État de l’art de la pratique des couverts végétaux sur les fermes du réseau Maraîchage Sol Vivant Normandie
Cette page propose un état de l’art approfondi des pratiques liées aux couverts végétaux dans les fermes du réseau Maraîchage Sol Vivant Normandie. Il met en lumière la diversité des stratégies mises en place par les maraîchers pour intégrer ces couverts dans leur système de production : certains planifient rigoureusement leur utilisation pour améliorer la fertilité, structurer le sol et restituer les éléments nutritifs, tandis que d’autres les emploient de façon plus opportuniste selon les contraintes de la ferme. L'article aborde également les choix d'espèces, les calendriers d'implantation et de destruction, les effets agronomiques, écologiques ou pratiques observés, et les enjeux de compatibilité avec les cultures suivantes. Il témoigne d’une évolution des pratiques maraîchères vers une plus grande autonomie et une meilleure gestion des sols, avec des approches aussi variées que les contextes des fermes étudiées.
Les couverts végétaux dans la stratégie globale de la ferme
Bien que l’usage des couverts végétaux soit historiquement associé à l’agriculture de conservation dans les grandes cultures, cette pratique se développe désormais en maraîchage, où elle apporte des bénéfices essentiels à la santé du sol.
En Maraîchage Sol Vivant, les maraîchers utilisent les couverts pour :
- Structurer le sol
- Maintenir sa porosité
- Favoriser l’infiltration de l’eau
- Renforcer leur autonomie en matière organique en produisant celle-ci directement sur les planches de culture.
Ces pratiques contribuent à l’amélioration de la fertilité et de la structure du sol, à la gestion naturelle des adventices et à la réduction du travail du sol. Cet article dresse l’état de l’art des pratiques de couverts végétaux en maraîchage, en particulier dans le réseau Maraîchage Sol Vivant Normandie, en abordant leur intégration dans les plannings culturaux, leur implantation et destruction, les espèces utilisées ainsi que les contraintes rencontrées.
Les couverts végétaux sont appréhendés de diverses manières selon les fermes, voici un premier aperçu des différentes approches identifiées :
Ferme Les jardins de la mésangère
Aux Jardins de la Mésangère, la planification des couverts végétaux s’inscrit dans une stratégie de long terme, pleinement intégrée à la rotation culturale. Cette exigence permet de prévoir au mieux les restitutions de carbone dans le système cultural et piloter la fertilité de manière plus prédictive. Les cultures prélèvent des éléments au sol, il convient donc de les restituer à un moment donné. Les couverts végétaux assurent cette fonction en captant le carbone et l’azote de l’atmosphère, contribuant ainsi à une gestion raisonnée et durable de la fertilité.
Cette captation/restitution constitue un gain net pour le système-sol : du carbone et de l’azote supplémentaire ont été transférés de l’atmosphère vers le sol, ce qui correspond à une véritable restitution. En parallèle, les couverts végétaux peuvent contribuer à la remobilisation des éléments minéraux du sol, tels que le phosphore, le potassium et le calcium. Ces éléments minéraux sont captés dans les horizons profonds du sol et ramenés dans l’horizon superficiel. Leur captation temporaire et leur restitution dans le sol via la biomasse du couvert végétal détruit, contribue à mieux répartir et préserver ces éléments, réduisant ainsi les pertes par lessivage et soutenant la fertilité des cultures suivantes.
Cette planification des couverts végétaux en amont leur permet de pouvoir réaliser une succession couvert d’été/couvert d’hiver, aussi appelée double couverts dans leur routine de fertilité, qui va participer notamment à satisfaire la ration du sol et améliorer le bilan humique. La contribution des couverts végétaux dans la ration du sol semble ne pas avoir été réellement mesurée par les maraîchers enquêtés.
En parallèle, la pratique des couverts végétaux est aussi perçue comme une activité plaisante et motivante, apportant une diversité bienvenue aux tâches habituelles du maraîchage.
Ferme des Gobettes
À l’inverse, à la Ferme des Gobettes les couverts végétaux sont implantés de façon plus ajustable en fonction des besoins, de la disponibilité des surfaces, du contexte et du temps disponible. La présence des couverts végétaux dépend ainsi davantage des circonstances que d’une planification systématique dans la rotation culturale.
Ferme de la mare des Rufaux et Ferme l'Alterrenative
Dans la poursuite de cette idée, la Ferme de la mare des Rufaux ainsi que la Ferme l'Alterrenative implantent des couverts végétaux dans des créneaux précis, notamment après des cultures de printemps comme les choux de printemps, les oignons botte ou les pommes de terre. À la Ferme de la Mare des Rufaux, ces couverts sont ainsi semés courant juillet pour rester en place jusqu’au printemps suivant. Cette intégration régulière des couverts végétaux dans le système cultural de la ferme se fait sans recherche maximaliste. Elle vise avant tout à occuper les parcelles et à favoriser la structuration du sol par le développement racinaire des espèces utilisées, sans pour autant chercher à maximiser la production de biomasse ou l’autonomie en matière organique.
Ferme des Annélides
Dans certains contextes spécifiques, comme à la Ferme des Annélides, située à proximité d’une pisciculture, l’apport d’intrants extérieurs tels que le compost ou le fumier est proscrit afin d’éviter tout risque de pollution. Dans ce cas, les couverts végétaux sont une alternative pertinente pour enrichir le sol en matière organique et soutenir sa fertilité tout en préservant l'environnement alentour.
Ferme La Bio Loge'ik
La Ferme La Bio Loge’ik, qui élève quelques abeilles, trouve également un intérêt à l’implantation de couverts végétaux, lesquels ne se limitent pas à leurs bénéfices agronomiques. Ces couverts offrent en effet une diversité floristique et écologique favorable au butinage des abeilles, contribuant ainsi à la santé des colonies tout en améliorant la biodiversité locale.
Ferme Élément Terre
Enfin, les couverts végétaux peuvent être mis en place, comme à la Ferme Élément Terre, pour réduire la pression des adventices. Un couvert d’avoine implanté en deuxième année d’installation a ainsi permis de diminuer significativement la présence du liseron, sans toutefois l’éliminer complètement.
Rotations culturales et planification
L’anticipation fait partie intégrante du métier de maraîcher. Lors de l’implantation de ses couverts, le maraîcher doit tenir compte des cultures qui précèdent et suivent le couvert, afin de lui permettre de se développer correctement et d’assurer ses fonctions (structuration du sol, production de biomasse suffisante, atteinte d’un stade phénologique approprié au moment de la destruction). Il est donc nécessaire de prendre en compte certains critères pour intégrer les couverts végétaux dans les rotations maraîchères.
Les maraîchers doivent identifier les créneaux disponibles dans leur rotation. La synthèse des pratiques révèle qu’un couvert d’hiver est généralement mis en place après une culture de courges sur bâches (ou courgettes) ou une culture d’oignons sur paille. Cela est dû évidemment à la temporalité de ces cultures qui se terminent à une période propice pour l’implantation du couvert d’hiver, mais aussi, pour le cas de la culture de courges sur bâches, au fait que c’est une culture désherbante qui laisse un sol dépourvu d’adventices et qui est donc facile à implanter en semis à la volée.
Pour sa culture d'oignons sur paille, la ferme Les Légumes du P’tit Vattetot a une méthode bien rodée :
- Il commence par broyer sa parcelle, puis il réalise un semis de couvert végétal à la volée.
- Juste après, il épand environ 5 kg/m² de compost. Cette couche de compost a un double rôle : elle couvre légèrement les graines et les protège des oiseaux.
- Il utilise un mélange de 17 espèces mellifères. L'ingéniosité de ce mélange réside dans le fait que les graines ne lèvent pas toutes à la même saison, assurant une occupation continue du sol : le sarrasin se développe plutôt en été, la moutarde en automne, et la phacélie en sortie d'hiver. Selon ses observations, la moutarde démarre à chaque semis pour le moment, la levée des autres espèces dépend de la saison.
Le choix des espèces de couverts végétaux doit être adapté en fonction de la culture suivante. De manière générale, pour les couverts d’hiver, les cultures de choux et de poireaux de conservation sont les plus courantes, mais on observe également la présence de blocs de racines de conservation, comprenant radis, navets, betteraves et carottes.
Pour l’implantation des choux et poireaux, qui sont des cultures plantées, le couvert est généralement broyé puis bâché pendant environ un mois. La culture est ensuite directement plantée à travers le paillage, avec ou sans ajout de paillage complémentaire. À la Ferme Element Terre, pour les cultures plantées, la bâche d’occultation est remplacée par une bâche tissée et la culture est plantée à travers la bâche et le couvert. Pour une culture semée, la bâche d’occultation est enlevée, les restes du couvert sont ratissés dans les allées, puis 5 cm de compost sont déposés sur les planches avant de semer la culture directement sur le lit de compost. À la Ferme Element Terre, pour les cultures plantées, la bâche d’occultation est remplacée par une bâche tissée et la culture est plantée à travers la bâche et le couvert. Pour une culture semée, la bâche d’occultation est enlevée, les restes du couvert sont ratissés dans les allées, puis 5 cm de compost sont déposés sur les planches avant de semer la culture directement sur le lit de compost.
À la Ferme Element Terre, pour les cultures plantées, la bâche d’occultation est remplacée par une bâche tissée et la culture est plantée à travers la bâche et le couvert. Pour une culture semée, la bâche d’occultation est enlevée, les restes du couvert sont ratissés dans les allées, puis 5 cm de compost sont déposés sur les planches avant de semer la culture directement sur le lit de compost.
Les couverts sont systématiquement détruits un mois avant la plantation de la culture suivante, quelle que soit l’espèce ou la variété, et s’ils atteignent la floraison plus d’un mois avant, ils sont alors détruits à ce stade.
Chaque maraîcher adapte sa rotation en fonction de ses objectifs, de ses contraintes et de ses moyens, mais les questions sous-jacentes à la conception du calendrier cultural restent relativement similaires :
- Quelle place souhaite-t-il accorder aux couverts végétaux dans son système de production ?
- Dispose-t-il de suffisamment de surface pour intégrer des couverts dans sa rotation ?
- En fonction du précédent cultural, pourra-t-il semer efficacement le couvert végétal ?
- La présence du couvert ne risque-t-elle pas de gêner l’implantation de la culture suivante ?
Le document ci-joint présente une synthèse des différents couverts végétaux utilisés par les maraîchers interrogés, ainsi que de leur place dans la rotation.
Les successions été/hiver, dits double couverts
Le double couvert consiste à enchaîner un couvert végétal d’été suivi d’un couvert d’hiver (ou inversement). L’intégration d’un couvert sur une durée aussi longue dans la rotation permet, en plus des bénéfices génériques tels que la structuration du sol, de mieux satisfaire les besoins du sol en matière organique (concept de ration du sol) et de consolider le bilan humique.
Il n’est pas toujours possible d’implanter une culture après un couvert d’été long (par exemple un sorgho semé tardivement). Dans ce cas, il est fréquent de semer un couvert d’hiver à la suite. En ce sens, l’implantation d’un couvert d’été favorise souvent la mise en place d’un couvert d’hiver par la suite.
Deux méthodes d’implantation du second couvert et de destruction du précédent ont été identifiées :
- À la Ferme Biji Biji, le second couvert (avoine d’hiver) est semé à la volée sans destruction préalable du couvert estival (sorgho). La destruction du couvert estival est effectuée après le semis ce qui garantit un contact optimal entre les semences et le sol. Une fois la levée du semis passée grâce à l’irrigation naturelle, le couvert d’été est broyé ; celui qui est en cours de développement pourra alors percer le paillage et prendre le relais. Le seigle n’est pas privilégié pour le couvert d’hiver, en raison du risque d’attirer les limaces et de voir le semis détruit.
- Aux Jardins de la Mésangère, une approche différente est adoptée : le couvert estival est broyé, puis le couvert hivernal est semé en direct. Cependant, le semis n’est pas réalisé à la volée, car le mulch constituerait une barrière entre la graine et le sol. C’est pourquoi une méthode de semis plus précise et adaptée à cette situation est utilisée : la roue semeuse.
Les espèces utilisées
Pour une gestion optimale des sols en maraîchage, le choix des espèces de couverts végétaux revêt un caractère stratégique et s’adapte principalement à la saison. Il existe de nombreuses espèces et variétés, mais seules les principales, identifiées auprès des maraîchers consultés et rencontrés au cours de cette enquête, seront abordées. Les types de couverts sont choisis selon plusieurs critères, la saison constituant le principal facteur déterminant.
Les couverts végétaux d'hiver
| Espèce | Propriétés | Illustration |
|---|---|---|
| Seigle fourrager d'hiver (Poaceae) |
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| Féverole d'hiver (Fabaceae) |
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| Vesce commune d'hiver (Fabaceae) |
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| Pois fourrager d'hiver (Fabaceae) |
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| Avoine commune d'hiver (Poaceae) |
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| Phacélie d'hiver (Hydrophyllaceae) |
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Couverts végétaux de printemps
| Espèce | Propriétés | Illustration |
|---|---|---|
| Vesce commune de printemps (Fabaceae) |
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| Orge de printemps (Poaceae) |
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| Avoine commune de printemps (Poaceae) |
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| Phacélie de printemps (Hydrophyllaceae) |
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| Moutarde blanche de printemps (Brassicaceae) |
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| Féverole de Printemps (Fabaceae) |
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Couverts végétaux d'été
| Espèce | Propriétés | Illustration |
|---|---|---|
| Phacélie d'été (Hydrophyllaceae) |
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| Sorgho fourrager d'été (Poaceae) |
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| Tournesol (Asteraceae) |
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Couverts végétaux d'automne
| Espèce | Propriétés | Illustration |
|---|---|---|
| Trèfle d'Alexandrie (Fabaceae) |
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| Trèfle Incarnat (Fabaceae) |
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| Moutarde blanche d’été (Brassicaceae) |
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| Sarrasin (Polygonaceae) |
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Implantation des couverts végétaux
Semis à la volée
Le semis à la volée est une technique consistant à disperser les graines à la main, uniformément sur une large zone. Ce n’est cependant pas la seule méthode disponible ; d’autres techniques, telles que le semis en rang à l’aide de semoirs mono rangs ou de roues semeuses, sont aussi utilisées dans des contextes spécifiques. Le semis à la volée permet de semer rapidement et simplement et, dans les situations où cela est possible, il reste souvent le plus efficace en termes de temps d’implantation et de coût. Toutefois, il peut présenter l’inconvénient d’une répartition des graines souvent hétérogène si les conditions de réussite ne sont pas réunies.
Pour optimiser les résultats de cette méthode, certaines conditions doivent être respectées.
Le contact sol/graine
Pour garantir une germination optimale, la graine doit être en contact étroit avec le sol. Toutefois, lors d’un semis à la volée, ce contact peut être insuffisant. Plusieurs éléments peuvent constituer une barrière entre la graine et la surface du sol :
- La présence de débris végétaux, tels que mulch, paillage ou résidus de culture.
- La présence de plantes fraîchement broyées, comme observé aux Jardins de la Mésangère, où une fine couche végétale subsistait après le passage du broyeur (zone d’une future serre).
- Un sol trop compacté, contrairement à un sol grumeleux, peut compromettre le contact graine-sol.

Pour pallier ces contraintes, plusieurs outils et techniques sont recommandés :
- Le roulage des semis, pour assurer un meilleur contact des graines avec le sol.
- L’implantation du couvert après une culture sur bâche, assurant un sol propre et favorable aux semis.
- À la Ferme Alterrenative, un broyage fin des résidus de culture précédente est réalisé avant bâchage pour accélérer la décomposition de la matière. Cette occultation, effectuée en période de fin de printemps, prépare le sol de manière optimale pour accueillir le semis.
En général, l’utilisation d’un précédent bâché favorise une bonne préparation du sol pour le semis à la volée.
Une humidité suffisante
Lors du semis à la volée, la graine, n’étant pas complètement enfouie dans le sol, nécessite impérativement une humidité suffisante pour initier sa germination. Le semis à la volée, du fait d’un contact graine-sol moins prononcé qu’avec d’autres techniques, est plus exigeant en termes d’humidité : la graine dispose d’un accès limité à l’eau et aux nutriments lors des premières phases de germination. Il est donc essentiel soit de choisir soigneusement la période de semis, en effectuant juste avant un épisode pluvieux, comme il est régulièrement pratiqué à la Ferme Élément Terre, soit d’irriguer immédiatement la planche ou la parcelle semée à la volée.
La présence d’un paillage constitué de débris de couvert végétal permet également de conserver l’humidité du sol. Ce principe a été illustré par un semis de seigle en couvert d’hiver, réalisé dans un précédent couvert d’été 2024 aux Jardins de la Mésangère, selon deux modalités distinctes :
- Une où la graine de seigle était placée sous le mulch du couvert d’été 2024 :

- Une autre où la graine de seigle était dans le sol, sans recouvrement par aucun mulch :

- Résultat : La germination du seigle a été observée dans le premier cas, mais pas dans le second. Cela montre que la réussite du semis à la volée dépend fortement des conditions de mise en place. Ainsi, en cas de semis à la volée, il est d’usage, aux Jardins de la Mésangère, d’apporter quelques brassées de paille après le semis, afin de créer un support qui retiendra l’humidité, notamment la rosée.
Il est primordial de sécuriser le semis par l’irrigation artificielle dès que possible, même en période de temps sec ou de faible pluviométrie. Cependant, pour Nicolas Courtois, agronome et conseiller agricole spécialisé en couverts végétaux pour les grandes cultures, « il vaut mieux semer que de laisser la graine dans le sac ». Attendre des conditions météorologiques idéales retarde le semis du couvert et impacte la quantité de biomasse produite dans 100 % des cas. Ainsi, entre deux couverts semés à plusieurs semaines d’intervalle, celui qui aura été semé le plus tôt, même dans des conditions non propices, produira plus de biomasse et aura donc un intérêt agronomique plus important pour le sol. Il insiste donc sur la nécessité de semer dès la libération de la zone de culture, même si les conditions ne sont pas idéales, plutôt que d’attendre le moment parfait.
Dans la majorité des cas où les couverts sont implantés sur des planches de culture utilisées régulièrement, les maraîchers disposent généralement du matériel nécessaire pour irriguer l’ensemble de leurs planches par aspersion, afin de sécuriser la levée des couverts implantés.
À la Ferme l'Alterrenative, on considère qu’un couvert végétal doit être envisagé comme une culture à part entière, nécessitant le même soin, notamment en termes de qualité d’implantation, d’irrigation et de suivi de la levée.
Adapter le semis en contexte hydromorphe

Au même titre que pour les cultures, les couverts végétaux peuvent rencontrer des difficultés sur des sols difficiles, comme les sols hydromorphes. Dans ces zones, un semis à la volée peut entraîner une asphyxie des graines, favoriser le développement de maladies en surface et se révéler inefficace dans un sol déjà compact et mal aéré.
La Ferme l'Alterrenative, située sur un terrain à hydromorphie sous-jacente, utilise généralement une sous-soleuse (photo ci-contre) une fois par an, en routine, afin d’aérer et de décompacter le sol en créant des sillons. Le semis y est ensuite réalisé directement à la volée. Un coup de râteau par temps sec, ou des précipitations en cas de pluie, referment les sillons après le semis. Les couverts végétaux ne constituent pas une solution unique aux problèmes liés à l’hydromorphie. Ils représentent une brique parmi un ensemble d’outils et de techniques complémentaires visant à atténuer cette tendance : drainage, travail mécanique ciblé (comme la sous-soleuse), apport de matière organique.
En s’intégrant dans une stratégie globale de régénération du sol, les couverts contribuent néanmoins à l’amélioration de sa structure, en favorisant la porosité, la stabilité et le développement d’une vie biologique active. C’est également le cas pour d’autres problématiques liées au sol, comme la présence d’une semelle de labour, où les couverts ne suffisent pas à eux seuls mais doivent s’inscrire dans une approche globale.
Le semis progressif
Le semis progressif est un cas spécifique du semis à la volée, utilisé lors d’une récolte échelonnée sur plusieurs périodes. À chaque récolte, on sème un couvert végétal directement sur la zone libérée, permettant d’occuper rapidement le sol et d’éviter l’enherbement.
Dans son application à la Ferme de la Mare des Rufaux, de la moutarde est semée à la volée à travers le paillage de la culture de pommes de terre (paille de blé). Après la récolte, le paillage est légèrement remué, ce qui permet à la graine de moutarde de traverser le paillage et d'atteindre le sol. Son fort pouvoir germinatif la rend particulièrement performante dans ce type d’itinéraire technique. Le remuage du sol pendant la récolte des pommes de terre peut créer une situation de levée de dormance des adventices ; la technique du semis progressif permet de concurrencer cette levée et d'occuper le sol en attendant la prochaine culture.
Un autre exemple d’utilisation du semis progressif se trouve à la Ferme des Gobettes. Après le semis des carottes, celles-ci sont récoltées progressivement sur la planche, contrairement à la récolte sélective où seules les meilleures carottes sont cueillies sur l’ensemble de la planche, laissant des plants restants à récolter ultérieurement. Cette méthode libère entièrement des zones de culture, permettant ainsi un semis de moutarde. Des essais sont encore en cours avec de la moutarde et du moha fourrager.

Limites du semis à la volée
Lors du semis à la volée, une répartition homogène des graines sur l’espace à ensemencer peut être difficile, notamment lorsque les volumes de semences à épandre sont faibles. Ces faibles quantités sont difficiles à doser équitablement entre les différentes zones, et la prise en main peut s’avérer délicate. Quand c’est nécessaire, à la Ferme Biologe’ik comme à la Ferme de la Mare des Rufaux, les semences sont mélangées à du sable ou du terreau pour faciliter le semis sur l’ensemble de la surface et permettre d’obtenir une levée homogène.
Un sol « sale » peut empêcher un bon contact entre la graine et le sol, notamment après le broyage d’un couvert où le paillage résiduel fait office de barrière. Dans ce cas, d’autres méthodes sont envisageables pour assurer un semis efficace du couvert végétal (semis à la volée avant la destruction, roues semeuses, etc.).
Utilisation de la roue semeuse
Après la destruction d’un couvert (par broyage, par exemple), une couche végétale plus ou moins épaisse reste au sol, en fonction de la biomasse du couvert. Si un nouveau semis de couvert est prévu, il est important de choisir la méthode adaptée. En effet, un semis à la volée ne garantit pas un contact suffisant entre la graine et le sol dans ces conditions.
La Ferme de la Mésangère privilégie le semis à la roue semeuse pour son couvert d’été, car cette technique permet :
- D'être plus précis
- De sécuriser la levée grâce à un contact fort entre la graine et le sol
Mais elle a certaines contraintes :
- Le choix et l'installation des cuillères adaptées pour prendre les graines dans le réservoir peut être un peu long
- Le temps nécessaire, car plusieurs passages sont nécessaires pour couvrir entièrement une planche, ce qui est plus long que le semis à la volée
- Adaptée seulement à des petites surfaces

Deux types de roues semeuses ont été utilisées lors d’un semis de couvert d’été à la Ferme de la Mésangère :
La première, la plus couramment utilisée, est une roue semeuse à “cuillères” :
- Prix : 320 €
- Nombre de becs : 20
- Profondeur de semis : jusqu’à 8 cm
- Fonctionnement : les graines stockées à l’intérieur de la roue sont récupérées par des cuillères au niveau de chaque bec.

La seconde roue semeuse, plus récente, est la « Sem Mulch » :
- Prix : 320 €
- Nombre de becs : de 5 à 16
- Profondeur de semis : 7 à 9 cm
- Fonctionnement : les graines, stockées dans une trémie, sont récupérées par un seul disque (de tailles différentes selon la taille des graines) puis déposées dans le sol via les becs.

Aux Jardins de la Mésangère, une tentative de semis de féverole à la volée a échoué. En effet, la féverole, en raison de la taille importante de ses graines, nécessite une profondeur de semis, une humidité suffisante et un contact plus étroit avec le sol que d’autres espèces. La roue semeuse s’est avérée être la méthode optimale pour assurer le bon développement de la féverole.
Lors d’un semis de couvert d’été réalisé à la roue semeuse (mi-mai 2025) aux Jardins de la Mésangère, le semis a été immédiatement irrigué à l’aide d’un système d’aspersion. En l’absence de pluie, il a été jugé préférable de sécuriser la levée du couvert en irriguant la zone, afin de garantir un accès direct à l’eau pour les semences.
Semoirs mono-rangs
Matériel
D’autres méthodes, bien que plus rares, sont également utilisées pour le semis des couverts végétaux. À la Ferme Élémenterre, des semoirs monorangs de type JP1 ou Earthway sont employés, principalement pour leur précision. Ces outils permettent le semis de petites, moyennes et même grosses graines nécessitant des profondeurs variables.

Le semoir JP1
- Prix : environ 600 €
- Réglages simplifiés pour une utilisation optimisée (profondeur, espacement des graines, etc.)
- Utilisation de rouleaux pour distribuer les graines
- Poignée mobile permettant à l’usager de marcher à côté du rang afin d’éviter le tassement des graines

Le semoir Earthway
- Prix : environ 230 €
- Adapté aux grandes surfaces
- Possibilité de changer les disques selon les types de graines (différents calibres)
- Bras articulé offrant une meilleure précision et régularité dans le semis
Limites
- Lors du semis avec un semoir mono-rang, il est essentiel de disposer d’un sol bien préparé, idéalement après un bâchage d’environ un mois ou un passage au rotovator sur les premiers centimètres du sol.
C’est l’outil le plus exigeant en termes d’état de surface du sol, il ne supporte pas les résidus végétaux morts ou vivants, et peut être fastidieux à utiliser en raison des risques de bourrage du soc.
L’utilisation des semoirs mono-rangs pour semer les couverts reste la méthode la moins utilisée en maraîchage.
- La couverture végétale obtenue est généralement moins homogène qu’avec un semis à la volée, en raison des espaces laissés entre les rangs. Cependant, certaines fermes, comme celle des Radis de Vassy, privilégient le semis en lignes pour un aspect plus ordonné et soigné.
- Le semoir Earthway est apprécié pour son rapport qualité/prix, mais, selon les retours de la Ferme du Potager Nature, il nécessite davantage de temps, notamment en raison des allers-retours sur la planche pour assurer un semis complet, ce qui peut être contraignant pour des maraîchers aux emplois du temps chargés.
Irrigation pendant la croissance du couvert végétal
Durant les périodes de sécheresse, l'irrigation des couverts végétaux peut être nécessaire. Cependant, d'après les retours des maraîchers en Normandie, la majorité d'entre eux ne prennent aucune mesure pour arroser leurs couverts durant la période de croissance. Par exemple, la Ferme des Annélides n'irrigue ses couverts exceptionnellement et uniquement lorsque le sol est extrêmement sec. D'autres, comme la Ferme Elementerre, sont limités par un manque de moyens adaptés pour l'irrigation des couverts en cours de croissance.
Fauche intermédiaire et désherbage
Certaines variétés de sorgho présentent l’avantage d’être multi-coupes et particulièrement concurrentielles. Ces variétés, telles que le sorgho Piper, le King 61 DR et l’Advance Grazer, peuvent être fauchées puis repousser rapidement.
Elles permettent notamment de maîtriser les adventices : lorsqu’une adventice se développe simultanément avec le sorgho, une fauche réalisée à temps favorise la repousse rapide du sorgho, empêchant ainsi la redéveloppement des adventices et contribuant à leur étouffement.
Xavier Dubreucq a présenté un semis de sorgho fourrager, confronté à une forte densité d’adventices variées se développant au sein du sorgho. Cependant, après la première fauche, seul le sorgho a repoussé, étouffant les plantes indésirables. La fauche est réalisée quand le sorgho atteint la hauteur de un mètre.

Aux Légumes du P’tit Vattetot, un semis d’un mélange mellifère composé de seize espèces a commencé à être colonisé par des rumex. La présence de ces derniers, en début de croissance, a nécessité un désherbage manuel. Cette intervention a été rendue possible grâce à la texture très friable du sol et au fait qu’elle concernait une petite surface avec une faible densité de rumex. De telles pratiques sont rarement mises en œuvre en raison des contraintes de temps et des moyens matériels nécessaires. Cet exemple laisse à penser que, bien que les couverts végétaux puissent être efficaces pour concurrencer certaines espèces d’adventices, ils ne sont pas infaillibles face à des espèces vivaces, et il conviendra d’agir au bon moment pour réduire au maximum leurs inconvénients.
Usage des ferments lactiques
Vincent Favreau se distingue par son utilisation de ferments lactiques, une pratique encore peu répandue chez les maraîchers. Ces bactéries favorisent la fermentation biologique en produisant de l’acide lactique, ce qui limite les micro-organismes pathogènes et stimule l’activité des micro-organismes bénéfiques du sol.
Cette action améliore la décomposition de la matière organique, favorise la formation d’humus stable et augmente la disponibilité des nutriments pour les plantes. L’utilisation de ferments lactiques contribue ainsi à renforcer la santé du sol et la résistance des cultures.
Certaines bactéries lactiques peuvent tolérer des conditions variées, notamment des environnements à faible teneur en oxygène (anaérobies facultatives), ce qui leur permet de s’adapter à différents types de sols, qu’ils soient compactés ou bien aérés.
Les ferments utilisés par Vincent Favreau sont des mélanges issus de compost, d’ensilage d’herbe et d’autres substrats riches en micro-organismes, favorisant la dégradation de la matière organique et le développement d’une communauté microbienne diversifiée et fonctionnelle.
Vincent Favreau a développé un système d’épandage de ferments adapté à son matériel. Son installation comprend un réservoir placé à l’avant de son tracteur, relié à un système de sortie positionné soit juste devant le rotavator, soit derrière un fissurateur.

Le pâturage

Pour limiter le passage des engins agricoles sur une parcelle, certains maraîchers, comme Vincent Favreau, intègrent le pâturage pour détruire ses couverts. Les animaux qui reviennent souvent sont des moutons ou des brebis.
Généralement, le pâturage est plutôt utilisé lors de la destruction du couvert que lors de son entretien. Les animaux sont choisis pour l'entretien du couvert par leur capacité à trier les adventices et à enrichir le sol. Les déjections apportent directement de l'azote et des nutriments nécessaires au sol que le couvert va pouvoir absorber et utiliser pour se développer. Aucun maraîcher contacté n’utilise le pâturage comme moyen d’entretien de son couvert, mais plutôt comme moyen de destruction comme le fait Vincent Favreau.
Destruction des couverts végétaux
Qu’est-ce que “bien détruire” son couvert ?
La pratique des couverts végétaux ne constitue pas une finalité en soi, mais vise à soutenir la production maraîchère. Il convient donc de bien définir les critères de destruction du couvert végétal afin que celui-ci ne gêne pas la mise en place et le développement des cultures qui lui succéderont.
Empêcher la repousse
Un couvert végétal qui repousse après une mauvaise destruction peut poser de sérieux problèmes pour la culture maraîchère suivante. Cela peut augmenter le temps de travail à l’implantation et pénaliser, voire bloquer complètement, la croissance de la culture.
Il est donc essentiel de s’assurer que le couvert ne repoussera pas après l’opération. Un couvert jeune, encore en phase de croissance, est plus susceptible de repartir, notamment certaines espèces comme les graminées. À l’inverse, un couvert au stade de floraison présente moins de risques, car il a déjà commencé à mobiliser ses réserves pour la production des graines. Ce problème de repousse concerne principalement les couverts d’hiver, contrairement aux couverts d’été pour lesquels il existe souvent peu de cultures maraîchères à implanter ensuite, la majorité étant sous serre ou la saison étant proche de la fin.
Pour les couverts d’été, des espèces gélives peuvent être semées afin qu’elles meurent naturellement durant l’hiver. C’est le cas à la Ferme de la Mare des Rufaux, où un mélange de phacélie, avoine et trèfles (d’Alexandrie et incarnat) est semé début août. La phacélie et le trèfle d’Alexandrie, sensibles au gel, sont détruits pendant l’hiver. En cas d’hiver doux, ces plantes restent plus faciles à éliminer au printemps. Certaines espèces dites “sensibles” au gel peuvent résister plus ou moins selon leur stade phénologique à l’entrée de l’hiver : par exemple, une avoine d’hiver semée début août sera moins résistante qu’une avoine implantée mi-septembre.
Le type de résidus souhaités
Les résidus souhaités d'un couvert végétal varient conformément aux attentes et aux cultures suivantes. Selon que la culture suivante soit un semis de petites graines ou une culture plantée, le type et la quantité de résidus acceptables laissés par le couvert végétal seront différents.
Pour faire varier les types de résidus laissés au sol, on peut jouer sur les espèces : des légumineuses sont en général moins ligneuses que les graminées, mais aussi sur le stade phénologique de la plante au moment de la destruction. Un couvert jeune et vert, soit au stade d’“engrais vert”, contiendra peu de lignine et sera plus facile à détruire qu’un couvert détruit au stade floraison ou post-floraison. L’engrais vert se décompose rapidement sous une bâche, à tel point que quelques jours après destruction, on ne parvient presque plus à voir les résidus.
En revanche, un couvert plus âgé, au stade floraison ou post-floraison, laissera des résidus plus fibreux (riches en lignine) qui seront plus persistants sur la planche de culture, mais qui pourront agir comme un paillage.
On peut également être amené à réfléchir au rapport C/N du couvert au moment de sa destruction, en regard de la capacité du sol à digérer efficacement cette matière sans risque pour le développement de la culture suivante (faim d’azote). Des sols très dynamiques, en bonne santé, dits “vivants”, sont normalement en mesure de digérer des résidus de couverts carbonés sans que l’on observe un ralentissement notable de la croissance des cultures suivantes. À l’inverse, d’autres sols ont une capacité moindre de dégradation, d’immobilisation et de restitution des éléments fertilisants, et il faudra envisager un stade de destruction plus précoce (C/N plus faible) pour ne pas pénaliser la culture suivante.
On comprend aisément les différents enjeux liés à la bonne destruction d’un couvert végétal. Voyons maintenant les méthodes pratiquées parmi les maraîchers enquêtés.
Broyage
La majorité des maraîchers contactés utilisent la méthode du broyage pour détruire leurs couverts.
À la Ferme Alterrenative, on utilise un broyeur à axe horizontal porté par un micro-tracteur. On peut voir ici le broyage d’un couvert d’hiver/printemps composé d’orge de printemps et de féverole d’hiver (12 Mai 2025).

Le broyage ici est la principale méthode préconisée car elle est la plus rapide, efficace et peu coûteuse sur petites surfaces. Cette efficacité permet aussi au maraîcher de prioriser le reste de son temps sur des opérations plus importantes et rémunératrices.
Le couvert ici était arrivé à floraison (féverole et orge). Le couvert n’était pas forcément très ligneux, ce qui a facilité le broyage avec des couteaux de broyeur qui étaient un peu “fatigués”. Le tout a été broyé une première fois, puis une seconde fois une semaine plus tard pour réduire encore la taille des brins et accélérer la décomposition.

À la Ferme de la Mésangère, le broyage d’un mélange de seigle fourrager d’hiver, d’avoine commune d’hiver et de féverole d’hiver a été réalisé mi-Mai. Le seigle en particulier, culminant à 2 mètres en moyenne, a été détruit au broyeur à axe horizontal (couteaux fléaux, forme en Y) en vitesse lente pour éviter le bourrage dans la machine. Malgré une biomasse importante d’environ 11 tMS/ha, le couvert a été détruit sans problème.

La Ferme des Annélides utilise un broyeur à couteaux “marteaux” pour broyer leurs couverts végétaux. Les prix varient entre 900 et 1500 € en général (neuf).

Certaines fermes, comme la Ferme Elementerre, évitent de broyer leurs couverts par crainte d’un relargage trop rapide de l’azote, ce qui pourrait favoriser la prolifération du liseron, une adventice particulièrement présente et problématique sur leur exploitation.
Le broyeur permet néanmoins une destruction efficace du couvert tout en préservant la structure du sol, en ne le travaillant pas, et en laissant la totalité des résidus en surface pour créer un paillage. Ce paillage contribue à maintenir l’humidité et à apporter les éléments nécessaires à l’enrichissement du sol.
Couchage
En l’absence de broyeur, le couchage peut être une solution efficace.
À la Ferme Élément Terre, en l’absence de matériel spécifique tel qu’un rouleau, un système improvisé a été mis en place : une planche, lestée d’une masse et reliée au tracteur par deux ficelles, a été utilisée pour coucher le couvert.
Lors de la destruction d’un couvert de seigle à la Ferme Espérance, mi-mai, le couvert a été couché à l’aide du rouleau du broyeur, sans que celui-ci ne soit mis en marche. C’est la même technique qui est mise en place à la Petite Surface.

Bâchage
La quasi-totalité des maraîchers interrogés utilisent le bâchage après une première destruction de leur couvert (par broyage, par exemple). Ce sont généralement des bâches d’ensilage qui sont utilisées pour l’occultation des couverts végétaux. Ces bâches sont facilement accessibles et, surtout, gratuites : les maraîchers les récupèrent auprès d’agriculteurs locaux qui n’en ont plus l’usage.
Le bâchage permet :
- La maîtrise de l’enherbement, en privant les plantes vivaces de lumière, ce qui empêche la photosynthèse et entraîne leur étouffement.
- L’accélération de la dégradation de la matière végétale grâce à la chaleur et à l’humidité.
- Le maintien d’une certaine humidité dans le sol, favorisant un sol suffisamment humide et « propre » pour la culture suivante.
- L’intensification de la production et un gain de temps dans la préparation du sol.
À la Ferme Espérance, après le couchage d’un couvert d’hiver (seigle d’hiver) autour du 16 mai, une bâche d’ensilage a été mise en place pendant environ un mois. Des briques ont été disposées sur les bords pour maintenir la bâche en place et assurer le maintien de l’humidité et de la chaleur.

À la Ferme de la Mésangère, le bâchage d'un couvert de printemps en 2024 (Avoine de printemps, vesce commune de printemps, moutarde blanche, phacélie) a été réalisé après un broyage et une irrigation par aspersion, pendant un mois.
À la Ferme de la Mésangère, le bâchage d'un couvert de printemps en 2024 (Avoine de printemps, vesce commune de printemps, moutarde blanche, phacélie) a été réalisé après un broyage et une irrigation par aspersion, pendant un mois.

Le pâturage
Le pâturage dynamique
Vincent Favreau utilise le pâturage dynamique pour détruire son couvert végétal. Il mobilise un troupeau de 20 brebis prêté par un voisin, qui pâturent environ 100 m² par jour. Ce système, particulièrement efficace sur de petites surfaces, permet d’éviter le simple passage des animaux. Vincent fait pâturer ses parcelles en petits parcs sur une période de 4 à 5 jours, en déplaçant manuellement la clôture (environ 1 heure par jour) selon la biomasse disponible. Cette pratique est mise en œuvre de mi-avril à mi-septembre, couvrant ainsi toute la période estivale. Il est également important de disposer de zones sans couvert afin d’y placer le troupeau durant les périodes de repos.
Le Jardin des Marais adopte également cette méthode, avec 4 brebis qui pâturent deux fois pendant l’hiver (en janvier et fin avril). En raison de la petite surface, les brebis consomment rapidement la végétation, nécessitant un déplacement de la clôture jusqu’à cinq fois par jour pour garantir une efficacité optimale.
L’intérêt agronomique
Le pâturage des couverts végétaux présente un intérêt agronomique majeur. Les déjections animales ont un rapport carbone/azote (C/N) généralement plus faible que celui du couvert ingéré, apportant ainsi de l’azote facilement disponible au sol, ce qui stimule fortement l'activité biologique et augmente la diversité microbienne.
Pour Vincent Favreau, c’est principalement la capacité à réduire le rapport C/N du couvert grâce au pâturage, plutôt que la simple sélection des plantes par les ruminants, qui présente un intérêt agronomique majeur. En abaissant ce rapport carbone/azote, le pâturage favorise l’enrichissement du sol, notamment via la réintroduction de spores fongiques bénéfiques qui bénéficient des conditions spécifiques du tube digestif des brebis (température d’environ 37 °C, humidité, temps), permettant ainsi la levée de dormance et la colonisation du sol.
Les bouses des ruminants sont “essentiellement composées de fragments de tissus lignifiés, de parois et de bactéries, mortes ou vivantes, originaires en majorité du rumen et représentant de 10% à 20% du poids des fèces. 87% des autres constituants sont de la matière organique riche en azote constitué à 80% sous forme d’azote bactérien, de la cellulose associée à de la lignine, des chlorophylles et des lipides indigestibles par les bactéries”. (Revitaliser les sols, Francis Bucaille, 2020)
Le pâturage apporte une dynamique microbienne plus riche que le fumier, valorisant le couvert et favorisant la régénération du sol. L’urée contenue dans les déjections se transforme en azote assimilable par les plantes, tandis que l’azote organique issu des déjections fécales est dégradé et recyclé par les bactéries du sol.
Vincent Favreau attend généralement que le couvert atteigne environ 80 cm, vers la mi-avril, avant de faire pâturer ses parcelles, afin d’éviter tout risque d’intoxication cyanhydrique pour les brebis (cas du sorgho notamment). À ce jour, aucun problème n’a été rencontré.
Les contraintes au développement de la pratique des couverts végétaux
Des pratiques agroécologiques qui sont déjà relativement fonctionnelles
Les techniques issues du Maraîchage Sol Vivant (apports de matières organiques carbonées, réduction du travail du sol, favorisation de l’activité biologique du sol, gestion des temps de bâchage, gestion de l’irrigation) constituent une boîte à outils relativement fonctionnelle, à la fois en terme de performance environnementale qu’économique. L’intégration des couverts végétaux dans les agroécosystèmes s’inscrit dans un objectif de maximisation de la fertilité physique et biologique des sols. Ainsi, celle-ci ne semble pas être un outil indispensable pour réussir à produire des légumes dans de bonnes conditions mais elle est un pilier si l’on souhaite pousser encore davantage la démarche de production environnementale dans laquelle s’inscrit le Maraîchage Sol Vivant. Vis-à-vis de toutes les autres contraintes que doivent organiser les maraîchers, les couverts végétaux ne sont pas toujours placés au premier rang des priorités et certains décident de remettre leur utilisation à plus tard, bien que intéressés et conscients des bénéfices sous-jacents à leur utilisation.
Cette propension à intégrer les couverts végétaux dans les systèmes dépend de divers facteurs comme la capacité à se projeter dans cette pratique, la capacité et l’envie de gérer la complexité d’un planning de production qui intègre les couverts végétaux, la charge mentale que cela peut sur-ajouter, l’accès aux bons outils aux bons moments, la vision et la compréhension agronomique de l’agriculteur, la place disponible (cas des fermes sur toutes petites surfaces), et plus généralement la balance avantages/inconvénients ressentie par l’agriculteur.
Le temps et la charge mentale
Le temps disponible et la charge mentale constituent le frein le plus récurrent à la mise place de davantage de couverts végétaux. Pour de nombreuses exploitations, notamment les plus jeunes encore en cours de construction comme le Potager Nature ou la Ferme de Perduville, ils n’ont tout simplement pas le temps de mettre en place des couverts végétaux. La priorité est donnée à des itinéraires techniques simples qui permettent de sécuriser la production et de réduire la charge mentale du maraîcher. Les couverts végétaux nécessitent davantage de travail, du semis jusqu’à leur destruction, comparativement à un simple bâchage.
Selon le Jardin des Marais, cette complexité engendre également un stress lié au risque de faim d’azote et demande un suivi rigoureux de l’irrigation pour assurer une croissance optimale du semis. Pour la Ferme Bio loge’ik, cela serait davantage réalisable avec une main-d’œuvre supplémentaire. En effet, le fait d’être seul sur une ferme implique la gestion de l’ensemble des activités et ne permet pas de répartir la charge mentale.
Globalement, les maraîchers disposent de peu de temps pour se former, participer à des ateliers ou des réunions pendant la pleine saison. La saison des formations et des bilans de saison a lieu pendant “la période creuse” hivernale. C’est cette période qui est propice à la réflexion sur les évolutions à apporter sur son système de production. Cette périodicité annuelle (voir pluri-annuelle), qui correspond à la temporalité de l’agriculture, induit le fait que des changements structurels peuvent mettre du temps à s’amorcer sur les fermes, comme le fait d’intégrer durablement des couverts végétaux dans sa rotation culturale.
Paradoxalement, ce sont aussi des fermes assez jeunes qui ont parfois plus d’aptitudes à mettre en œuvre de nouvelles techniques (Jardins de la Mésangère, Ferme Espérance). Il semble qu’il soit peut-être plus facile d’intégrer des pratiques nouvelles au moment de la conception de son système de production plutôt que de le réformer dans une phase de routine, cela à condition que les moyens techniques (outils, matériels) et les savoirs (connaissances, objectifs cadres, projection dans la pratique) soient immédiatement accessibles et opérationnels.
L’espace
Il est également nécessaire de disposer de suffisamment d’espace pour implanter des couverts végétaux. Par manque de place, la ferme du Potager Nature n’est actuellement pas en mesure de réaliser des expérimentations ou d’installer des couverts végétaux. C’est le cas également pour la Petite Surface qui ne dispose pas suffisamment de jardins pour réaliser des rotations plus longues. De nombreuses fermes se trouvent dans la même situation, la priorité étant dédiée aux cultures en place plutôt qu’aux couverts végétaux. La ferme Biologe’ik et les Jardins de la Mésangère envisagent l’installation d’une nouvelle serre afin de disposer d’un espace supplémentaire sous abri pour y implanter des couverts végétaux et augmenter les rotations sous serre.
La faible présence de couverts végétaux sous serre, alors même et parce qu’il s’agit des endroits les plus productifs et avec le plus de valeur ajoutée, est caractéristique de l’arbitrage réalisé par les maraîchers. Cependant, selon Vincent Favreau, les serres en maraîchage diversifié sont un investissement qui est vite amorti au vu de la rentabilité par unité de surface des légumes(€/m²) et qu’il est dommage de ne pas profiter des effets agronomiques bénéfiques qu’ils procurent. L’effet de structuration des couverts végétaux sous serre est d’autant plus important (dans les deux sens du terme) car, d’une part, il s’agit d’une zone de production intensive dans laquelle on a besoin d’une qualité de structuration du sol importante et, d’autre part, le gradient de température supérieur permet de produire davantage de biomasse, racinaire comme aérienne procurant ainsi des effets plus importants qu’en plein champ.
À la Ferme des Gobettes et à la Ferme Espérance, il y a au moins un couvert de sorgho qui est implanté dans une serre.

Couvert végétal de sorgho sous serre à la Ferme des Gobettes (2024)
La transmission des pratiques et des connaissances
Un des facteurs de passage à l’action pour la mise en place de nouvelles pratiques est l’échange direct avec d’autres agriculteurs, que ce soit dans le cadre de groupes GIEE, de formations, d’échanges informels. Ainsi de nombreux maraîchers sont engagés dans divers réseaux, que ce soit le réseau Maraîchage Sol Vivant Normandie mais aussi Ferme d’Avenir (Ferme de Perduville, Ferme des Gobettes, Ferme de la Mare des Rufaux) ou des institutionnels de la bio comme Bio en Normandie (majorité des maraîchers bio normands). Cette adhésion à divers organismes permet de mettre en perspective sa pratique et d’obtenir du soutien vis-à-vis de l’évolution de ses pratiques.
Conclusion
Au sein du réseau Maraîchage sur Sol Vivant en Normandie, les enquêtes réalisées révèlent que les couverts végétaux sont une pratique très diversifiée. Le choix des espèces végétales est constamment influencé par trois facteurs clés : les saisons, les caractéristiques propres à chaque plante et les bénéfices spécifiques qu'elles apportent au sol. Bien que certaines espèces reviennent fréquemment, leur utilisation est donc fortement adaptée aux conditions et aux objectifs du moment. Les motivations des maraîchers sont nombreuses mais tendent principalement sur deux options : soit des stratégies de long terme (Ferme de la Mésangère), soit des stratégies d’une implantation des couverts gérée par la disponibilité des surfaces (Ferme des Gobettes ou la Ferme des Rufaux).
L'implantation nécessite une anticipation des rotations culturales pour assurer un bon développement des couverts végétaux. Le semis à la volée est une technique utilisée couramment, mais sa réussite dépend fortement du contact graine-sol avec une humidité correcte. La présence de débris végétaux, d'un sol compacté ou d'un mulch peut entraver la germination. Des solutions comme le roulage des semis, l'implantation après une culture sur bâche, ou l'apport de paille lors du semis à la volée sont utilisées pour optimiser ces conditions. L'irrigation artificielle est jugée primordiale pour sécuriser la levée des couverts, même en période sèche. Nicolas Courtois insiste sur la nécessité de semer dès la libération de la zone de culture, même si les conditions ne sont pas idéales.
La destruction est une étape critique pour éviter la repousse et ne pas gêner la culture suivante. Le choix de la méthode dépend de la nature de résidus souhaités et du stade phénologique du couvert. Le bâchage, quasi systématiquement utilisé après une première destruction, permet de gérer l'enherbement, d'accélérer la dégradation de la matière organique et de maintenir l'humidité du sol. Le pâturage dynamique, pratiqué par Vincent Favreau et le Jardin des Marais, offre une alternative efficace pour la destruction, apportant un intérêt agronomique majeur grâce aux déjections animales.
De plus, certaines fermes adoptent des couverts permanents, une alternative aux couverts de saison pour assurer une couverture continue du sol sur leurs planches de culture, tout au long de l'année.
À la Ferme des Annélides, du trèfle blanc est semé très densément à la volée pour assurer une couverture optimale du sol. Des cultures comme les tomates ou les choux sont ensuite plantées directement dans ce couvert, ce qui limite le développement d'adventices concurrentes.
Cependant, l'utilisation de couverts permanents a nécessité des ajustements. Le trèfle, atteignant environ 25 cm de hauteur et concurrençait les choux. Il a donc fallu l'entretenir, mais l'écartement des rangs de choux ne permettait pas le passage d'une tondeuse. La solution adoptée fut de ne planter qu'un seul rang de choux, ce qui a malheureusement eu pour conséquence de retarder les récoltes.
En revanche, la Ferme de la Mésangère estime que les couverts permanents sont trop exigeants en temps et en main-d'œuvre pour l'entretien. Il est particulièrement délicat de les entretenir sans endommager les plantations. Pour cette ferme, cette pratique, bien qu' émergente, n'est pas jugée pertinente pour leurs rotations culturales en raison de ses fortes contraintes d'entretien.
Malgré les bénéfices des couverts végétaux, leur intégration reste confrontée à de fortes contraintes comme le temps disponible et la charge de travail, qui sont les freins les plus récurrents à l’intégration des couverts végétaux, tout comme le manque d'espace, la nécessité de disposer des bons outils et de savoirs au bon moment. Cependant, la transmission des pratiques et des connaissances au sein de réseaux comme Maraîchage Sol Vivant Normandie, Ferme d'Avenir ou Bio en Normandie, est un facteur clé de passage à l'action.
Les couverts végétaux, bien qu'ils ne soient pas une solution unique à tous les problèmes du sol, sont un atout pour maximiser la fertilité physique et biologique des sols. Face à l’urgence environnementale, appuyés par la transmission des pratiques et des connaissances de par les réseaux, les couverts végétaux sont une solution essentielle pour la gestion et la protection de notre environnement, au-delà de leurs bénéfices agronomiques. En les intégrant dans nos systèmes de production, nous améliorons la fertilité de nos sols, construisons des paysages plus résilients, favorisons la biodiversité, et permettons une transition agroécologique et un avenir plus durable.














