Couverts Végétaux : Utopie ou vraie solution pour le carbone et l'azote ? Frédéric Thomas

De Triple Performance
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Dans cette interview réalisée lors d'Innovagri, Frédéric Thomas revient sur les couverts végétaux, outils indispensables mais souvent mal compris. Loin d'être une solution miracle, leur efficacité repose sur une gestion fine de la fertilité et des besoins biologiques des sols. Frédéric Thomas souligne que les couverts ne créent pas d'éléments minéraux mais permettent de les recycler et de stocker du carbone. Pour réussir, il insiste sur l'importance de produire une biomasse importante, tout en veillant à l'équilibre nutritionnel (azote, phosphore, soufre) pour nourrir l'activité biologique. Sans cet apport, le système peut s'essouffler et même puiser dans les réserves du sol. Enfin, il explique comment, par une gestion rigoureuse de la densité et de la compétition lumineuse, ces couverts deviennent des alliés stratégiques pour limiter le salissement des parcelles, tout en améliorant progressivement la structure et la fertilité globale de l'exploitation.

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Résumé
Dans cette interview réalisée lors d'Innovagri, Frédéric Thomas revient sur les couverts végétaux, outils indispensables mais souvent mal compris. Loin d'être une solution miracle, leur efficacité repose sur une gestion fine de la fertilité et des besoins biologiques des sols. Frédéric Thomas souligne que les couverts ne créent pas d'éléments minéraux mais permettent de les recycler et de stocker du carbone. Pour réussir, il insiste sur l'importance de produire une biomasse importante, tout en veillant à l'équilibre nutritionnel (azote, phosphore, soufre) pour nourrir l'activité biologique. Sans cet apport, le système peut s'essouffler et même puiser dans les réserves du sol. Enfin, il explique comment, par une gestion rigoureuse de la densité et de la compétition lumineuse, ces couverts deviennent des alliés stratégiques pour limiter le salissement des parcelles, tout en améliorant progressivement la structure et la fertilité globale de l'exploitation.

Frédéric Thomas est agriculteur et rédacteur en chef de la revue TCS. Lors de son intervention à INNOVAGRI 2025 à Outarville, nous avons pu l'enregistrer sur le sujet des avantages et limites des couverts végétaux d'interculture.





Les couverts végétaux : un outil de gestion complexe

Frédéric Thomas aborde le rôle fondamental des couverts végétaux, qu'il qualifie de biomax (pour biodiversité maximale), en soulignant qu'ils ne sont pas des solutions miracles mais des outils de gestion agronomique nécessitant une stratégie précise.

Le rôle du couvert dans le cycle de l'azote

La gestion de l'azote dépend fortement de la composition du couvert :

  • Couverts à légumineuses : Avec un rapport C/N bas, ils se décomposent rapidement et peuvent fixer de l'azote atmosphérique, améliorant ainsi la fertilité.
  • Couverts à C/N élevé : Ils recyclent principalement l'azote déjà présent dans le sol. Dans ce cas, il n'y a pas de bénéfice azoté net, mais une simple restitution.

Frédéric Thomas met en garde contre l'idée reçue selon laquelle le couvert "invente" de l'azote. Si le sol présente une carence, le couvert risque d'accentuer ce déficit en stockant les éléments minéraux dans sa propre biomasse, rendant ces nutriments indisponibles pour la culture suivante si la gestion est mal maîtrisée.

Gestion du carbone et fertilité des sols

La biomasse végétale est composée à environ 45 % de carbone. Un couvert produisant 6 à 7 tonnes de matière sèche par hectare représente un stockage important de carbone, équivalent à environ 11-12 tonnes d'équivalent CO2.

  • Le défi du bilan carbone : Dans les rotations spécialisées (pomme de terre, betterave, lin), le bilan carbone est souvent déficitaire. Les couverts deviennent alors indispensables pour compenser ce manque.
  • Alimentation de l'activité biologique : Le carbone est l'énergie nécessaire à l'activité biologique du sol. Toutefois, une forte activité biologique "respire" et émet du CO2. Pour maintenir un stock de matière organique, il est impératif d'apporter des quantités massives de biomasse pour laisser un "reliquat" après le métabolisme des micro-organismes.

L'importance de la fertilisation minérale

Frédéric Thomas insiste sur un point crucial : on ne peut pas accroître la fertilité d'un sol en apportant uniquement du carbone.

  • L'activité biologique a besoin d'azote, de phosphore et de soufre pour dégrader la matière organique (notamment les pailles).
  • Si le couvert ou les résidus de culture sont trop riches en carbone par rapport aux éléments minéraux, l'activité biologique puise dans les réserves du sol.
  • Conseil d'expert : Pour réussir ses couverts et éviter de "famer" le sol, il faut raisonner comme en élevage : équilibrer la ration minérale de l'activité biologique.

Lutte contre le salissement des parcelles

Les couverts végétaux peuvent être utilisés comme levier de désherbage, notamment contre des adventices comme le chardon :

  1. Compétition pour la fertilité : En semant des couverts denses, on consomme rapidement l'azote disponible, limitant le développement des plantes nitrophiles.
  2. Compétition pour la lumière : Des légumineuses grimpantes (vesces, pois) permettent de fermer le couvert et d'étouffer les adventices en les privant de lumière, les empêchant ainsi de stocker des réserves dans leurs rhizomes.
  3. Gestion sur le long terme : Cette stratégie demande une continuité dans le temps (semis précoce, densité élevée) pour épuiser progressivement les réserves des adventices vivaces.

En conclusion, Frédéric Thomas souligne que la réussite repose sur une gestion fine : "Les couverts, ce n'est pas de la magie, c'est de l'alimentation de l'activité biologique".