Alain CANET - Le Poulet de Chair et l'Oeuf Agroforestier : Le Sol - 2/7
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2/7 - Alain CANET - Le Poulet de Chair et l'Oeuf Agroforestier : Le Sol
Second volet d'une formation en sept parties sur le thème du poulet de chair et de l'oeuf agroforestier. Formation présentée par Alain CANET, directeur d'Arbres et Paysages 32, président de l'AFAF (Association Française d'Agroforesterie).
Réalisée en partenariat avec Gaia Consulting/Caroline HEBERT.
Les besoins d’un mètre carré de sol
Alain Canet propose d’abord un exercice simple : dessiner mentalement un mètre carré de sol et se demander de quoi il a besoin. Et cela vaut quel que soit le contexte : parcours volaille, grandes cultures, vigne, maraîchage.
Les réponses qui émergent sont les suivantes :
- de la lumière ;
- de l’eau ;
- de la matière organique ;
- de la vie ;
- de la structure, de la texture ;
- des minéraux ;
- de la litière.
Très vite, Alain Canet s’arrête sur le lien entre litière et matière organique. Pour lui, dire qu’un sol a besoin de litière, cela veut dire très concrètement qu’il a besoin de protection. Le sol ne doit pas rester nu.
Il propose alors une idée forte : on peut presque dire que la protection et la production, c’est la même chose. En forêt, la forte production de biomasse va de pair avec une forte protection du sol, et aussi avec une forte biodiversité. On peut donc retenir cette équation :
- protection = Production
Litière, biomasse et nourriture du sol
Quand on dit qu’un sol a besoin de nourriture, il faut préciser ce que cela signifie. Cette nourriture, c’est :
- la paille ;
- la litière ;
- les matières organiques ;
- plus largement, la biomasse.
La question devient alors : d’où vient cette biomasse ? La réponse est simple : elle vient de la photosynthèse.
Un mètre carré de sol a donc besoin de photosynthèse. C’est un point central dans le raisonnement d’Alain Canet. Toute la dynamique du sol dépend de cette capacité à produire de la biomasse grâce aux plantes.
La place des êtres vivants dans le sol
Le sol a aussi besoin d’êtres vivants. Mais pour que ces êtres vivants puissent vivre, certaines conditions doivent être réunies :
- de l’oxygène ;
- une certaine température ;
- de l’eau, donc une bonne humidité ;
- de l’azote.
Parmi ces êtres vivants, Alain Canet évoque :
- les vers de terre ;
- les invertébrés ;
- les champignons ;
- les bactéries ;
- les micro-organismes.
La présence et l’abondance de cette vie supposent que le système fonctionne et que les échanges aient lieu. Il faut que « ça bouge dans tous les sens ».
Il évoque aussi, en creux, une condition importante : réduire le travail du sol. Autrement dit, ne pas trop perturber ce milieu si l’on veut que cette vie s’installe et se maintienne.
Le rôle central des plantes
Si l’on résume, ce mètre carré de sol a besoin de beaucoup de choses, mais Alain Canet insiste sur le fait que tout cela est fondamentalement déterminé par la photosynthèse, donc par une machine photosynthétique : la plante.
Et si possible :
- la plante doit être présente en permanence ;
- elle doit produire de la matière organique ;
- elle doit nourrir, alimenter, réguler, protéger, distribuer ;
- elle doit rester in situ, c’est-à-dire en place ;
- elle doit fonctionner si possible 365 jours par an.
L’idée est donc celle d’une couverture végétale vivante, continue, active dans le temps.
À cela peut s’ajouter de la diversité : un peu plus de formes, de lignes, de diversité végétale et fonctionnelle dans ce mètre carré de sol.
Faire le même exercice avec le poulet de chair agroforestier
Après le sol, Alain Canet propose de faire le même raisonnement avec le poulet de chair agroforestier : de quoi a-t-il besoin ?
Les premières réponses sont :
- manger ;
- boire ;
- s’abriter ;
- courir ;
- avoir chaud, mais pas trop.
Tout cela peut être regroupé dans une idée de confort. Le confort inclut aussi la protection. Un poulet a besoin d’être « peinard », dans un environnement où il peut se déplacer, se protéger et trouver de bonnes conditions de vie.
L’alimentation du poulet
Le poulet agroforestier a besoin de manger, et pas seulement de l’aliment distribué : il a aussi besoin de matière fraîche.
Cette matière fraîche peut être :
- de l’herbe ;
- des vers ;
- diverses plantes disponibles sur le parcours.
Alain Canet insiste aussi, avec humour, sur le fait que le poulet est « pas vegan ». Il rappelle ainsi qu’il a besoin d’une alimentation diversifiée, qui ne se réduit pas à une seule ressource végétale. Sont évoqués notamment :
S’ajoutent aussi des éléments comme les petits cailloux, utiles au fonctionnement digestif.
D’autres besoins du poulet
Au-delà de l’eau, de l’alimentation et du confort, d’autres besoins apparaissent dans l’échange :
- la lumière ;
- le temps ;
- une température adaptée ;
- l’éleveur ;
- la coopération, le collectif, l’environnement humain ;
- en arrière-plan, la demande du consommateur.
Alain Canet souligne d’ailleurs que, si derrière il n’y a pas de consommateurs, la production n’existe pas non plus. Cela renvoie à l’ensemble de la chaîne, du producteur au consommateur.
Le besoin d’espace et de liberté
Pour Alain Canet, un point essentiel reste encore à nommer, même s’il est évident quand on observe les animaux : le poulet a besoin d’espace et d’espaces de liberté.
Il faut que l’animal puisse manœuvrer quand il veut et comme il veut. Cette idée est très visible chez les volailles, mais peut-être encore plus chez d’autres animaux, comme les brebis.
Il donne plusieurs exemples :
- les animaux vont chercher certains endroits selon la température ;
- selon la lumière ;
- selon les plantes disponibles ;
- selon les moments de la journée ;
- selon leurs besoins du moment.
Une brebis, par exemple, pourra préférer une plante à un moment de la journée, puis une autre plus tard, si elle en a la possibilité.
L’intérêt du parcours agroforestier
C’est là que le parcours agroforestier prend tout son sens. Il permet de proposer une diversité de situations :
- en bas du parcours, des saules, par exemple près d’un fossé ;
- ailleurs, des chênes pubescents ;
- au milieu, des noisetiers ;
- à un endroit, du sainfoin ;
- à un autre, du lotier ;
- plus loin, de la féverole semée.
Cette diversité de plantes et de micro-situations est jugée nécessaire et suffisante pour permettre aux animaux de construire rapidement des repères et de s’adapter.
Sur la durée, cela favorise leur autonomie de choix et leur adaptation aux conditions du milieu.
Effets sur le confort, le stress et les pathologies
Alain Canet indique que des observations assez poussées montrent l’intérêt de cette diversité sur :
- le confort de l’animal ;
- la réduction du stress ;
- la diminution des pathologies.
C’est un point important, car cela signifie qu’au-delà des substances médicamenteuses, on peut sortir d’une grande partie des problèmes sanitaires par la conception même du parcours et des conditions de vie.
Cela ne supprime pas la nécessité :
- des vides sanitaires ;
- d’une gestion fine du parcours ;
- d’une dynamique de pâturage ou de circulation ;
- du fait de ne pas remettre toujours les animaux au même endroit, dans les mêmes conditions.
Mais il faut, malgré tout, donner à l’animal ce champ des possibles.
Un principe de conduite à garder comme réflexe
La conclusion d’Alain Canet est claire : ce besoin de liberté de mouvement, de diversité, de choix et d’adaptation paraît évident, mais justement, il doit devenir un réflexe quotidien.
Ce n’est pas parce qu’une chose est évidente qu’elle doit cesser d’être pensée et organisée chaque jour dans la conduite des animaux et des parcours.