1500€net/mois sans travailler l'après midi - Portrait de ferme : Les Jardins de Pompoko (38) - 2023

De Triple Performance
Aller à :navigation, rechercher

Installé depuis 2017 à Anzère, près du Rhône, Jean‑Marie cultive Les Jardins de Pompoko sur 1 ha, dont 1 300 m² de serres. En reconversion, il a construit une microferme maraîchère vivante, inspirée de Jean‑Martin Fortier, François et Cyril et fondée sur de forts apports de matière organique locale, une mécanisation légère et une installation progressive sans crédit. Avec sa conjointe Mélanie, il commercialise via la vente à la ferme, une AMAP, quelques restaurants et une épicerie. La ferme atteint environ 63 à 65 000 € de chiffre d’affaires, avec une faible part d’achat-revente. L’organisation du travail, l’automatisation de l’irrigation et une planification fine lui permettent aujourd’hui d’atteindre son objectif : 1 500 € nets par mois tout en libérant ses après-midis. Ce portrait montre une ferme très autonome, inventive et ancrée dans son territoire, où le réseau local joue un rôle clé dans la réussite.

auto_awesome
Résumé
Installé depuis 2017 à Anzère, près du Rhône, Jean‑Marie cultive Les Jardins de Pompoko sur 1 ha, dont 1 300 m² de serres. En reconversion, il a construit une microferme maraîchère vivante, inspirée de Jean‑Martin Fortier, François et Cyril et fondée sur de forts apports de matière organique locale, une mécanisation légère et une installation progressive sans crédit. Avec sa conjointe Mélanie, il commercialise via la vente à la ferme, une AMAP, quelques restaurants et une épicerie. La ferme atteint environ 63 à 65 000 € de chiffre d’affaires, avec une faible part d’achat-revente. L’organisation du travail, l’automatisation de l’irrigation et une planification fine lui permettent aujourd’hui d’atteindre son objectif : 1 500 € nets par mois tout en libérant ses après-midis. Ce portrait montre une ferme très autonome, inventive et ancrée dans son territoire, où le réseau local joue un rôle clé dans la réussite.

Le projet "Portraits de ferme 2023", vise à diffuser de nouveaux portraits de fermes maraîchères, installées depuis quelques années partout en France, dans différents contextes, en entrant dans les détails afin d'identifier les facteurs de décision et les clefs de réussite d'une ferme MSV !


Retrouvez toutes les vidéos de cette série "Portraits de ferme 2023" : https://www.youtube.com/playlist?list=PLo3eMfnAIJQXuM4HaY3anlnmSSGPZxMqR


Porté par l'association MSV National, ce projet est uniquement financé par vos dons, issus d'une première campagne de levée de fond : Merci à tous !!! Pour que plus de vidéos de ce genre soient produites, n'hésitez pas à nous soutenir via HelloAsso et à partager autour de vous !!

https://www.helloasso.com/associations/maraichage-sol-vivant/formulaires/2


Cette vidéo est réalisée grâce à la participation généreuse de notre partenaire David Boyadjian, de l'agence dk&friends : www.dkandf.com. Merci David !

Date de tournage : 11/10/2023


Pour retrouver les légumes des jardins de pompoko et suivre leurs photos mises a jour, rdv sur leur page facebook : https://www.facebook.com/lesjardinsdepompoko/?locale=fr_FR


00:00:00 Introduction


ENTRETIENT

00:00:27 Le maraicher

00:04:31 La ferme

00:07:59 Le sol

00:09:19 Les matières organiques

00:12:12 MO et mise en culture des jardins

00:17:34 Commercialisation

00:27:20 Chiffres économiques

00:43:18 Investissements

00:48:29 Bâtiments

00:50:32 Eau et irrigation

00:56:18 Automatisation


VISITE DE FERME

00:58:34 La pépinière

01:13:32 Organisation des jardins

01:15:14 Itinéraires techniques ail et légumes feuilles

01:17:57 Itinéraire technique patate douce

01:22:23 Irrigation

01:23:31 Rotations / blocs

01:24:48 Gestion de la précocité

01:33:18 Diversification de la gamme

01:37:00 Arboriculture

01:39:09 Topinambour

01:43:49 Ravageurs

01:46:08 Apiculture et maraichage

01:48:48 La vigne

01:54:01 Itinéraire technique mache

01:56:02 Itinéraire technique choux associés

01:58:34 Itinéraire technique Yuzu

02:00:17 Itinéraire technique aubergine

02:03:23 Itinéraire technique schizo

02:04:27 Conclusion



DIAPO RECAP

04:04 - RECAP : Le maraîcher

09:09 - RECAP : Les Jardins

24:27 - RECAP : Commercialisation

36:14 - RECAP : CA, Charges et Investissements


38:04 - Commercialisation


Merci à tous les donateurs qui ont permis la réalisation de cette vidéo et des prochaines !

Olivier, Christelle, Anne, Adrien, Nicolas, Gaelle, Antoinette, Martine, Perrine, Elodie, Julien, Lucie, Marlène, Flavien, Maxime, Lionel, Jean, Nelly, Marie-laure, Pierre, Laurent, Céline, Chloé, Francois, Clara, Anna, Guillaume, Magali, Didier, Rémi, Hugues, Marie, Siméon , Sylvain, Raphaël, Agnès, Sixtine, Oriane, Laurence, Myriam, Emmanuel, Murielle, Christian , Laurent, Guillaume, Julien, Adélaïde, Anne, Francois, Gerard pierrette, Susan, Sylvia, Coline, Clement, Ambroise, Juliette, Gabrielle, Sofiane , Boris, Jeremy, Pierre, Fanny, Magali, David, Julie, Augustin, Marie france, Swann, Margault, Sophie, Marc, Cédric, Hugo, Loélia, Virginie, Romuald, Victor, Loïse, Sébastien, Gabrielle, Sinan, Simone, Florence, Nathalie, Ev, La ferme biji-biji, Marguerite-marie, Lise, Marine et Christian, EARL Le Catalan , Régine, Edouard, Vincent, Eric, Fanny, Pablo, Jacques, Stephanie, Jean-baptiste, Fabienne, Angèle, Flavien, Simon, Jean-yves, Magarete, Nadège, Fabrice, Fanch, Isabelle, Réjane, Claire, Romain, Mélodie, Claudio, Magali, Frédéric, Vincent, Michele, Christelle, Julie, Chantal , Oriane, Cyrielle, Atelier Potager, Paul-henri, Erwan, Bea, Louis, Charlotte, Jeanne, Thomas, William, Pierre, Stéphane & Nathalie, Yuna, Maya, Béatrice, Amadou, Bastien, Frédéric, Remy, Antonella, Fabien, Marie, Alexandre, Jeanne, Gaël, Arnaud, Jonas, Valentin, Sébastien, Marie, Clement, Yvana, Chantal, Agnès, Cécile, Rhapaëlle, Caroline



Merci particulièrement à nos sponsors :

  • Pépinière Pierre et Lili

Installation et parcours

Jean-Marie est installé officiellement depuis 2017 aux Jardins de Pompoko, avec une première vraie année de production en 2018. La ferme se situe en Isère, sur les bords du Rhône, sur une surface totale d’environ 10 000 m², dont 1 300 m² de serres.

Son arrivée au maraîchage est le fruit d’une reconversion professionnelle. Avant cela, il a passé six ans chez les chasseurs alpins à Chambéry, puis cinq ans comme cordiste, dans les travaux en hauteur sur corde. Il n’est donc pas issu du milieu agricole.

Au départ, avec sa conjointe Mélanie, le projet n’était pas de créer directement une ferme maraîchère. Ils imaginaient plutôt une chambre d’hôtes et table d’hôtes à la japonaise, en lien avec les origines familiales de Mélanie et son intérêt pour la cuisine. L’idée initiale était de produire des légumes pour alimenter cette table d’hôtes. C’est en se demandant comment poussent les légumes, et plus largement en réfléchissant à l’alimentation et au fonctionnement du monde, que Jean-Marie s’est progressivement tourné vers le maraîchage.

Comme beaucoup à cette époque, ils commencent par des formations en permaculture. Mais Jean-Marie explique qu’il ne s’y retrouvait pas complètement, car cela lui semblait davantage orienté vers du jardinage de loisir que vers un projet commercial. De l’autre côté, les modèles agricoles plus classiques qu’il observait lui paraissaient trop mécanisés, trop éloignés de ce qu’il voulait faire.

Le déclic est venu en découvrant une vidéo sur la ferme de François, avec tout le travail de paillage du sol, et le lien avec Jean-Martin Fortier. Cela lui fait comprendre que ce type de maraîchage intensif sur petite surface, peu mécanisé au départ, correspond davantage à ce qu’il souhaite essayer.

Il se forme alors auprès de plusieurs maraîchers et structures techniques, notamment Pierre Besse, Cyril Falière, ainsi qu’auprès d’Adabio et de l’Adear. Il choisit de ne pas faire de BPREA, car il envisage une installation progressive sur petite surface, sans crédit, et dans un contexte qui facilitait déjà beaucoup l’installation : le terrain appartenait à la famille de Mélanie, il était déjà en culture, et il n’y avait donc pas besoin de passer par la SAFER.

Jean-Marie n’a pas de regret de ne pas s’être formé davantage à la gestion ou à la comptabilité, car le fonctionnement du projet a très vite réparti les rôles : lui sur la production, Mélanie sur la gestion. Mélanie s’est notamment formée à la comptabilité avec la FOG.

Une installation progressive, sans crédit

Le choix de départ est celui d’une petite installation progressive, sur petite surface, sans mécanisation lourde, sans achat de foncier, et sans crédit. Tout le terrain est en location. Le couple bénéficie en plus de deux années de chômage, ce qui permet de se consacrer entièrement au projet sans devoir chercher un revenu complémentaire à côté au démarrage.

Au départ, Jean-Marie est officiellement installé seul, en exploitation individuelle, avec le statut de cotisant solidaire, et assujetti à la TVA. Mélanie n’est pas salariée immédiatement, car ce n’est pas possible économiquement. Après deux ans, elle conserve donc une activité à côté : aujourd’hui encore, elle est salariée à mi-temps sur la ferme et poursuit en parallèle une activité de traduction, de cours à domicile et d’interventions ponctuelles sur des salons ou événements.

La première année, en 2017, la surface cultivée n’est que de 600 m². Cette année-là est surtout consacrée aux formations, au montage des serres, à la mise en place des jardins et au démarrage du système. Ensuite, la stratégie est de doubler à peu près la surface chaque année, jusqu’à atteindre aujourd’hui environ 5 000 m² cultivés.

Mise en place des jardins et travail du sol

Toute la structuration des jardins au départ s’inspire fortement du modèle de Jean-Martin Fortier. Jean-Marie lit son livre, qu’il trouve particulièrement clair sur l’organisation d’une petite ferme maraîchère. Il visite aussi la ferme de la Berthe, à l’époque conduite sur ce modèle.

Les jardins sont donc organisés en planches permanentes :

  • 25 m de long
  • 80 cm de large
  • 40 cm de passe-pieds
  • blocs d’environ 300 m²

Le terrain était auparavant en grandes cultures conventionnelles : maïs, blé, orge, colza. C’est un sol très sableux, avec environ :

  • 60 % de sable
  • 30 % de limon
  • 10 % d’argile
  • dont seulement 2 à 3 % de véritable argile active

Il s’agit donc d’un sol avec très peu de capacité de rétention des nutriments. En revanche, la matière organique n’était pas mauvaise au départ : environ 2,8 %.

Avant l’installation, la dernière culture a été une orge sous laquelle avait été semée de la luzerne. Les premiers jardins maraîchers sont mis en culture un an et demi après cette luzerne. Jean-Marie a bien observé, au fil de l’ouverture des jardins, que l’historique en luzerne avait eu un effet positif, surtout visible sur les cultures.

Pour démarrer, il mise sur de gros apports de matière organique. Son raisonnement de départ est simple : sur un sol très sableux, avec peu de risque de compaction ou de battance, il pense pouvoir charger fortement en matière organique.

Les apports de matière organique

Un des grands atouts du système est l’accès à une grande quantité de matière organique, gratuite ou très peu coûteuse.

Le broyat de déchets verts

La principale ressource est un broyat de déchets verts issu d’une déchetterie. La plateforme collecte les végétaux, les entrepose, les brasse, puis les broie. Lorsque la plateforme est pleine, la matière est répartie entre plusieurs adhérents. La livraison est gratuite, et Jean-Marie ne paie que le transport de l’engin, soit environ 150 € par an.

Il reçoit en moyenne entre 200 et 300 tonnes par an.

Cette matière est grossière, non criblée, mais après deux retournements et 6 à 8 mois de compostage sur place, elle devient utilisable. On y retrouve encore des morceaux grossiers, mais aussi une fraction fine. Le rapport carbone/azote devient intéressant, autour de 20 selon son estimation.

Tous les andains sont analysés pour être utilisables en agriculture biologique.

Le broyat frais, la tonte et les feuilles

Un autre apport important vient d’un élagueur qui fait aussi de l’entretien d’espaces verts. Il livre régulièrement du bois broyé très frais, très hétérogène, avec toutes sortes d’essences : frêne, chêne, thuya, laurier, feuilles, rameaux, bois.

Il apporte aussi de la tonte et des feuilles, notamment au moment où les cultures sous serre en ont besoin, par exemple pour pailler les solanacées.

Jean-Marie dispose aussi ponctuellement d’une autre source de tonte via une petite plateforme liée à une entreprise d’espaces verts. Cela lui permet de sécuriser de gros apports à des moments précis, par exemple avant les poireaux.

Quantités apportées

Au démarrage, les apports ont été très importants, de l’ordre de 500 à 800 tonnes par hectare, soit des couches de 20 à 25 cm sur les planches. Sur les premiers 600 m², la matière a été apportée directement sur la luzerne, sans broyage préalable de celle-ci, puis bâchée tout l’hiver.

Le résultat la première année a été très hétérogène, mais avec quasiment zéro désherbage.

Avec le temps, Jean-Marie a beaucoup réduit les doses. Les analyses de sol montrent en effet que la matière organique est passée d’environ 2,8 % à près de 6 % en trois ans sur la parcelle suivie. Il ne souhaite pas aller plus loin sans nécessité. Aujourd’hui, il se calme fortement sur les apports, d’autant plus que leur manutention demande énormément de travail.

Il met désormais plutôt de l’ordre de 10 cm tous les trois ans.

Démarrage du système de culture

L’itinéraire de base au départ est le suivant :

  • apport massif de matière organique en automne
  • maintien de l’humidité
  • bâchage tout l’hiver
  • débâchage au printemps
  • plantation

La première année, les plantations démarrent en mai, directement dans le broyat, sans chercher à toucher le sol. Ensuite, l’expérience lui montre qu’il vaut mieux aller toucher le sol pour éviter certains échecs.

En parallèle, il expérimente beaucoup et ajuste son système petit à petit.

Commercialisation

Au début, comme le système local n’était pas encore structuré, la commercialisation s’est faite surtout via Lyon, où Jean-Marie avait encore un réseau personnel. La ferme est située à environ 60 km de Lyon, soit une heure de route.

Le contexte local est favorable : il n’y a quasiment pas de concurrence en maraîchage diversifié autour de la ferme. L’agriculture du secteur est dominée par les céréales et un peu de bovin. Les voisins avaient auparavant fait du légume diversifié, puis arrêté, et ont clairement indiqué qu’il y avait de la demande locale.

La ferme a donc pu démarrer sans publicité particulière. La production trouvait progressivement ses débouchés au fur et à mesure de la montée en puissance.

Les débouchés actuels

Aujourd’hui, la commercialisation est répartie entre plusieurs canaux.

Vente à la ferme

C’est le principal débouché, représentant environ 50 % du chiffre d’affaires.

La vente se fait une fois par semaine, pendant deux heures, à la ferme. Le système repose sur une commande préalable via un formulaire envoyé à une mailing list de clients. Les clients peuvent choisir :

  • un panier à 10, 15 ou 20 €
  • des légumes au détail
  • ou compléter avec d’autres produits

Le point fort du système est que plusieurs producteurs se sont agrégés autour de cette vente :

  • œufs
  • pain
  • fromage de chèvre
  • huile
  • vinaigre
  • miel
  • viande une fois par mois
  • parfois pommes

Cela permet aux clients de commander une grande partie de leurs courses au même endroit.

Amap

La ferme fournit aussi une AMAP de 22 paniers à Sainte-Julie, à 20-25 minutes de la ferme.

Les paniers ne sont pas strictement identiques à ceux de la vente à la ferme. Le contenu est adapté aux retours des adhérents. Par exemple, en hiver, ils préfèrent des légumes plus classiques comme pommes de terre, carottes et courges, et moins de chou chinois ou de pak choï.

Le prix a été légèrement augmenté avec le temps, notamment pour intégrer le déplacement.

Cette AMAP, très stable depuis le début, représente aujourd’hui une part moins importante du chiffre d’affaires qu’auparavant.

Restaurants et épiceries

La ferme fournit également :

  • deux restaurants, dont un étoilé
  • une épicerie sur Lyon
  • une nouvelle épicerie plus proche
  • un bar à vin

Les commandes des restaurants et de l’épicerie tournent souvent entre 250 et 350 € par semaine chacun.

L’intérêt de ce débouché est qu’il ne nécessite pas de livraison directe par la ferme : un boulanger local, le Moulin d’Arche, livre déjà des magasins bio avec son camion, et les légumes sont ajoutés à sa tournée. Les frais de transport sont facturés au restaurateur. Cela rend ce débouché particulièrement intéressant en temps de travail.

Achat-revente

La ferme fait très peu d’achat-revente. Jean-Marie estime que cela représente seulement 2 000 à 3 000 € sur environ 50 000 € de chiffre d’affaires à 9 mois.

Le principal poste d’achat-revente est la pomme de terre de conservation, qu’il juge peu rentable à produire dans son système sur petite surface. Il a la chance d’avoir juste à côté une voisine qui produit en bio pommes de terre, courges et auparavant carottes. Il lui achète donc quelques palox de pommes de terre pour passer l’hiver.

Les courges peuvent aussi être relayées avec la production voisine lorsque celle de la ferme est terminée.

Pour les produits complémentaires vendus à la ferme, le fonctionnement varie :

  • dépôt-vente pour certains producteurs présents ou livrant directement
  • achat-revente avec petite marge pour certains produits reconditionnés, comme les œufs ou les pommes

Chiffres d’affaires, charges et revenu

Grâce à une comptabilité bien suivie, aujourd’hui gérée avec la FOG, Jean-Marie peut donner précisément les évolutions.

Évolution du chiffre d’affaires

Les ordres de grandeur donnés sont les suivants :

  • 2017 : environ 2 000 €
  • 2018 : environ 20 000 €
  • 2019 : autour de 35 000 €
  • 2020 : 48 000 €
  • 2021 : 50 000 €
  • 2022 : 63 000 €
  • 2023 : environ 65 000 € attendus, sur une base proche de 2022

Évolution des charges

Pour les années récentes :

  • 2020 : environ 20 000 €
  • 2021 : 32 000 €
  • 2022 : 43 000 €
  • 2023 : environ 40 000 € espérés

Les charges ont augmenté, notamment avec :

  • la masse salariale
  • les investissements
  • les semences
  • le terreau
  • l’irrigation
  • le petit matériel

En revanche, il n’y a aucun crédit : tout a été financé en auto-investissement.

Revenu de Jean-Marie

Son objectif initial était d’atteindre 1 500 € nets par mois, au moins sur une base proche de 35 h hebdomadaires annualisées, avec week-ends et congés.

En 2023, il dit avoir atteint cet objectif : il se verse officiellement 1 500 € par mois depuis le début de l’année.

Les années précédentes, il aurait pu se payer davantage, parfois même plus qu’un SMIC, mais il a préféré garder de la trésorerie. Pendant plusieurs années, il s’est versé environ 1 000 € par mois, complétés au besoin par la prime d’activité. Il indique avoir peu de besoins personnels et avoir une logique d’« écureuil », préférant sécuriser l’exploitation.

Organisation du travail et qualité de vie

L’un des points marquants de la ferme est l’organisation du travail, qui permet à Jean-Marie de ne pas travailler les après-midis une grande partie de l’année.

En 2022-2023, avec l’arrivée d’un futur associé salarié avec qui cela fonctionne bien, l’organisation s’est stabilisée en travail du matin :

  • en hiver : horaires adaptés à la lumière
  • au printemps : environ 7 h – 13 h ou 14 h
  • en été : plutôt 5 h 30 – 13 h

Il ne travaille pas les après-midis, sauf le jour de vente à la ferme, qui reste une journée plus complète.

En charge de travail :

  • de janvier à avril, il est plutôt entre 25 et 35 h par semaine
  • de mai à septembre, plutôt entre 45 et 50 h par semaine

Il garde donc ses après-midis et ses week-ends.

Psychologiquement, il arrive à décrocher, notamment parce qu’il part grimper, marcher, faire du ski de rando, se repose, ou traite un peu de bureau. Il habite sur place, mais dit réussir désormais à ne plus aller travailler systématiquement dans le jardin.

Deux éléments ont beaucoup aidé à ce lâcher-prise :

  • le fait d’être deux au jardin
  • l’automatisation de l’irrigation

Plan de culture et planification

Au début, Jean-Marie travaillait son plan de culture presque tous les jours. Aujourd’hui, il fonctionne autrement : le plan est réactualisé au fil de la saison. Dès qu’une conduite fonctionne, elle est reportée directement sur l’année suivante.

Il essaye d’avoir son plan bouclé entre mi et fin novembre, pour commander les graines et démarrer les semis au 1er janvier.

L’outil principal est un tableau Excel inspiré de celui de Cyril Falière :

  • une ligne = Une planche
  • les colonnes = Les semaines
  • chaque culture est représentée avec une couleur
  • on y visualise temps de croissance, temps de récolte, périodes de bâchage, etc.

Un ami informaticien a déjà commencé à automatiser une partie du système via des macros. Par exemple, si Jean-Marie écrit « radis » en semaine 10, la couleur, le temps de croissance et le temps de récolte s’inscrivent automatiquement. L’automatisation n’est pas encore poussée jusqu’au calcul des quantités de graines, mais le calendrier de semis est déjà aidé par ce système.

L’aide humaine au démarrage

Jean-Marie insiste beaucoup sur l’importance de l’aide humaine dans la réussite du projet. Au-delà de l’aide financière de ses parents et des allocations chômage, il souligne que les coups de main de la famille, des amis, des cousins et des proches ont été déterminants.

Cette aide a servi notamment pour :

  • monter et démonter les serres
  • mettre les bâches
  • transporter la matière organique à la brouette
  • faire certains chantiers de plantation
  • prendre le relais pendant les rares jours de vacances, par exemple pour ouvrir ou fermer les serres

Il considère cette aide comme aussi importante que la planification ou la gestion dans une phase d’installation.

Mécanisation

Au départ, le système est très peu mécanisé. Mais vers 2019-2020, Jean-Marie comprend que la manutention de la matière organique rend le modèle difficilement soutenable dans le temps.

La principale difficulté est double :

  • déplacer la matière organique
  • entretenir les jardins

Il finit donc par mécaniser.

Matériel principal

Il choisit :

  • un tracteur vigneron sans cabine
  • un porte-outil type Fortier
  • un petit broyeur
  • une décileuse modifiée servant d’épandeur sur planche

Cette décileuse est construite à partir d’une base de désileuse transformée par un artisan compétent en travail du métal. L’objectif est qu’il puisse charger seul la matière organique avec un grappin, puis la déposer dans les passe-pieds tout en l’épandant sur la planche.

Il adhère aussi à une CUMA très proche, qui lui donne accès notamment à :

  • un télescopique
  • des tracteurs plus puissants
  • des broyeurs larges
  • un atelier de soudure

Le gain de temps est spectaculaire :

  • auparavant, 300 m² de broyat pouvaient demander 2 à 3 jours de travail avec brouette ou chenillard
  • avec le télescopique, il faut environ une demi-heure pour déposer la matière, puis une heure pour ratisser

Tout passe désormais dans la décileuse :

  • tonte
  • broyat de bois
  • compost
  • matière pour les lits de semis

Cela devient un véritable outil central du système.

Bâtiments, stockage et infrastructure

La ferme bénéficie de plusieurs bâtiments familiaux ou de voisinage, ce qui limite fortement les investissements.

Bâtiment principal

Sous un auvent de 100 à 110 m², la ferme réalise :

  • le conditionnement
  • la vente
  • une partie du lavage

Une petite chambre froide de récupération a été achetée 500 €, ce qui suffit largement aux besoins.

Station de lavage

Elle est simple : une table et un jet. Cela suffit au fonctionnement actuel.

Stockage

Le stockage se répartit sur plusieurs lieux :

  • ail et oignon dans une grange chez la grand-mère
  • patates douces dans la chaufferie d’un bâtiment collectif au bois déchiqueté, où la température est adaptée
  • courges dans un grand hangar chez les voisins
  • matériel sous deux abris

L’ensemble du système repose donc beaucoup sur des infrastructures existantes, récupérées ou partagées.

Irrigation et gestion de l’eau

La gestion de l’eau a été un long combat.

Contexte

La ferme est alimentée historiquement par l’eau du Rhône, au tarif agricole. Le terrain disposait déjà d’une borne d’irrigation, car il était auparavant cultivé en conventionnel irrigué.

Mais le réseau existant est conçu pour des céréaliers : il ouvre tard, ferme tôt, et fonctionne avec des débits très élevés adaptés à de gros enrouleurs, pas à un maraîchage de petite surface.

Les problèmes sont nombreux au départ :

  • impossibilité d’arroser quand il veut
  • ouverture du réseau seulement quand les autres irrigants en ont besoin
  • pression très forte
  • difficulté à démarrer seul la station
  • obligation de gérer manuellement les cuves
  • nombreuses pertes de temps et forte charge mentale

Solutions mises en place

Dans un premier temps, Jean-Marie a demandé l’eau du réseau, pour environ 2 000 € d’investissement, afin de pouvoir arroser un minimum hors période d’ouverture de la station agricole.

Ensuite, il réhabilite d’anciennes cuves de méthanisation présentes sur place. Cela permet de stocker jusqu’à 250 m³ d’eau. C’est utile, mais insuffisant en été : ce volume ne représente qu’environ une semaine d’irrigation.

Finalement, en 2022, il investit environ 12 000 € dans :

  • l’enfouissement du réseau
  • l’automatisation
  • la régulation de pression

Il espère une aide FEADER sur cet investissement.

Parallèlement, les autres irrigants modifient aussi leur station, qui devient à débit variable. Cela change tout :

  • Jean-Marie peut désormais la démarrer seul
  • il peut irriguer en dehors des créneaux collectifs
  • il garde ses cuves comme tampon
  • en hiver, il peut pomper directement dans un petit cours d’eau voisin d’octobre à juin

Aujourd’hui, l’irrigation est gérée en Bluetooth, et cela lui a dégagé énormément de temps, mais surtout énormément de charge mentale.

Il estime qu’en période estivale, avant automatisation, l’irrigation lui prenait facilement 2 à 3 heures par semaine, sans compter la charge mentale permanente.

Production des plants

Jean-Marie réalise quasiment tous ses plants lui-même.

Surfaces de pépinière

Il dispose :

  • d’une petite pépinière chauffée avec tables chauffantes électriques pour les premiers semis précoces
  • d’une seconde pépinière plus grande avec tables de subirrigation
  • d’une couche chaude fabriquée à partir de broyat de bois frais et de broyat de déchets verts

Les surfaces sont modestes, mais cela suffit pour presque tous les plants.

Il ne fait pas lui-même :

  • les bulbilles
  • les poireaux
  • certains poivrons, qu’il préfère acheter en plants car les semences hybrides lui coûteraient trop cher

Il fait même ses plants de patate douce.

Fonctionnement

La petite pépinière chauffée sert en gros de début janvier à fin février pour :

  • tomates
  • aubergines
  • poivrons

Ensuite, tout bascule sur la couche chaude et sur la pépinière froide.

L’un des déclics techniques importants a été de comprendre que beaucoup de plants n’ont besoin de chaleur que pour germer, puis peuvent être déplacés en pépinière froide. Il l’a appris en visitant un producteur de plants professionnel, Vincent Favre.

Cela concerne par exemple :

Aujourd’hui, dès que les plants ont germé, ils passent en pépinière froide, ce qui simplifie énormément la gestion.

Matériel

Les tables de subirrigation sont en grande partie autoconstruite et en récupération :

  • bois de récupération
  • étanchéité en bitume récupéré, soudé
  • structures récupérées

Il utilise aussi une motteuse, achetée en commun avec un voisin producteur de semences et plants.

La motteuse a permis un énorme gain de temps. Les semis sont désormais organisés de manière très régulière, toutes les deux semaines.

Semences et terreau

Jean-Marie se fournit principalement chez :

  • Semailles Bio
  • Sativa
  • Agrosemens

Il essaie de limiter le nombre de fournisseurs pour contenir les frais de port.

En semences, il dépense environ 2 000 € par an.

Pour le terreau, il est passé au big bag, ce qui revient moins cher. Il utilise principalement du Dumona. Il a toutefois observé cette année un problème de fonte des semis sur épinard, qu’il relie à un stockage trop long du terreau.

Variétés population et hybrides

Au début, il voulait faire presque exclusivement de la population. Avec le temps, il a nuancé sa position.

Aujourd’hui, il mélange :

  • variétés population
  • hybrides F1

Il considère que certaines cultures sont difficiles à produire commercialement sans hybride, notamment :

  • brocoli
  • une partie des choux-fleurs
  • certaines cultures précoces ou tardives où la régularité est importante

En revanche, il garde aussi des variétés population pour leur goût ou leur intérêt particulier.

Il pratique aussi le greffage, notamment sur aubergine, mais pas sur tomate car il n’a pas de problèmes de maladies du sol.

Rythmes de vente et continuité de production

La ferme vend sur environ 48 semaines par an.

Les pauses sont très limitées :

  • arrêt obligatoire autour de Noël et du Jour de l’An
  • une ou deux semaines de battement au printemps, au moment du creux de production

Quand la production devient plus tendue, la ferme réduit progressivement les débouchés dans cet ordre :

  1. restaurants
  2. épiceries
  3. détail en commande
  4. paniers libres
  5. derniers maintenus : les abonnements

Ce système permet de sécuriser les ventes les plus stables et de traverser les creux sans rupture trop brutale.

Diversité des cultures

Jean-Marie estime produire entre 30 et 40 légumes différents. Il est très satisfait de cette diversité, qui permet d’avoir une belle gamme. Mais il observe aussi que les systèmes qui fonctionnent très bien économiquement sont parfois moins diversifiés.

Il envisage donc, avec d’autres maraîchers proches, de mutualiser peut-être certaines productions à terme pour réduire un peu cette diversité, qui coûte du temps en organisation.

Cultures rentables

Parmi les cultures qu’il cite comme particulièrement intéressantes, on retrouve notamment :

La tomate

Elle reste une culture très importante économiquement.

La patate douce

C’est une culture qu’il apprécie beaucoup, plus simple à faire selon lui que la pomme de terre de conservation.

Sur un bloc de 300 m², il indique avoir produit environ 1,4 tonne, vendue à 4 €/kg. En retirant environ 10 % de pertes, cela donne une valeur produite autour de 7 à 7,50 €/m².

L’itinéraire est le suivant :

  • précédent courge sur toile tissée
  • apport de matière organique
  • toile tissée
  • plantation
  • récolte

Il plante généralement en deux fois :

  • début mai si possible
  • puis une deuxième série ensuite

La densité actuelle est d’environ un rang par planche, un plant tous les 50 cm. Il pense pouvoir resserrer pour éviter des calibres trop gros, parfois difficiles à commercialiser.

En irrigation, il arrose :

  • au moment de la plantation
  • peu pendant l’été
  • davantage à partir de mi-août, au moment de la tubérisation

Ravageurs et régulations

Pucerons

C’est son principal problème sanitaire.

Sur les arbres, il utilise de la glu sur cellophane pour bloquer les fourmis, qu’il considère comme très abondantes sur sa ferme, notamment en lien avec l’absence de travail du sol.

Sur légumes, il n’observe pas de cultures complètement décimées par les pucerons. Il fait parfois :

Pour lui, cela sert surtout à temporiser le problème en attendant les régulations naturelles.

Punaises

Il en a un peu selon les années, de façon variable.

Limaces et rongeurs

Sur patate douce, il a vu un peu de grignotage, mais pas de gros dégâts. La toile tissée aide à limiter certains problèmes.

Arbres fruitiers et organisation agroforestière

Jean-Marie s’est aussi fortement inspiré de la ferme de Cyril Falière pour l’organisation en alternance :

  • une ligne d’arbres
  • une bande cultivée
  • une ligne d’arbres
  • une bande cultivée

Il aime beaucoup cette structuration, qu’il trouve agréable visuellement et fonctionnelle.

Les arbres sont implantés avec un léger décalage par rapport aux zones cultivées, pour éviter une concurrence trop forte sur les planches.

Les espèces implantées sont surtout des fruitiers adaptés au secteur :

  • pommiers
  • poiriers
  • cognassiers
  • pruniers
  • pêchers de vigne
  • figuiers
  • nashis
  • quelques arbustes

Les porte-greffes ont été choisis avec l’aide d’un pépiniériste de Vienne, en privilégiant des formes naines ou demi-naines :

  • pour produire plus vite
  • pour rester accessibles sans échelle
  • en cohérence avec un sol peu profond

Les arbres sont conduits en gobelet dans certaines zones, et de façon plus palissée ailleurs, en s’inspirant de gros arboriculteurs du secteur.

Les premières années servent à faire les tailles de formation. Les arbres commencent à bien produire au bout de 3 à 5 ans selon les cas.

Une partie des fruits est vendue, mais cela reste un débouché secondaire.

Culture de topinambour

Le topinambour est cité comme une culture très intéressante :

  • aucun entretien
  • vente facile en restauration
  • 3 €/kg

Il le laisse en place, récolte au fur et à mesure, remet les cannes au sol, et ajoute parfois un peu de matière au-dessus. Son seul regret est de l’avoir placé trop près d’une zone cultivée, car cela fait trop d’ombre sur la planche voisine.

Serre avec vigne

Dans une serre, Jean-Marie a conduit de la vigne le long de la structure.

L’intérêt principal est de créer de l’ombrage naturellement, ce qui évite de devoir ombrer la serre artificiellement. Cela apporte aussi du raisin.

Mais il observe plusieurs inconvénients :

  • trop d’ombre si la vigne devient trop dense
  • humidité très forte dans la serre
  • nécessité probable d’ajouter des ouvertures latérales

La vigne est conduite uniquement sur la moitié sud de la serre. En hiver, il taille fort pour conserver une structure compatible avec les voiles suspendus.

Produits spécifiques japonais

En cohérence avec l’identité des Jardins de Pompoko, la ferme produit aussi quelques légumes ou plantes japonaises, notamment :

  • shiso vert et rouge
  • yuzu
  • nashi

Le yuzu est planté entre les serres. C’est un agrume japonais rustique, qui résiste jusqu’à environ -12 à -15 °C pour l’arbre. Les fruits sont vendus jusqu’à 40 €/kg, principalement à des restaurants. Les arbres sont coûteux à l’achat, mais la valorisation est très bonne.

Le shiso est cultivé sous serre. Il est vendu au kilo, autour de 28 €/kg. C’est une culture appréciée par la restauration, avec une bonne productivité.

Pollinisation et ruches

La ferme accueille aussi des ruches, tenues par un apiculteur extérieur.

Le premier apiculteur faisait de l’élevage de reines. Aujourd’hui, un second apiculteur utilise le site, qu’il considère comme son meilleur emplacement, car il y a des fleurs toute l’année.

Pour Jean-Marie, la présence des abeilles semble améliorer la pollinisation, y compris sous serre. Avant, il pollinisait parfois les courgettes à la main. Depuis l’installation des ruches, il observe moins ce besoin.

Les ruches ont aussi un intérêt pédagogique lors des journées portes ouvertes.

Conclusion

Le système des Jardins de Pompoko repose sur plusieurs piliers qui se combinent :

  • une installation progressive
  • très peu de dettes
  • beaucoup d’auto-investissement
  • une forte capacité à récupérer, bricoler, adapter
  • une bonne structuration commerciale
  • une aide humaine importante au démarrage
  • de nombreux apprentissages pris chez d’autres maraîchers
  • une recherche assumée de qualité de vie

Jean-Marie insiste sur un point : aller voir d’autres fermes, visiter, observer, échanger est selon lui un facteur essentiel de réussite. Chaque visite enrichit la boîte à outils technique et permet d’adapter ensuite les solutions à son propre contexte.

C’est, pour lui, une des raisons majeures pour lesquelles son système fonctionne aujourd’hui.