluse

Domaine de Portecluse

Le Domaine de Portecluse, en bref

  • 2 ateliers :
    • maraîchage
    • élevage
  • UTH : 2
  • SAU : 2,5 ha pour le maraîchage, partagés en 3 parcelles, en bordure de ruisseau
  • Surfaces cultivées en légumes :
    • Plein champ : 1,6 ha
    • Sous serres : 1800 m²
  • Sols limono-argileux (très bons limons et gros argiles)
  • Commercialisation :
    • vente directe à la ferme
    • AMAP
    • marchés


Conditions pédoclimatiques

  • Les sols de la ferme sont limono-argileux (très bons limons et gros argiles), une parcelle de la ferme est plutôt limono-sableuse.
  • D’après Joseph, ce sont des « parcelles où on peut faire de la poterie ».
  • Les sols ont été déstructurés à cause du travail mécanique intensif réalisé sur les parcelles pendant des années.
  • Les parcelles sont envahies par de l’oxalis. Selon Gérard DUCERF, cela montre :
    • Un sol à faible pouvoir de rétention en eau et en éléments fertilisants
    • Une carence en matière organique végétale carbonée et une déficience du pouvoir de fixation du complexe argilo-humique
    • Une érosion du sol


Niveau de mécanisation

Le travail mécanique utilisé intensivement à la ferme pendant longtemps a été abandonné au profit de la traction animale. Joseph et Sébastien travaillent les sols sur une profondeur de 20 cm en utilisant la traction animale avec des outils tels que le cultivateur canadien et le vibroculteur.

Approvisionnement en semences

  • Coopérative Agricole Producteurs Lèze et Arize située à la Chutere - 31310 Montesquieu Volvestre

Motivations

La décision d’intégrer des couverts végétaux dans les rotations est dirigée par la volonté de travailler la structure et la fertilité du sol. Sur la ferme, l’atelier maraîchage a tourné à plein régime sur 2,5 ha pendant plus de 10 ans. Le sol a été épuisé et a perdu de sa vigueur agronomique. L’un des objectifs principaux des maraîchers est donc de redonner une jeunesse au sol par l’implantation de couverts végétaux.


Objectifs des couverts végétaux

  • Gérer la fertilité structurale et biologique du sol
  • Gérer les adventices (tout particulièrement l’oxalis)
  • Maintenir l’activité du sol tout au long des saisons


Mise en pratique

Les maraîchers ont débuté leurs premiers essais de couverts végétaux en 2016. En 4 ans, Joseph et Sébastien ont trouvé un itinéraire technique adapté à leur système :

  • Peu de couverts végétaux sont intégrés l'été par manque de temps.
  • La plupart des couverts sont donc semés à l’automne et détruits au printemps. La période de septembre à novembre correspond à une période de semis des couverts végétaux très importante.
  • Tout au long de la saison, des couverts végétaux sont intégrés dès lors qu'un créneau d'1 à 2 mois est disponible sur une parcelle dans le but de couvrir un maximum le sol.
  • Le couvert végétal le plus utilisé sur la ferme est le seigle : il permet d’obtenir de très beaux résultats sur la structure du sol.

A l’avenir, Joseph et Sébastien ont pour projet de réaliser des essais sur des mélanges de graminées composés de sorghos, triticale, seigle, dans le but d’amener un maximum de biodiversité sur les parcelles et de bénéficier des avantages de chacun des tissus racinaires de ces espèces.


Choix des espèces

Le choix du couvert végétal implanté dépend à la fois des espèces du couvert végétal précédent et du précédent cultural. Par exemple, devant les crucifères d’automne, les maraîchers ne vont pas chercher à enrichir le sol en azote, ils vont plutôt miser sur la structure du sol donc implanter du seigle ou du sorgho sur la parcelle.


Couverts implantés et objectifs

Féverole

Féverole

  • Couvert d'automne
  • Couvert semé
  • Plein champ
Objectif
  • Apport d'azote
Conditions de semis
  • Octobre
  • 150 à 200 kg/ha
  • Culture suivante : poireaux par exemple
Coût

100 €/ha


Seigle

Seigle

  • Couvert d'automne
  • Couvert semé
  • Plein champ
Objectifs
  • Améliorer la structure du sol
  • Gérer les adventices
  • Maintenir l'activité du sol
Conditions de culture
  • Semis :
    • Octobre
    • 120 kg/ha
  • Destruction :
    • Stade épiaison, lorsque le seigle est laiteux


Sorgho fourrager

Sorgho

  • Couvert d'été
  • Couvert semé
  • Plein champ
Objectifs
  • Capter de l'azote
  • Structurer le sol
  • Apporter de la biomasse
  • Couvrir rapidement le sol
Particularités
  • Semis :
    • Mai à août
    • 50 kg/ha
  • Durée du couvert :
    • 1 à 3 mois
Coût

150 €/ha


Sarrasin

Sarrasin

  • Couvert d'été
  • Couvert semé
  • Plein champ
Objectifs
  • Gestion des adventices
  • Couverture rapide du sol
Particularités
  • Semis :
    • Mars à août
    • 40 à 60 kg/ha
  • Durée du couvert :
    • 1 à 3 mois
Coût

300€/ha


Mélanges

Phacélie, Sarrasin et féverole
  • Couvert d'été
  • Couvert semé
  • Plein champ
Objectifs
  • Apporter de l'azote
  • Nettoyer le sol
Particularités
  • Semis :
    • Mars à août


Mélange Phacélie, Seigle, Vesce
  • Couvert d'été
  • Couvert semé
  • Plein champ
Objectifs
  • Apporter de l'azote (plus léger qu'avec la féverole)
  • Nettoyer les sols
Particularités
  • Semis :
    • Mars à août


Itinéraire technique

Les maraîchers ont fait le choix, dans un but ergonomique, de mettre en place un itinéraire cultural standard à tous les couverts végétaux.

Préparation du sol et semis

  • Si le sol le permet et que la météo est bonne, le sol est travaillé sur 20 cm de profondeur avec des dents un peu lourdes, de gros canadiens de type cultivateur, pour ouvrir le sol.
  • Il est ensuite travaillé avec un vibroculteur puis un rouleau émietteur (rouleau cage qui casse les mottes pour aplanir le sol).
  • Le semis du couvert végétal est ensuite réalisé à la volée. S’il y a un mélange d’espèces, le mélange est réalisé dans des seaux ou des grands bacs, avant d’être semé à la volée.
  • Les maraîchers passent ensuite avec le cheval des dents légères, type vibroculteur, pour recouvrir le semis.
  • Le domaine de Portecluse pratiquant la Biodynamie, des préparations biodynamiques sont utilisées pour les couverts végétaux.
    • Au moment du semis, une préparation de type homéopathique jouant le rôle d’un activateur microbien est pulvérisée en grosses gouttes sur le sol.
    • Lorsque le couvert végétal est bien développé, une préparation composée de silice est pulvérisée en petites gouttelettes sur les feuilles afin de favoriser la capacité du végétal à faire la photosynthèse.

Destruction

  • La destruction est idéalement réalisée par traction animale.
  • Le couvert est couché par un rouleau packer.
  • Les maraîchers font ensuite plusieurs passages (jusqu’à 3) de covercrop (disques) pour bien détruire le couvert végétal et l’enfouir.

Joseph et Sébastien n’ont jamais eu besoin d’arroser après la destruction des couverts mais ils soulignent l’importance de l’eau pour que les débris s’incorporent correctement au sol.

Préparation pour la culture suivante

  • Avant d’implanter la culture suivante, les maraîchers passent le vibroculteur sur la parcelle pour avoir une structure de surface pas trop motteuse.
  • Après ce travail superficiel du sol, ils mettent en place à l’aide du cheval des billons sur la parcelle et implantent la culture suivante.

Annexes et liens


Leviers évoqués dans ce système

Matériel évoqué dans ce retour d'expérience

Cultures évoquées


Bioagresseurs évoqués