2018 - Visite Jardin de Manspach - Carottes & Betteraves SDCV-Asperges&Pois - 13/22 - Fabrice Meyer
![]()
Visite du Jardin de Manspach (68) du 17 août 2018 organisée dans le cadre de L'ALTERTOUR
Vidéo : Floris Górniak (Merci !)
http://jardindemanspach.e-monsite.com/
https://www.facebook.com/jardindemans...
https://www.youtube.com/channel/UCpRDovI87El-xL9FgFPAqKw/playlists
MARAICHAGE SOL VIVANT (MSV)
https://www.facebook.com/maraichageso... https://www.facebook.com/maraichageso...
Chaîne you tube MSV : https://www.youtube.com/channel/UCX3H...
Semis à la volée de betteraves et de carottes
Ici, on est dans l’allée des betteraves et des carottes, qui ont été semées à la volée. Cela veut dire que les graines de carottes n’ont pas été enterrées.
Plusieurs techniques sont évoquées pour ce type de semis :
- soit on met les graines sur le sol puis on les recouvre avec du compost très décomposé, sur quelques millimètres à un centimètre ;
- soit on ne recouvre même pas de compost, mais on arrose très régulièrement au début pour garder les graines dans l’humidité, sans qu’elles prennent racine trop profondément ;
- soit on utilise une méthode inspirée de Masanobu Fukuoka, enrobant les graines dans des billes d’argile, ou des boules de terre autour de la graine. Ainsi, la graine n’est pas enterrée, mais elle a quand même de la terre autour d’elle pour la protéger au début et conserver l’humidité.
Les graines sont donc semées à la volée, puis la culture réussit plus ou moins selon les conditions.
On voit ici des carottes, des betteraves, et de belles betteraves déjà formées. Certaines sont prêtes à être récoltées. La récolte est cependant différée pour attendre d’avoir moins de travail sur les paniers.
Culture sur sol couvert
Sur cette planche, le travail est fait sur un sol demi-couvert. On distingue encore les traces des végétations ou cultures de l’année précédente.
Le principe est de laisser monter l’herbe, comme cela a été fait dans les tomates. L’année précédente, il y avait une autre culture ; auparavant, il y avait eu des aubergines. Toute cette matière s’est dégradée, et cette année les carottes poussent dans ce couvert dégradé.
Il est précisé que si la couche est trop épaisse, les graines ne vont pas germer. En plus, cela peut devenir un refuge pour les limaces.
Prégermination des graines
Pour favoriser la levée, les graines peuvent être prégermées.
La méthode décrite consiste à :
- faire tremper les graines 24 heures dans l’eau ;
- les essorer ensuite dans une petite passoire fine ;
- les rincer tous les jours ;
- attendre le début de germination.
Il est aussi possible de faire un témoin un ou deux jours avant. Quand le témoin germe, cela indique que les autres graines vont venir à germination aussi.
Ensuite, dès que cela commence à germer, il faut semer rapidement, sauf si un coup de chaleur ou une autre difficulté empêche l’intervention.
Cette technique permet de gagner du temps, notamment sur l’arrosage, et d’économiser de l’eau.
Association asperges, pois et chou
En dessous, on trouve les asperges.
Sur cette zone, il y avait eu des fèves, puis des petits pois au printemps, puis en été des pak choï. Ensuite, d’autres cultures sont venues dans cette ambiance de sol vivant.
Il est expliqué que les asperges ont un peu de mal à s’installer au départ, mais qu’elles semblent malgré tout pouvoir s’en sortir. Même si la partie visible peut sembler dépérir, cela peut repartir ensuite. C’est une première expérience sous cette forme.
Le pak choï est présenté comme plus facile à réussir, car il devient vite plus costaud.
L’intérêt de ce système est de pouvoir se servir du couvert et des associations pour ramener les cultures.
Difficulté de levée des carottes
Les carottes ont été semées plusieurs fois sur cette zone, mais cela a « lambé à fond », autrement dit cela a très mal marché.
Pour résoudre le problème, l’idée est de mettre une bâche et de faire des faux semis avec cette bâche :
- on bâche ;
- on débâche, les herbes germent ;
- on rebâche ;
- on recommence plusieurs fois.
Le but est d’éliminer progressivement le stock de graines adventices. Comme le sol n’est jamais travaillé, il n’y a pas de nouvelles graines ramenées à la lumière. Avec le temps, la pression des adventices doit donc se calmer.
Intérêt des faux semis sous bâche
Une question est posée : quel est l’intérêt de bâcher et débâcher plusieurs fois, plutôt que de laisser la bâche trois mois puis de cultiver ?
La réponse donnée est que chaque fois qu’on débâche, la lumière revient et provoque une nouvelle levée. Si on laisse simplement bâché longtemps, certaines graines restent en dormance et lèveront plus tard. En alternant bâchage et débâchage, on épuise davantage le stock de graines prêtes à germer.
Voisinage de parcelles traitées et dérive des pulvérisations
Le sujet dérive ensuite vers les cultures voisines, notamment du maïs, et la question des traitements.
Il est expliqué que lorsque les voisins traitent, il peut y avoir une dérive de pulvérisation. Normalement, ils n’ont pas le droit de traiter au-delà d’un certain vent. Mais en pratique, si le produit descend vers la parcelle voisine, cela pose problème alors même que la personne installée à côté ne peut pas faire grand-chose, à moins de mettre une séparation physique impossible, « un mur de Berlin ».
Il est mentionné que cela est déjà arrivé : quand il y avait un peu de vent, il a fallu s’éloigner de la zone traitée à cause de ce qui dérivait.
Dans le cas présent, il est cependant précisé que la parcelle était auparavant une prairie, qu’elle est en position plutôt favorable, avec des fossés sur trois côtés, et que le risque de ruissellement paraît limité.
Résidus, pollution diffuse et vision d’ensemble
Le discours insiste ensuite sur le fait que les résidus de pesticides ne sont qu’une partie d’un ensemble plus large de pollutions diffuses.
Sont évoqués :
- les résidus de pesticides présents dans l’air ;
- les pollutions industrielles ;
- le chlore dans l’eau du robinet ;
- les plastiques relargués par les bouteilles ;
- les métaux lourds et poussières liés aux voitures ;
- l’usure des pneus, qui produit des micropoussières de caoutchouc et de plastique.
L’idée exprimée est qu’on vit déjà dans un environnement très chargé en pollutions diverses, et qu’il faut garder une vision globale de ces enjeux, sans réduire toute la question au seul glyphosate.
Débat sur glyphosate, maïs, blé et vigne
Un long développement compare différents systèmes agricoles et leurs traitements.
Il est dit que le maïs est souvent accusé, mais qu’en pratique :
- il reçoit du désherbage ;
- éventuellement des insecticides ;
- et seulement certaines années des fongicides selon la rotation.
Le blé est présenté comme plus traité que le maïs, et la vigne comme bien plus traitée encore. Les cultures les plus traitées sont citées comme étant la vigne, les vergers fruitiers et les houblons.
Le point mis en avant est qu’on parle beaucoup du glyphosate, mais beaucoup moins des fongicides, alors que ceux-ci sont considérés ici comme encore plus problématiques, notamment en plaine d’Alsace.
Concernant la vigne, il est expliqué que si on supprime complètement les fongicides dans le système viticole dominant, il y aurait très peu de vin, car les ceps tomberaient malades. Quelques producteurs s’en sortent en bio ou en biodynamie, mais cela reste minoritaire. Les prix augmenteraient et la production baisserait fortement.
Le propos ne vise donc pas à défendre les traitements, mais à souligner que le débat public cible certains produits et en ignore d’autres.
Critique du système agricole et des orientations économiques
Le problème est replacé dans un cadre plus large : les agriculteurs ne traitent pas « pour le plaisir ». Ils sont pris dans un système de dettes, de conseils techniques, de prêts bancaires et d’orientations politiques.
Il est rappelé qu’à une époque, on a orienté les territoires vers certaines productions, notamment le maïs, au lieu de cultures vivrières comme les lentilles ou d’autres légumes.
Les aides de la PAC sont pointées comme un facteur d’orientation majeur : les agriculteurs font du maïs parce que c’est l’une des cultures les mieux soutenues. Si les aides soutenaient davantage les lentilles, les légumes, les fruitiers ou l’agroforesterie, les systèmes de culture changeraient.
Eau, irrigation et contexte local
La question de l’arrosage est également abordée.
Dans la plaine, certaines cultures de maïs demandent beaucoup d’irrigation. Ici, ce n’est pas le cas de la même manière, notamment parce qu’il y a de l’argile qui retient l’eau. Une fois les cultures installées, il n’y a pratiquement plus eu besoin d’arroser.
Même les carottes, pourtant considérées comme délicates au départ, ont tenu sans problème majeur. Les pluies ont suffi, malgré quelques inquiétudes.
Conclusion
La visite montre une conduite en semis direct sur couvert végétal, avec :
- semis de carottes et betteraves à la volée ;
- essais de prégermination ;
- associations avec asperges, pois et pak choï ;
- gestion des adventices par faux semis sous bâche ;
- réflexion sur les limites imposées par l’environnement agricole voisin.
Au-delà des techniques de culture, l’intervention ouvre une discussion plus large sur la pollution diffuse, la hiérarchie réelle des traitements selon les cultures, et les contraintes structurelles qui pèsent sur les agriculteurs. Le constat final est nuancé : localement, « ça va mieux », mais les enjeux de fond restent très importants.