Couverts végétaux pour maitriser les adventices : retour d'essais, David Boucher et Jérome Pernel

De Triple Performance
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Dans cette vidéo, David Boucher, responsable agro du groupe Carré, et Jérôme Pernel présentent un essai mené avec le lycée de Tilloy pour évaluer l’intérêt des couverts végétaux dans la maîtrise des adventices. Deux leviers sont étudiés : l’effet allélopathique de certaines espèces et l’effet d’étouffement par une couverture rapide et dense du sol. Six modalités, croisées avec trois densités de semis, ont permis de comparer avoine, phacélie, vesce velue et plusieurs mélanges. Les résultats montrent que la phacélie se distingue nettement, avec un très bon pouvoir couvrant, tandis que certains mélanges se révèlent décevants selon l’année, la date de semis ou la variété choisie. Les intervenants rappellent aussi qu’un couvert ne remplace ni le travail du sol, ni une stratégie globale de gestion des adventices, en particulier contre les vivaces comme le chardon ou le liseron.

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Résumé
Dans cette vidéo, David Boucher, responsable agro du groupe Carré, et Jérôme Pernel présentent un essai mené avec le lycée de Tilloy pour évaluer l’intérêt des couverts végétaux dans la maîtrise des adventices. Deux leviers sont étudiés : l’effet allélopathique de certaines espèces et l’effet d’étouffement par une couverture rapide et dense du sol. Six modalités, croisées avec trois densités de semis, ont permis de comparer avoine, phacélie, vesce velue et plusieurs mélanges. Les résultats montrent que la phacélie se distingue nettement, avec un très bon pouvoir couvrant, tandis que certains mélanges se révèlent décevants selon l’année, la date de semis ou la variété choisie. Les intervenants rappellent aussi qu’un couvert ne remplace ni le travail du sol, ni une stratégie globale de gestion des adventices, en particulier contre les vivaces comme le chardon ou le liseron.

Lors de la réunion "Couverts végétaux pour maîtriser les adventices", David Boucher a présenté les résultats d'expérimentations menées avec le lycée de Tillois sur l'utilisation de couverts végétaux pour la lutte contre l'enherbement, en explorant deux mécanismes principaux : l'effet allélopathique et l'étouffement. Six modalités, comprenant différentes espèces et mélanges de couverts, ont été testées dans des conditions diverses, bien que le semis tardif ait impacté la performance, surtout pour les légumineuses. Les observations ont révélé des résultats mitigés avec des échecs notables de certains mélanges face aux adventices, notamment les vivaces. Les conclusions soulignent l'importance cruciale de la date de semis et l'interaction variétale sur l'efficacité des couverts, avec des recommandations pour une combinaison de techniques afin de mieux gérer les adventices persistants.

En septembre 2024, l'association AgroTransfert organise une journée de retour sur le projet Adventurh sur l'exploration de nouvelles voies pour maitriser les adventices. Ici, David Boucher du groupe Carré et Jérome Pernel d'AgroTransfert reviennent sur leurs essais de couverts végétaux pour maitiriser les adventices, et notamment les annuelles.

Par ici pour en savoir plus sur Agrotransfert : https://www.agro-transfert-rt.org

Cette vidéo a été créée dans le cadre du projet CONSERWA pour valoriser les résultats du projet mené par AgroTransfert-RT. Le projet CONSERWA reçoit avec le financement de l’Union Européenne, de la confédération suisse et du Royaume-Uni. Par ici pour plus d'info : https://conserwa.eu/


Notes

🌱 Présentation des couverts végétaux pour lutter contre l'enherbement (00:03 - 04:31)

  • David Boucher se présente comme responsable agro pour le groupe Carré
  • Travail réalisé avec le lycée de Tillois sur les couverts végétaux
  • Deux mécanismes de lutte contre les adventices : effet allélopathique et effet étouffement
  • Test de 6 modalités (espèces/mélanges) croisées avec 3 densités
  • Semis réalisé le 26 août, date considérée comme un peu tardive pour l'objectif de gestion des adventices
  • Espèces testées : avoine, facélie, vesce velue, mélanges avoine/vesce, avoine/facélie et un mélange spécifique (vesce, navette, radis, roquette)

🔬 Principes et contraintes des couverts végétaux (04:31 - 09:25)

  • Importance de cibler la problématique prioritaire (structure du sol, adventices...)
  • Les couverts entretiennent une structure mais ne remplacent pas un décompacteur
  • Un couvert n'est pas un substitut au glyphosate
  • Nécessité d'investir sérieusement pour obtenir des résultats, sinon risque d'échec
  • Efficacité du couvert dépend de la technique d'implantation
  • L'enjeu principal est d'empêcher la production de graines d'adventices

🌿 Observations des différents couverts testés (09:25 - 13:00)

  • Premier mélange (vesce, roquette, navette, radis) : échec relatif face aux adventices
  • Les légumineuses ont mal supporté la date de semis tardive
  • Importance cruciale du choix variétal, pas seulement de l'espèce
  • Le liseron des champs et le chardon (vivaces) ont traversé le couvert
  • Test de la vesce en pure : bon gradient d'efficacité selon la densité
  • Meilleur contrôle sur les adventices annuelles que sur les vivaces

🌾 Évaluation des autres modalités (13:00 - 17:27)

  • Avoine brésilienne/rude : bon recouvrement mais reste perméable aux adventices
  • Facélie : excellente efficacité même en sous-densité
  • La facélie parvient à dominer même certaines vivaces
  • Mélange avoine/vesce : résultats décevants malgré le potentiel théorique
  • Impact majeur des différences variétales sur l'efficacité

⚙️ Conclusions et recommandations (17:27 - 20:24)

  • Le premier levier de réussite d'un couvert est la date de semis
  • Efficacité limitée sur les vivaces quel que soit le mélange
  • Pour les vivaces comme le chardon, nécessité de combiner scalpages/fauches et couverts
  • Importance d'intervenir au bon stade pour les chardons (6-8 feuilles)
  • Les fauches répétées restent efficaces pour gérer le chardon dans les prairies







Présentation de l’essai et objectif

David Boucher se présente comme responsable agro pour le groupe Carré, un négoce de céréales installé à proximité du lycée de Tillois. Chaque année, un travail est mené avec le lycée sur les couverts végétaux, selon des axes différents. Cette année, la question posée, en lien avec le colloque, est la suivante : est-ce qu’un couvert végétal peut permettre de lutter contre les adventices ?

Deux grands modes d’action des couverts sur les adventices sont rappelés :

  • L’effet allélopathique : certaines espèces émettent des substances capables de limiter la germination des adventices.
  • L’effet étouffement : il repose sur la vigueur du couvert, sa densité et sa capacité à faire obstacle à la lumière.

L’objectif de l’essai est donc d’évaluer la capacité de différents couverts, seuls ou en mélange, à limiter le développement des adventices.

Contexte agronomique et problématique visée

L’exemple pris est celui du vulpin, l’une des graminées adventices les plus problématiques dans la région. Sa période préférentielle de levée se situe autour du 15 septembre. L’idée est donc d’installer un couvert avant cette période, afin qu’il occupe l’espace et limite le développement du vulpin.

David Boucher précise que cette logique fonctionne plutôt bien pour les graminées. En revanche, pour les dicotylédones, la situation est plus complexe. Des semis très précoces de couverts peuvent, par exemple, déclencher des levées de chénopode, qui deviennent ensuite difficiles à maîtriser.

Dispositif expérimental

La vitrine comprend six modalités, c’est-à-dire six espèces ou mélanges, croisées avec trois densités de semis.

Espèces et mélanges testés

Le choix des espèces repose sur leurs caractéristiques supposées vis-à-vis de la concurrence avec les adventices.

Les modalités évoquées sont les suivantes :

  • Avoine seule
  • Phacélie seule
  • Vesce velue seule
  • Mélange avoine-vesce
  • Mélange avoine-phacélie
  • Mélange vesce + navette + radis + roquette

L’avoine constitue la base de nombreux mélanges. Elle peut avoir un fort effet étouffant lorsqu’elle est semée à forte densité, comme dans le cas des dérobées fourragères.

La phacélie est très souvent citée dans les essais pour sa capacité à limiter les adventices.

La vesce velue est retenue pour son port rampant et son potentiel de couverture du sol.

Le mélange plus complexe à base de vesce, navette, radis et roquette a été conçu pour cumuler plusieurs fonctions :

  • une plante couvrante avec la vesce,
  • des crucifères à croissance rapide avec la navette et le radis,
  • un effet allélopathique recherché avec la roquette.

David Boucher précise aussi qu’il s’agit ici d’un couvert pensé dans un contexte de blé sur blé. Dans ce type de rotation, la roquette est intéressante car elle est très riche en glucosinolates, avec un intérêt également vis-à-vis du sol et de certaines problématiques sanitaires.

Travail sur les densités

Les espèces et mélanges ont été testés à trois niveaux de densité :

  • sous-densité,
  • densité normale,
  • surdensité.

La densité intermédiaire correspond à la densité conseillée. La surdensité est testée car, si l’objectif est de concurrencer les adventices, il est logique d’augmenter la densité de semis. La sous-densité correspond à une pratique assez fréquente en exploitation : réduire la dose pour diminuer le coût à l’hectare.

David Boucher souligne toutefois que cette économie se paie rapidement en termes de recouvrement du sol. Certaines espèces ou certains mélanges supportent beaucoup moins bien la sous-densité que d’autres.

Pourquoi certaines espèces n’ont pas été retenues

Une question est posée sur l’absence de la moutarde. David Boucher explique qu’elle a été volontairement laissée de côté. Son potentiel de concurrence vis-à-vis des adventices est déjà bien connu. L’objectif était ici de travailler des choses simples sans multiplier excessivement les modalités. La moutarde aurait pu servir de référence, mais cela n’a pas été retenu pour ne pas alourdir encore davantage le dispositif.

Contraintes de la ferme et date de semis

David Boucher rappelle qu’en pratique, le raisonnement sur les couverts ne peut pas être dissocié des contraintes réelles des exploitations. En théorie, il faudrait semer le couvert le plus tôt possible. Mais sur une ferme, d’autres priorités existent : la gestion de la paille, les pommes de terre, et de nombreuses autres tâches. En pratique, le couvert est souvent semé quand le temps le permet.

Dans cet essai, le semis a été réalisé le 26 août. Ce n’est pas extrêmement tard, mais pour un objectif de lutte contre certaines adventices, cela peut déjà être un peu tardif.

L’année influence aussi fortement le résultat. Si septembre avait été plus chaud, les parcelles couvriraient probablement beaucoup mieux. Or, même si de la chaleur a été présente en août, un semis au 26 août n’en bénéficie pas pleinement. Au moment de la visite, les couverts sont donc jugés moyennement développés, mais des évolutions importantes sont attendues dans le mois suivant.

Effet de la technique d’implantation sur les adventices

Jérôme Pernel complète l’analyse en rappelant que l’efficacité du couvert dépend aussi de sa technique d’implantation.

Si le couvert est implanté :

  • en semis à la volée,
  • ou en semis direct sans bouleversement du sol :

les graines d’adventices sont peu stimulées, et il y a donc moins de levées spontanées au moment de la mise en place du couvert. L’effet de déstockage du stock semencier est alors limité.

En revanche, avec des techniques plus classiques :

  • passage de déchaumeur,
  • ou implantation avec combiné de semis :

le travail du sol stimule les levées d’adventices, avec un effet proche de celui d’un faux-semis.

La différence avec un vrai atelier faux-semis est qu’ici il n’y a qu’un seul passage, donc l’effet de déstockage n’est pas cumulé.

Enjeu sur la production de graines des adventices

Jérôme Pernel insiste aussi sur un autre enjeu : certaines adventices qui lèvent au moment de l’implantation du couvert peuvent produire des graines en seulement quelques semaines. Même si elles restent basses, elles peuvent assurer la survie de l’espèce en réalimentant le stock semencier de la parcelle.

L’intérêt du couvert, dans ce cas, est de concurrencer ces adventices suffisamment tôt pour empêcher ou limiter cette production de graines.

Intérêt du couvert pour la culture suivante

Le couvert peut aussi jouer un rôle dans la stratégie vis-à-vis de la culture suivante, en particulier dans les systèmes de type agriculture de conservation où il n’y a pas de labour pour enfouir le couvert et nettoyer la parcelle.

Dans ces systèmes, il est important de semer la culture suivante dans une parcelle propre. Plus le couvert est capable d’étouffer les adventices, plus il facilite cette implantation.

Bien cibler la problématique et ne pas survendre le couvert

David Boucher insiste sur un point essentiel : il faut toujours cibler la problématique principale.

Quelques exemples sont donnés :

  • Si le problème majeur de l’année est un problème de structure du sol, l’enjeu prioritaire peut être de fissurer avant d’implanter le couvert.
  • Si le problème est la présence de vivaces, un couvert ne suffira pas. Il faut alors une stratégie d’épuisement du rhizome par plusieurs travaux du sol en été.

Il met aussi en garde contre une vision exagérée des couverts :

  • un couvert ne remplace pas un décompacteur,
  • un couvert ne remplace pas un glyphosate,
  • une racine ne restaure pas à elle seule une structure dégradée : elle peut seulement entretenir une structure.

Autrement dit, il ne faut pas demander au couvert plus qu’il ne peut faire. En revanche, si l’on veut utiliser le couvert comme levier de gestion des adventices, il faut réellement y investir. Chercher à économiser sur la densité ou à implanter à moitié correctement conduit souvent à l’échec, notamment dans les parcelles infestées en dicotylédones : le couvert devient alors un simple cache-misère, beau au-dessus mais très sale en dessous.

Résultats observés sur les différentes modalités

Mélange vesce, roquette, navette et radis

Cette modalité repose sur une base légumineuses-crucifères, avec l’idée d’associer :

  • des crucifères agressives au démarrage,
  • une vesce supposée très couvrante.

Dans les conditions de l’année, le résultat est jugé décevant. On observe :

  • des trous dans le couvert,
  • des dégâts de ravageurs,
  • une vesce qui a mal réagi à la date de semis,
  • de nombreuses adventices présentes : chardon, liseron des champs et plusieurs dicotylédones.

David Boucher considère qu’il s’agit clairement d’un échec vis-à-vis de l’objectif adventices, quelle que soit la densité testée. Il note cependant que ce couvert peut encore remplir d’autres fonctions classiques : produire de l’azote et rendre d’autres services agronomiques. Mais sur l’objectif spécifique de lutte contre les adventices, la modalité est ratée.

Vesce seule

La vesce a été testée en pur, notamment pour son aspect très recouvrant. Dans cette modalité, l’effet de la densité est très net : plus la densité augmente, plus la couverture du sol progresse.

Malgré un semis un peu tardif, la vesce semble bien engager son travail de recouvrement. David Boucher rappelle toutefois que les légumineuses apprécient les jours longs, et qu’un semis de fin août-début septembre est souvent plus délicat, en particulier pour les petites graines comme le trèfle d’Alexandrie. La vesce est un peu moins capricieuse, mais reste sensible à la date.

À ce stade, le couvert paraît capable de couvrir suffisamment le sol pour étouffer certaines dicotylédones annuelles, comme les petits chénopodes observés. En revanche, sur les vivaces comme le liseron des champs, la modalité ne peut pas suffire : ces espèces sont déjà à un niveau de développement qui leur permet de passer au-dessus du couvert.

La conclusion proposée est donc la suivante :

Avoine brésilienne ou avoine rude

L’avoine brésilienne, aussi appelée avoine rude, est présentée comme la base de nombreux mélanges actuels. Elle est également utilisée en dérobée fourragère, où semée à 70-80 kg/ha, elle peut former un couvert très dense sans adventices en dessous.

Dans l’essai, le recouvrement du sol est jugé assez bon à densité normale. En revanche, comme il s’agit d’une graminée sans étalement marqué des feuilles, la lumière continue à parvenir au sol, ce qui permet à des adventices de poursuivre leur développement.

Là encore, la conclusion est nuancée :

  • la modalité peut présenter un intérêt sur certaines annuelles,
  • elle reste insuffisante sur des problématiques de vivaces.

Phacélie seule

La phacélie est décrite comme l’une des plantes les plus réputées pour la lutte contre les adventices. D’après les références consultées, elle faisait partie des espèces les plus prometteuses, et les observations de terrain semblent confirmer cette réputation.

Par comparaison avec les modalités précédentes, la phacélie apparaît beaucoup plus propre :

  • présence très limitée de chénopodes,
  • forte réduction du liseron des champs,
  • même sur les vivaces, la phacélie semble prendre le dessus.

David Boucher indique que :

  • la sous-densité est déjà très propre,
  • la densité normale donne un très bon résultat,
  • la surdensité ne semble pas apporter de bénéfice supplémentaire significatif.

Même dans les zones où la lumière passe encore, peu d’adventices sont visibles. Si une modalité doit être retenue comme ayant vraiment fonctionné dans cet essai, c’est donc clairement la phacélie pure.

Il est toutefois précisé que ce résultat concerne ici l’espèce pure, et qu’il faut encore regarder son comportement en mélange.

Mélange avoine-vesce

Le mélange avoine-vesce est présenté comme un grand classique régional, très utilisé en interculture.

Or, la modalité observée ne correspond pas à ce que l’on aurait pu attendre au vu des essais en espèces pures. On aurait pu penser qu’elle combine les qualités de l’avoine et de la vesce. Mais ce n’est pas le cas.

La raison avancée est simple : il s’agit bien des mêmes espèces, mais pas des mêmes variétés. David Boucher insiste fortement sur ce point. En couvert aussi, il faut raisonner :

  • l’espèce,
  • la densité,
  • la variété.

Dans cette modalité avoine-vesce :

  • le mélange est trop clair à densité normale,
  • les vesces sont mal parties,
  • les avoines ne sont pas suffisamment étouffantes.

Même en surdensité, il existe un risque important d’échec sur l’objectif de concurrence avec les adventices.

Mélange avoine-phacélie

Le dernier mélange commenté est l’avoine-phacélie. Il est présenté comme intéressant, notamment lorsqu’il y a des effluents organiques, car il demande de la nutrition pour produire de la biomasse.

La différence avec la phacélie pure est visible : les phacélies sont plus irrégulières et plus hétérogènes. Là encore, David Boucher y voit un effet variétal.

Malgré cela, le pouvoir couvrant reste jugé assez intéressant. Les phacélies ont réussi à passer au-dessus des liserons. Le constat général rejoint celui des autres modalités :

  • sur les annuelles, le couvert peut jouer un rôle utile,
  • sur les vivaces, c’est plus compliqué.

Les vivaces sont moins sensibles à la seule concurrence pour la lumière car elles disposent de réserves souterraines qui leur permettent de continuer à pousser même lorsqu’elles sont gênées.

Importance de l’effet variétal

L’un des enseignements forts de l’essai est l’importance du choix variétal. David Boucher insiste sur le fait qu’on ne sème pas simplement de la vesce ou de la phacélie : on sème une variété de vesce ou de phacélie.

Ce raisonnement est courant pour le blé, mais beaucoup moins pour les couverts. Or, dans l’essai, des différences importantes apparaissent entre variétés d’une même espèce, notamment sur le pouvoir couvrant.

L’exemple de la phacélie est particulièrement marquant :

  • la phacélie pure ayant bien réussi est identifiée comme la variété Lila,
  • en mélange, avec une autre variété, le comportement n’est plus le même.

Le choix d’un couvert doit donc intégrer trois dimensions :

  • l’espèce,
  • la densité,
  • la variété.

Le matériel de semis n’est pas le premier levier

En conclusion sur les facteurs de réussite, David Boucher indique que, malgré les nombreux essais réalisés depuis plusieurs années, le matériel de semis n’est pas le premier levier de réussite.

Différents systèmes ont été testés :

  • semis à la volée,
  • semis avec outils type déchaumeur,
  • autres systèmes.

Le levier principal reste la date de semis. Sans dire que les graines peuvent être jetées n’importe comment, il estime qu’on peut réussir avec de nombreux systèmes d’implantation si la date est bonne.

Limites du couvert sur les vivaces

Jérôme Pernel revient enfin sur le cas des vivaces, pour confirmer que l’effet du couvert seul est quasiment inexistant quel que soit le mélange.

Si l’objectif est de gérer les vivaces, le schéma à retenir est le suivant :

  1. d’abord scalper pour épuiser la plante,
  2. ensuite utiliser le couvert pour empêcher son redémarrage et la reconstitution de ses réserves avant l’hiver.

Autrement dit, le couvert peut intervenir dans la stratégie, mais seulement après un travail préalable d’épuisement. Il ne peut pas, à lui seul, épuiser une vivace.

Cas particulier du chardon

À propos du chardon, Jérôme Pernel précise qu’en prairie, la gestion repose sur des fauches répétées au bon stade.

Le point clé est le stade 6 à 8 feuilles. Avant ce stade, le chardon utilise ses réserves pour pousser. À partir de ce stade, il atteint ce qu’on appelle le point de compensation : une partie de l’énergie produite par la photosynthèse est alors réaffectée à la reconstitution des réserves.

L’objectif est donc d’intervenir avant ou autour de ce stade pour l’épuiser. Que ce soit par :

  • scalpage,
  • ou par fauche en prairie,

la logique est toujours la même : empêcher la reconstitution des réserves afin d’affaiblir durablement la plante.

Enseignements généraux

Les principaux enseignements tirés de cette présentation sont les suivants :

  • un couvert peut contribuer à la gestion des adventices, surtout par étouffement et parfois par allélopathie ;
  • il est surtout efficace sur des adventices annuelles, en particulier si le semis est suffisamment précoce ;
  • son efficacité est limitée, voire très faible, sur les vivaces si aucune autre stratégie n’est mise en œuvre ;
  • la date de semis est le levier principal de réussite ;
  • la densité est déterminante, avec un effet souvent net en faveur des densités plus fortes ;
  • le choix variétal est un critère important, souvent sous-estimé ;
  • la phacélie pure apparaît ici comme la modalité la plus convaincante sur l’objectif de lutte contre les adventices ;
  • un couvert ne doit pas être survendu : il rend des services, mais ne remplace ni un outil de travail du sol, ni un herbicide, ni une stratégie globale de gestion des adventices.

En résumé, le couvert peut être un levier utile, à condition d’être pensé comme un élément d’un ensemble agronomique cohérent, et non comme une solution unique.