Aux frontières de l'UE : les normes agricoles à l'épreuve du terrain croate
![]()
Field Trip en Croatie, le dernier pays à avoir intégré l’Union européenne. Les distorsions de concurrence et les nouvelles normes que l’agriculture croate doit adopter à grande vitesse rendent la transition écologique particulièrement complexe.
Il en est beaucoup question depuis le début du mouvement de colère agricole : juste de l’autre côté de la frontière, l'agriculture hors Union européenne propose des produits agricoles moins chers, mais répondant à des normes environnementales moins ambitieuses.
Dans ce contexte, comment soutenir les agriculteurs et agricultrices croates dans leur transition agroécologique ?
C’est un des sujets d’étude de Renata Bažok, professeure à la faculté d’agriculture de l’université de Zagreb (FAZ). Elle avait exposé ses conclusions lors du dernier grand rassemblement de l’Alliance européenne de recherche pour une agriculture sans pesticides, où je l’avais rencontrée. Avec son équipe d’agronomes et d’entomologistes, nous partons visiter des fermes représentatives de la diversité des agricultures croates, pour voir la situation sur le terrain.
L’expérience croate peut-elle inspirer d’autres pays européens ? Quelles sont les stratégies mis en œuvre pour accompagner l’agriculture dans sa transition, alors qu’elle est soumise à une pression importante ?
Cette vidéo est co-produite par INRAE, l’Institut national de recherche pour l’Agriculture, l’Alimentation et l’Environnement.
Cette vidéo en Croatie est la onzième étape de mon « Field Trip », mon tour d’Europe de la recherche scientifique en agronomie.
L’Alliance européenne de recherche vers une agriculture sans pesticides a vu le jour à l’initiative d’INRAE et de ses homologues allemands ZALF et JKI. Elle réunit 35 organismes de recherche issus de 20 pays européens, désireux d’unir leurs forces et de faciliter les échanges de connaissances et d’expertises. Son objectif : accompagner scientifiquement l’objectif ambitieux fixé par la Commission européenne de réduire de moitié l’utilisation des pesticides d’ici 2030.
Le site de l’alliance et de ses 35 membres :
https://www.era-pesticidefree.eu/About-us
Abonnez-vous à la chaîne et activez la cloche si vous voulez être avertis des nouvelles vidéos :
www.youtube.com/PierreGirardOfficiel//?sub_confirmation=1
- ------------------------------------------------------------------
La liste des intervenant·e·s de cette vidéo (par ordre d’apparition) :
- Renata Bažok : spécialiste d’agronomie et de lutte intégrée contre les ravageurs, faculté d’agriculture de l’Université de Zagreb (FAZ)
- Leon Prelogović : ingénieur agricole, Fragaria d.o.o.
- Helena Virić Gašparić : spécialiste de zoologie agricole, faculté d’agriculture de l’Université de Zagreb (FAZ)
- Darija Lemić : spécialiste de la protection des plantes et d’entomologie, faculté d’agriculture de l’Université de Zagreb (FAZ)
- Jadranka Berić : agronome, spécialiste de la protection des plantes, directrice de la mission de conseil pour le développement agricole (Uprava za stručnu podršku razvoju poljoprivrede)
- Kristijan Žlender : agriculteur, ferme OPG Žlender
- Filip Žlender : agriculteur, ferme OPG Žlender
- Dorian Šulog : agriculteur, ferme OPG Šulog
- Dejan Šulog : agriculteur, ferme OPG Šulog
- ------------------------------------------------------------------
Suivez-moi :
http://www.instagram.com/pierre_girard
http://www.facebook.com/PierreGirardjournaliste
http://www.twitter.com/artepierre
- ------------------------------------------------------------------
Mon impact transport :
Je suis très attentif à limiter mon bilan carbone. Pour cette vidéo, mon impact transport (source : Ademe/monimpacttransport.fr) est de 17 kg CO2e pour parcourir 2 932 km en train, soit 389 kg CO2e de moins que si j’avais pris l’avion (406 kg CO2e).
- ------------------------------------------------------------------
Une série de Pierre Girard, co-produite avec INRAE
Écriture :
Caméra et montage :
Graphisme :
Traduction et sous-titrage :
- ------------------------------------------------------------------
- FieldTrip_EU
Aux frontières de l’UE : les normes agricoles à l’épreuve du terrain croate
La Croatie s’est distinguée sur la scène européenne en étant l’un des trois seuls pays à voter contre la réautorisation du glyphosate. Ce positionnement fort soulève une question centrale : comment le dernier pays à avoir rejoint l’Union européenne parvient-il à concilier ses ambitions agroécologiques avec les exigences réglementaires strictes de Bruxelles ?
L’approche scientifique au cœur des exploitations
À Zagreb, une équipe de chercheurs, dont Renata Bažok, Helena Virić Gašparić et Darija Lemić, travaille en étroite collaboration avec les agriculteurs pour intégrer des méthodes agroécologiques. Sur une grande exploitation spécialisée dans les petits fruits, autrefois ferme d’État, les techniques modernes et la production biologique sont devenues la norme.
Le secteur fruitier croate a été pionnier dans l’expérimentation du “zéro pesticide”. Aujourd’hui, cette dynamique est portée par l’amélioration de la protection intégrée des cultures. Les scientifiques déploient des pièges non pas pour éradiquer les insectes, mais pour les recenser. Comme l’explique l’équipe scientifique, il est crucial de connaître précisément les espèces et le nombre de ravageurs présents tout au long de l’année pour ajuster les interventions de protection de manière raisonnée et écologique.
Les défis de la transition et le rôle du programme européen
Si ces méthodes sont prometteuses, l’adaptation aux normes européennes reste complexe, particulièrement pour les petites exploitations. Renata Bažok souligne que la taille moyenne des fermes, souvent comprise entre 5 et 10 hectares, et la vétusté des infrastructures rendent difficile l’adoption rapide des nouvelles technologies et des réglementations complexes.
Pour soutenir cette transition, l’Union européenne a doté la Croatie d’un programme de développement de 3 milliards d’euros sur 8 ans. Si ce soutien financier a permis d’aider les jeunes agriculteurs à s’équiper, les scientifiques notent qu’un accès plus systématique à la formation agricole aurait pu rendre cet investissement encore plus efficace.
L’accompagnement sur le terrain : le rôle des conseillers
Pour pallier le manque de repères, le gouvernement croate a nommé des référents régionaux. Jadranka Berić, conseillère agricole dans la région de Bjelovar-Bilogora, accompagne environ un millier d’exploitations. Lors d’une visite chez Kristijan Žlender et son fils Filip Žlender, spécialisés dans l’élevage et les grandes cultures (notamment le maïs), il apparaît clairement que l’appui technique est vital.
Face aux ravageurs du maïs, la rotation des cultures s’est révélée plus efficace que l’usage de pesticides. Pour ces familles d’agriculteurs, le rôle de Jadranka Berić est indispensable : elle leur permet de naviguer dans le labyrinthe administratif européen, garantissant ainsi que les aides soient correctement mobilisées.
Compétitivité et résilience : le témoignage des agriculteurs
Le passage au cadre européen crée parfois des distorsions de concurrence. Dorian Šulog, avec son père Dejan Šulog, témoigne des difficultés liées au maréchage : certains pays voisins, hors UE, utilisent des pesticides interdits en Croatie. Si ces produits se retrouvent sur les denrées importées, les agriculteurs croates, eux, doivent se conformer à des règles strictes sous peine de fermeture immédiate de leurs exploitations.
Malgré ces contraintes, Dorian Šulog perçoit l’adhésion à l’UE comme une opportunité réelle pour l’agriculture croate. La transition agroécologique est portée par une nouvelle génération d’agriculteurs qui collabore activement avec les scientifiques de l’Alliance européenne de recherche. Avec un taux de renouvellement des générations équilibré entre départs à la retraite et nouvelles installations, la Croatie offre un modèle intéressant pour l’avenir de l’agriculture européenne.