Agroécologie pour les vignerons : actionner la boîte à outils des végétaux, Robin Euvrard
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Installé dans le Muscadet, Robin Euvrard pratique l'agroécologie depuis plus de 10 ans. https://www.ecodyn.fr/vin-pont-marmite/
Introduction : une approche globale de la viticulture
Robin Euvrard, formateur notamment sur la formation viticulture grandeur nature de Vers de Terre Production, partage son retour d'expérience sur la mise en place d'une vigne agroécologique. L'objectif de ce webinaire est de décrypter les pratiques agroécologiques non pas d'un point de vue théorique, mais à travers une vision pratique et globale, en s'appuyant sur son travail de vigneron dans le Muscadet (44).
Pour Robin Euvrard, l'agroécologie ne se résume pas à une accumulation de techniques miracles, mais constitue une posture globale. Le but est de créer un système où la plante et le sol fonctionnent en symbiose pour maximiser la qualité de la production (le meilleur raisin possible pour faire le meilleur vin).
Les piliers de la viticulture régénérative
Le travail de Robin Euvrard repose sur plusieurs postulats fondamentaux visant à amplifier les processus biologiques :
- Les plantes construisent les sols fertiles : Plutôt que de chercher à construire le sol uniquement avec des outils et des apports externes, il s'agit d'accompagner la plante pour qu'elle transforme l'air en sol fertile.
- Les processus biologiques moteurs : Les deux moteurs principaux sont la photosynthèse et les interactions plante-microbes. Chaque intervention technique doit viser à stimuler ces deux processus, sous peine de perturber l'écosystème.
- La fertilité en dynamique : L'objectif est de passer d'un sol fermé et compacté à un système vivant et aéré, en favorisant les processus fermentaires qui structurent et enrichissent le sol en humus fertile.
La boîte à outils des végétaux et du sol
La gestion technique se décline en trois grands axes :
Créer les conditions (remettre de l'air)
La condition numéro un de la vie biologique est la présence d'oxygène. Dans des vignes marquées par des décennies de désherbage total et de tassement, la fissuration du sous-sol (sans retournement des horizons) est nécessaire pour aérer et permettre la prospection racinaire. L'utilisation d'outils comme des disques ou des dents spécifiques permet d'ameublir sans mélanger les horizons biologiques, en combinant parfois cet apport avec des micro-organismes pour stabiliser rapidement la structure.
La couverture végétale comme accélérateur
La couverture végétale doit être pensée comme une culture à part entière, maximisant la biomasse et la diversité pour nourrir la vie microbienne. La gestion de cette couverture (semis, broyage, roulage, scalpage) doit être synchronisée avec le cycle de la vigne pour ne pas pénaliser la culture principale. L'objectif est de passer d'une gestion de survie (savoir si on peut mettre de l'herbe) à une gestion de pilotage (comment cultiver l'herbe pour servir la vigne).
Stimulation par voie foliaire
En complément, le recours à des préparations à base de plantes (tisanes, extraits fermentés) ou à des thés de compost oxygénés permet de soutenir la plante lors des phases clés de son cycle (floraison, stress abiotiques, sécheresse) en maintenant une photosynthèse active. Ces outils ne sont toutefois efficaces que s'ils sont intégrés dans une démarche globale.
Conclusion et perspectives
Après six ans de recul, Robin Euvrard souligne que la transition demande du temps et une adaptation fine aux conditions locales (type de sol, climat). Si l'on ne peut pas toujours mettre en place la couverture végétale idéale immédiatement, il faut construire une stratégie étape par étape. L'agroécologie permet à terme d'alléger les itinéraires techniques en laissant la biologie travailler à la place des interventions mécaniques ou chimiques intensives, tout en maintenant des rendements satisfaisants et une meilleure résilience face aux aléas climatiques.