Trogne

De Triple Performance
Révision datée du 26 septembre 2022 à 15:48 par Astrid Robette (discussion | contributions) (Ajout des usages et fonctions)
Aller à :navigation, rechercher
Trogne de sureau
Production


Les trognes ou arbres têtards, trognard, escoup, hautain, chapoule, émonde, ragole, tronche, gueule, mère-souche, arbre à fagots,... sont une source de biodiversité dans nos campagnes. On les trouve dans tous types de paysages : montagne, plaine, colline, champ mais aussi en ville. Ces sculptures végétales sont un patrimoine précieux à plus d’un titre, hérité de l’idée de récolter plusieurs fois le houppier d’un même arbre, au cours de sa vie. Les trognes touchent différents domaines : économique, écologique, esthétique, culturel,...


Description

La trogne est l’arbre "paysan", utile par excellence, que l’on taille avec assiduité pour en tirer le maximum de profit, ou en contenir le développement, tout en respectant au mieux ses exigences biologiques, et pour en pérenniser la ressource : la nécessité de produire plus avec la plus grande économie de moyens et d’espace possible.

La trogne c’est une connaissance des savoir-faire, une expérience du génie végétal au service de la petite économie-verte d’antan, mais c’est surtout un formidable potentiel d’avenir et de modernité dont on ne perçoit pas clairement les enjeux et la mesure.

Les enjeux de sa réhabilitation dans nos logiques de production agricole et d’aménagements en tous genres sont :

  • Le stockage de carbone.
  • La production de biomasse.
  • Accueillir de la biodiversité.
  • Protéger l'environnement et les territoires

La trogne rassemble tous les aspects de la diversité : diversité des milieux, des paysages, des formes, des usages, des produits. Le "concept" même de trogne traduit cette vision totale de l’arbre qui sert à tout et dont on ne laisse rien perdre : branches, rameaux, fruits et feuillages, perches, fagots et brindilles, autant d’intérêts et de profits fournis par un unique capital fixe : des racines et un tronc. Cette analyse "capitaliste" de l’arbre nous éclaire sur le potentiel considérable dont nous pourrions disposer en développant et en gérant notre patrimoine arboré de proximité, en le faisant fructifier et fournir à profusion énergie, matières premières, fertilité pour les sols, vitalité à nos milieux et paysages.


Des formes multiples, des situations diverses

La trogne est le résultat d’une technique d’exploitation de l’arbre auquel on a coupé le tronc ou les branches maîtresses à un niveau plus ou moins élevé pour provoquer le développement de rejets que l’on récolte périodiquement. Cette technique s’applique généralement à la plupart des feuillus, plus exceptionnellement sur des conifères.

Selon les essences et l’intervalle des tailles, ces rejets, coupés au même niveau, fournissaient principalement du bois de chauffage, du bois d’œuvre et de travail, ou du fourrage. Véritable centrale de production renouvelable, écosystème remarquable, réservoir de biodiversité, marqueur du paysage, patrimoine culturel original, la trogne tenait autrefois une place importante dans l’économie et dans les paysages ruraux.

Souvent discrètes dans le paysage, les trognes sont pourtant bien présentes, à la ville comme à la campagne : isolées, en petit groupe, en verger, dans les haies, en alignement, le long d’une route ou d’un chemin, au bord d’un canal ou d’un ruisseau, en ville, en plein champ ou même en forêt...


Le têtard

Le têtard présente une grosse tête (trogne) : un gonflement du tronc formé par les cicatrisations successives au même niveau. La hauteur de coupe varie généralement de 2 à 3 mètres, elle était définie par la taille des animaux qui pâturaient en dessous pour qu’ils ne puissent pas atteindre les jeunes rejets.


La ragosse

La taille en ragosse consiste en l’élagage des branches latérales au ras du tronc. Les ragosses sont des formes spécifiques à la Bretagne, en particulier au bassin rennais. Les branches récoltées étaient utilisées en fagot puis à maturité, le fût servait à du bois d’œuvre (charpente notamment) ou des bûches de bois de chauffage.


Le candélabre

Le candélabre est une trogne à plusieurs têtes : lors de la taille de formation, l’arbre n’a pas été totalement étêté, on a coupé ses branches charpentières. Les plus fameux candélabres sont les hêtres de la forêt d’Iraty au Pays Basque, autrefois utilisés pour la production de charbon de bois pour les fonderies d’acier et comme bois d’œuvre pour la construction navale.


Les trognes urbaines

La taille en têtard assure une maîtrise de la hauteur de l’arbre adulte, ce qui permet d’envisager la plantation d’arbres plus sereinement en ville, au bord des routes ou à proximité des bâtiments.


Les têtes de chat

La taille "en têtes de chat" est surtout mise en œuvre en milieu urbain, l’objectif n’est plus la production de biomasse mais plutôt la formation d’arbres au port "architecturé", au volume contenu.


Le plessage

Le plessage est une technique traditionnelle de taille des haies vives. Une haie plessée est constituée en fendant les troncs des arbustes qui la constituent à proximité du sol. Les arbustes ainsi fendus sont ensuite inclinés et tressés avec des piquets espacés de 40 cm ou bien avec certains arbustes laissés verticaux. Certaines trognes sont le vestige d’anciennes haies plessées.


Une diversité d’essences

À l’exception de quelques espèces, la plupart des feuillus peuvent être taillés en trogne. Parmi les plus courantes: chênes, saules, ormes, frênes, platanes, mûriers, charmes, érables champêtres, hêtres, peupliers noirs, tilleuls, châtaigniers, marronniers, .. Selon les régions, les milieux et les productions recherchées, on voyait se développer des trognes de telle essence ou d’une autre : mûrier blanc dans les zones produisant du ver à soie, ormes et frênes dans les zones d’élevage, chênes et charmes pour le bois de chauffe, saules pour la vannerie, platanes et tilleuls pour l’agrément en zones urbanisées,...


On peut dire que une trogne, est un arbre transgénérationnel car il est à la fois vieux et jeune, vivant et mort. Il est capable de réunir tous les âges de la vie. Un arbre creux ou porteur de champignons ne signifie pas qu’il est mort ni qu’il va dépérir rapidement. En effet, le bois mort est au centre de l’arbre, le bois vivant, où circule la sève, est en périphérie du tronc, juste sous l’écorce. Aussi, un arbre fruitier, même creux, peut continuer à produire des fruits.


De multiples usages

Fourrage d’appoint, bois d’œuvre, de chauffage, ou autres usages domestiques, selon les essences, le rythme des tailles, la dimension et la qualité des branches récoltées, les usages des trognes sont multiples.

Bois d'œuvre et de services

La vannerie

Taillés annuellement, les saules, aussi appelés osier, produisent des brins souples et droits utilisés en vannerie. Au delà de la production de paniers et autres objets tressés, ces rejets servaient également à lier les sarments de vignes et les gerbes de blé.


Les poteaux, perches, fascines, piquets de clôture

Aux principales fonctions s’en ajoutent d’autres répondant à une logique d’aménagement (fixer les berges, calmer l’ardeur des eaux,...) ou à divers emplois domestiques (tuteurage dans les vignes et les vergers, parcage du bétail,...).


La charpente et l’ébénisterie

Le tronc des arbres têtards généralement noueux et résistant, ainsi que certains rejets aux formes particulières, étaient autrefois recherchés pour la confection de poutres et pour la construction navale. Leur bois de loupe très décoratif est toujours très prisé par l’ébénisterie et la marqueterie pour la confection de meubles ou de pièces de luxe. On peut en particulier citer les loupes de chênes, d’ormes, de peupliers noirs, de frênes,...


Bois énergie

Avant l’avènement des énergies fossiles (charbon minéral, fuel, gaz), le bois était la principale source d’énergie calorifique. De par la diversité de ses productions, la trogne permettait de satisfaire l’ensemble des besoins en combustibles qu’ils soient domestiques, artisanaux ou industriels.

Le fagot

Les branches les plus fines résultant de la taille, étaient soigneusement rassemblées en tas de fagots, qui brûlés par millions chaque année, satisfaisaient les besoins énergétiques du foyer (cheminée, four à pain,...), et de certaines activités artisanales et industrielles (poteries, briqueteries, tuileries, fours à chaux,...).


Le charbon de bois

Avant l’emploi du charbon fossile, c’est le charbon de bois qui servait à alimenter la métallurgie et les verreries. Il était issu du bois d’émondage et transformé sur place par des charbonniers, les bois de hêtre, de chêne et de charme étaient notamment utilisés pour leur fort pouvoir calorifique.


Le bois bûche

De valeur supérieure à celle des fagots, les branches de gros diamètre servent à la confection de bûches destinées à alimenter les cheminées, foyers fermés et poêles. Face au coût toujours croissant des énergies fossiles, le bois de chauffage connait déjà un regain d’intérêt qui devrait s'accroître dans un futur proche.


Le bois plaquettes

L’apparition d’outils permettant le broyage de branches d’un diamètre conséquent permet de valoriser les rémanents de taille sous une nouvelle forme : la plaquette de bois, actuellement utilisée pour alimenter les chaufferies collectives et industrielles.


Bois fertilité

L’apparition de cavités, consécutives aux diverses tailles, s’accompagne de la formation de terreau issu de la décomposition du bois, de l’apport de matériaux organique et minéral par le vent et les oiseaux. Ce terreau, matière précieuse, était autrefois récolté pour préparer les semis et enrichir le potager.

De tout temps, l’arbre têtard, de part l’importance de sa biomasse, a contribué à enrichir les sols, par l’apport de feuilles et de racines fines décomposées annuellement et restituant au sol divers éléments minéraux dont de l’azote et du carbone.


Fourrage

L’arbre têtard est une véritable "prairie aérienne". Autrefois pratiquée dans toutes les régions d’élevage, la récolte du feuillage et des jeunes rameaux des arbres permettait un apport de fourrage non négligeable, notamment en montagne ou pendant les périodes de sécheresse estivale. L’orme, le frêne et le mûrier blanc, réputés pour la qualité nutritionnelle de leur fourrage, étaient les essences les plus recherchées. Dans un contexte de changement climatique et de sécheresses annoncées, cette pratique plus ou moins abandonnée, va retrouver sa noblesse et son utilité.


La trogne "station d’Épuration"

Les nouvelles réglementations imposent, notamment dans les zones urbanisées et industrielles ainsi que dans les lotissements, la collecte des eaux pluviales. Une alternative aux bassins de récupération et de décantation, pourrait être de créer des cuvettes végétales plantées d’arbres têtards. Ces espaces, s’apparentant à des zones humides, au-delà de leur rôle d’assainissement, contribueraient à la biodiversité, à la production de biomasse, à la reconstitution de prairies humides et à l’embellissement des sites et du cadre de vie, offrant aussi des espaces récréatifs pour les petits et les grands.


Lierre et trognes

Le lierre utilise les arbres comme support, il ne les parasite pas et n’est pas gênant. Sa floraison très tardive offre aux abeilles et autres pollinisateurs leur dernière récolte de pollen avant l’hiver et ses nombreux fruits sont une ressource hivernale très prisée par les oiseaux. Dans la plupart des cas il doit donc être conservé, cependant, quand il s’implante directement dans le terreau d’un arbre têtard, il faut le gérer. D'une part son poids peut devenir préjudiciable à la tenue mécanique de l'arbre. D'autre part, il cache la lumière aux bourgeons dormants, empêchant les nouveaux rejets. A tous les étages, un véritable gratte-ciel pour la biodiversité Lors de la taille de l'arbre, il est donc préférable de le couper.


De multiples fonctions

L’usage originel de l’arbre têtard est la production de bois de chauffage (produits de taille) ou de bois d’œuvre (troncs, rameaux de saules pour la vannerie, etc.) associée au pâturage. Les feuilles des rejets émondés servaient également de fourrage d’appoint pour le bétail.

Entretenus durant des siècles par le monde paysan, ces arbres représentent un patrimoine naturel, paysager et culturel local. Le têtard est également un lieu de vie et de ressources pour de nombreuses espèces animales et végétales. Ils abritent dans leurs cavités et parties mortes des insectes patrimoniaux, notamment des coléoptères saproxylophages (mangeurs de bois morts). Les cavités servent aussi à la nidification d’oiseaux et des petits mammifères (chauves-souris, hérisson…) peuvent également s’y réfugier. Enfin, l’arbre accueille une flore diversifiée : fougères, fleurs sauvages, arbres et arbustes, mousses, lichens...

Ainsi, l’arbre têtard constitue un véritable écosystème aux multiples usages qu’il est important de préserver.



Sources

Annexes

Partager sur :