Couverts permanents de luzerne dans l’Ain : autonomie fourragère et simplification du travail chez Alexandre Fetas

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Alexandre Fetas, agriculteur de 47 ans, est installé seul sur une exploitation de 120 hectares à proximité de Besançon sur l’EARL de Tessonnière. Son système repose sur un équilibre entre une production de grandes cultures et un atelier de 50 vaches allaitantes. Depuis 2017, il a entamé une transition vers le Semis Direct sous Couvert Végétal (SDCV) avec l'implantation de couverts permanents, principalement de la luzerne. L'objectif est double : sécuriser la ressource en fourrage pour son élevage tout en protégeant ses sols superficiels et calcaires.

Contexte de la ferme

  • Localisation : Ain. Plateaux d'environ 600m d’altitude.
  • SAU : 120 ha.
  • UTH : 1
  • Sols : Superficiels (20 à 30 cm de profondeur), plutôt calcaires et pierreux, avec un pH autour de 6 nécessitant un chaulage régulier.
  • Atelier : Élevage de 50 vaches allaitantes, autonome en fourrage, céréales et paille.
  • Climat : Sensibilité aux "coups de chaud" estivaux du fait de la faible réserve utile des sols.

Objectifs du passage en couverts permanents : sécuriser et simplifier

L'élément déclencheur a été la découverte de vidéos techniques sur YouTube (notamment les Bourguignons), suivie d'une formation avec Serge Augier du négoce Sépac Compagri à Besançon, investi dans le développement du semis direct.


Ses objectifs principaux étaient :

  1. Sécuriser le fourrage : Disposer d'un couvert déjà implanté après la moisson, capable de démarrer immédiatement sans dépendre des pluies incertaines de juillet pour un semis d'interculture.
  2. Réduire la charge de travail : En finir avec le labour et le passage de la herse rotative qui, dans ses terres pierreuses, nécessitent de longues journées de ramassage de cailloux. Réduire de "rush" d'après moisson pour implanter des couverts
  3. Réduire les charges de mécanisation: Le passage en semis direct réduit grandement le nombre de passage sur la parcelle permettant des économies en GNR.
  4. Sécuriser l'implantation des couverts : Avec des étés sec et des couverts qui échouent souvent, sécuriser la présence d'une couverture végétale après la moisson.

Choix des espèces : de la luzerne pure aux mélanges

Alexandre a débuté avec de la luzerne pure, mais a constaté des manques de densité. Il a donc évolué vers des mélanges plus complexes pour assurer une couverture homogène :

  • Base : Luzerne (variété Luzelle, env. 14 kg/ha) pour son enracinement profond qui ne concurrence pas trop les céréales et sa montaison tardive.
  • Compléments : Trèfle violet et trèfle blanc (4,7 kg/ha) pour boucher les trous, et un peu de mélilot (1,2 kg/ha).




Itinéraire technique détaillé

La rotation type s'étale sur environ 4 ans de cultures suivis de 4 à 5 ans de prairie.


1. Implantation du couvert dans le colza

C'est la culture pivot qui permet d'installer le couvert pour la durée de la rotation.

  • Précédent : Généralement une fin de cycle de prairie ou une céréale.
  • Préparation du sol : Abandon du semis direct (SD) strict pour le colza après plusieurs échecs. Réalisation de deux passages de déchaumeur pour brasser la terre en superficiel. Glyphosate 3 semaines avant le semis
  • Semis : Début septembre, réalisé en conventionnel (combiné herse rotative + semoir) pour sécuriser la levée.
  • Variétés : Mélange de deux variétés de colza hybride associées à des variétés très précoces pour détourner les méligèthes.
  • Traitement de semences : Utilisation de semences de colza enrobées.
  • Composition couvert : Semis simultané de 14 kg/ha de luzerne (Luzelle), 4,7 kg/ha de mélange de trèfles (blanc et violet) et 1,2 kg/ha de mélilot.
  • Lutte anti-limaces : Apport de 3 kg/ha d'anti-limaces au semis.
  • Fertilisation organique : Épandage de 20 tonnes/hectare de fumier.
  • Fertilisation minérale (Printemps) :
    • 1er passage : 300 kg/ha de Sulfan (24-18, engrais soufré).
    • 2ème passage : 160 kg/ha d'urée
  • Protection Phyto :
    • Herbicide :
      • Post semis [Insérer dose]
      • Hivers : Passage éventuel d'un antigraminé racinaire (type Nirvana) si la parcelle présente des graminées
    • Insecticide/Fongicide : Aucun passage
  • Date de récolte : 5 juillet
  • Rendement : Environ 35 qtx/ha (contre 16-18 qtx en SD mal maîtrisé)
    Couvert après le broyage des cannes de colza

2. Interculture : valorisation fourragère

  • Gestion des résidus : Broyage des cannes immédiatement après la moisson pour permettre une repousse propre de la luzerne.
  • Exploitation du couvert (Fourrage) :
    • Première fauche : Début août (environ 1 mois après moisson).
    • Deuxième fauche : Fin septembre, juste avant le semis suivant.
  • Régulation pré-semis : Application de [insérer dose] de glyphosate si la parcelle est sale, juste avant ou dans la foulée du semis de b

3. Blé tendre (année 2 et 3) sous couvert vivant

  • Implantation : Semis direct (SD) fin septembre, immédiatement après la deuxième fauche.
  • Matériel : Semoir à disques (3 m) avec des cales de réglage à 2,5 cm de profondeur.
  • Semences : Mélange maison de 4 variétés de blé barbu (3 barbues, 1 non barbue), triées à la ferme et enrobées avec du phosphore.
  • Densité de semis : Entre 180 et 200 kg/ha.
  • Fertilisation :
    • 1er passage : Sulfan (150 kg/ha, apportant 19 unités N et 53 unités S).
    • 2ème passage : Urée (150 kg/ha).
    • Complément : Apport engrais foliaire (10% N + Soufre) et Epsotop (2%) associé au passage fongicide
  • Régulation du couvert (printemps) : Si la luzerne menace de dépasser le blé, application de [insérer dose] de metsulfuron (Allié) ou de Starane pour "tasser" le couvert sans l'éliminer.
  • Protection Phyto :
    • Herbicides : Désherbage d'automne systématique [insérer dose] Rattrapage au cas par cas au printemps.
    • Fongicides : Non systématiques, modulation des doses (0, 50% ou 100%) selon la pression de l'année
  • Rendement : Environ 60 qtx/ha les bonnes années.

4.4 Triticale (Fin de rotation sous couvert)

  • Itinéraire : Par soucis de simplicité, identique à celui du blé (semis en septembre, même conduite de fertilisation et de protection).

5. Fin de cycle et retour en prairie

  • Implantation : Semis d'une prairie directement dans le couvert de légumineuses existant.
  • Gestion : Phase de pâturage ou de fauche pendant une durée de 4 à 5 ans pour nettoyer le stock semencier d'adventices

Après la prairie, la parcelle repart généralement sur une céréale (blé ou triticale) et les couverts permanents ne sont pas réimplantés avant le retour d’un colza dans la rotation.

Résultats et enseignements

Gain de temps et autonomie fourragère: les avantages observés

  • Gain de temps et confort : "Le travail est bien plus vite fait" L'abandon du labour et de la herse rotative permet une simplification majeure du calendrier cultural.
  • Suppression des tâches pénibles : L'arrêt du travail du sol élimine l'épierrage systématique après le labour, une tâche particulièrement chronophage.
  • Autonomie : Les coupes de luzerne après moisson sont un vrai plus économique pour l'atelier élevage.
  • Résilience : Les rendements en blé se maintiennent (autour de 60 qtx les bonnes années), avec une réduction notable des charges de mécanisation.

La gestion chimique du couvert, la difficulté majeure identifiée

  • Gestion des adventices : Alexandre fait face à l'apparition de ray-grass résistants. Il souligne qu'on ne peut pas se passer de désherbage chimique dans ce système.
  • Complexité technique : L'aspect le plus difficile est de trouver l'information sur les produits phytosanitaires compatibles (doses et molécules) pour réguler le couvert sans le tuer.
  • Accompagnement : Il regrette le manque de conseillers formés à ces pratiques en dehors des réseaux spécialisés comme ceux de Nicolas Courtois.

Conseils aux pairs, se lancer et se faire accompagner

  • Essayer petit à petit : "C'est à essayer sur une parcelle", il n'y a pas de gros risque financier si l'on commence prudemment.
  • Se faire accompagner : Il est crucial de s'entourer de techniciens qui comprennent le système pour ne pas détruire le couvert par erreur sur un conseil classique.
  • Persévérer : Malgré des visuels de parcelles parfois surprenants au début (présence de chaumes et de végétation), les résultats à la récolte sont là.

Source : Interview d'Alexandre Fetas réalisée le 11 mai 2026 dans le cadre du projet SOL Couvert.

Cette page a été conçue dans le cadre du projet SOL Couvert, qui bénéficie du soutien financier de l’Office Français de la Biodiversité dans le cadre d’ECOPHYTO II+, avec la participation du Centre National d'Agroécologie, de Ver de Terre Production et de Neayi