Mise en place d’un parcours de volailles agroforestier dans le Gers

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Vincent Blagny.

Vincent Blagny, agriculteur éleveur situé à côté de Auch dans le Gers, est un des premiers éleveurs à avoir mis en place des parcours arborés sur son exploitation. Dans cet article, il nous présente comment fonctionne son exploitation et quels sont les avantages de l’agroforesterie dans le cadre d’un élevage de volaille.


Contexte de l’exploitation

Présentation de l’exploitation

L’exploitation de Vincent Blagny est spécialisée en aviculture dans laquelle il a mis en place de l’agroforesterie au sein des parcours de ses volailles et de ses cultures.

  • Localisation : Exploitation située dans le Gers, à Leboulin.
  • SAU : 130ha.
  • UTH : 2.
  • Types de sols :  La majorité des terres sont argilo-calcaires. Certaines des parcelles sont très vallonées ce qui induit des contraintes d’érosion des sols. L’agroforesterie lui permet de lutter contre ce phénomène dans certaines des parcelles.
  • Atelier céréales : blé tendre meunier (40ha en mélange : Renan, Energo, Rouge de Bordeaux pour avoir différents étages de blé et restituer un maximum de paille au sol), soja irrigué (30 ha prévus si le lac se remplit, sinon moins), tournesol (15 ha), pois chiche (7 ha), luzerne et jachère (38 ha).
  • Atelier avicole : Elevage de volaille, poulets de label rouge, (race JA757) 52 800 poulets par an, certifié Certiphyto avec Val de Gascogne depuis 2013. Poulailler en poules pondeuses Bio.
  • Autres productions : Possession d’un cheptel de 12 brebis. Utilisation pour la tonte des parcours arborés. Consommation personnelle du lait et de la viande.
  • Bâtiments et parcours : 4 bâtiments de 400m² accueillant des lots de 4400 poulets de chair par bâtiment en bande unique (les 4 lots en même temps) pour une densité de 11 poulets au m².
  • Parcours : 4 parcours de 1 ha menés en agroforesterie.
  • Engagements professionnels : membre actif de l’association Arbres et Paysages 32. depuis plus de 25 ans, membre d’une CUMA depuis 1996.


Historique

  • 1995 : Reprise de l’exploitation.
  • 1996 : Mise en place d’un atelier de poulets Label Rouge.
  • 1997 : Plantation des premières haies.
  • 2000 : Abandon de la charrue – début des essais en semis direct sous couvert végétal.
  • 2011 : Mise en place de l’agroforesterie en grandes cultures.
  • 2012-2013 : Début de la régénération naturelle assistée (RNA), accompagnée de la plantation de bois semi précieux, assisté par Arbres et Paysages 32.
  • 2018 : Passage à l'Agriculture Biologique. Mise en place d'un atelier de poules pondeuses Bio.


Objectifs et motivations de l’éleveur

Un complément d’alimentation[1]

Le parcours arboré permet une diversification de l’alimentation des poulets des manières suivantes :

  • L’ingestion des différents végétaux présents sur le parcours permet de diminuer jusqu’à 10% l’indice de consommation des poulets d’après la Chambre d’Agriculture du Gers. Cela permet à Vincent Blagny de réaliser des économies sur ses achats d’aliments.
  • Ingestion d’insectes présents sur le parcours : diversifie les ressources protéiques et les apports pour les poulets.
  • Si présence de fourrages sur le parcours, la consommation de ceux-ci permet la diminution de l’utilisation de concentrés. Il est par exemple envisageable de semer du maïs qui va offrir une diversification de l’alimentation aux poulets tout en leur offrant un abri et de l’ombre.
  • Si les essences d’arbres plantées sont fruitières alors les animaux peuvent consommer des fruits issus de ceux-ci (ex : noisetier, noyer, pommier). Les poulets de Vincent Blagny se nourrissent des noix, prunes et poires qui tombent des arbres ce qui contribue encore à diversifier leur alimentation.
  • Le Gain Moyen Quotidien (GMQ) des poulets de Vincent Blagny est de 26g/j ce qui est dans la moyenne, d’après l’Institut techniques des filières avicole, cunicole et piscicole.


Le bien-être animal[1]

Le parcours arboré permet par les manières suivantes de favoriser le bien-être des volailles, de valoriser l’éleveur ainsi que de favoriser un meilleur développement des animaux :

  • La présence d’arbres perturbe les rapaces dans leur prédation et permet aux animaux de se sentir en sécurité, les poulets se mettent à l’abri sous l’ombre offerte par les arbres.
  • L’accès extérieur permet aux volailles d’éviter les nuisances sonores du bâtiment, également l’éleveur peut travailler dans un cadre plus agréable lorsqu’il se rend dans le bâtiment.
  • La fréquentation du parcours par les volailles permet de limiter le stress des animaux et donc de limiter le picage entre eux.
  • Vincent Blagny constate que les poulets apprécient l’effet coupe-vent des haies.
  • L’ombre favorise la régulation de la température des poulets ce qui leur permet d’utiliser pleinement leur énergie pour leur développement.
  • Encourage l’activité motrice des poulets qui est bénéfique pour leur développement.
  • D’après Vincent Blagny, il perd moins de 2% de ses volailles. Cela est inférieur à la moyenne qui est de 3,28% en 2015 selon l’ITAVI. L’agroforesterie permet de limiter la prédation et donc de limiter le taux de mortalité.
  • Il n’y a quasiment aucun problème sanitaire sur l’exploitation de Vincent Blagny, le vétérinaire vient seulement pour le bilan sanitaire, qui est obligatoire.


La fréquentation du parcours par les volailles

Les volailles vont fréquenter le parcours pour les raisons suivantes :

  • L’utilisation du parcours par les poulets s’accentue davantage avec leur développement. Plus les poulets grandissent, plus ils vont explorer le parcours.
  • Les poulets à croissance lente sont plus adaptés à un système agroforestier car ils utilisent davantage le parcours que ceux à croissance rapide. En effet, les volailles sortent au bout de 40 jours environ et commencent à s’approprier le parcours. Les poulets à croissance rapide sont abattus au bout de 51 jours ce qui leur laisserait peu de temps pour s’habituer au parcours. Vincent Blagny sort ses poulets au 42ème jour et les abat au 90ème. Ils ont donc le temps de s’habituer et de profiter des bénéfices du parcours.
  • Les troupeaux d’effectifs réduits, environ 500, sont davantage aptes à se déplacer dans le parcours que les gros troupeaux.[2]


Une diminution de la consommation d’énergie

La mise en place de l’agroforesterie permet la diminution de la consommation d’énergie, selon le Casdar les économies d’énergies peuvent varier entre 250 et 400 € par an sur un bâtiment de 400 m² :

  • Les haies et arbres peuvent amener de l’ombre sur le bâtiment ce qui permet de réguler la température lors de fortes chaleurs.
  • Les haies et arbres ont un effet coupe-vent qui va permettre de limiter les pertes de chaleurs, notamment en hiver.[3]


Un intérêt pour la biodiversité et l’environnement

L’agroforesterie induit les bénéfices suivants sur la biodiversité :

  • Les arbres, arbustes, haies et espèces herbacées permettent de diversifier la présence d’insectes sur le parcours avec notamment une plus forte présence de pollinisateurs.
  • Les arbres permettent une répartition plus homogène des déjections sur le parcours, car ce dernier sera exploré dans sa totalité par les poulets. Ces fientes apportent de l’azote (N) et du phosphore (P) dans le sol qui vont être consommés par les diverses espèces végétales. Les essences plantées sur le parcours et le couvert végétal vont limiter les fuites de ces éléments organiques vers les nappes phréatiques.[2]
  • Vincent Blagny estime qu’environ 20% des fientes de ses volailles sont excrétées en extérieur, le reste pouvant être utilisé comme épandage dans d’autres parcelles.
  • Les poulets, en picorant, vont nettoyer le parcours et permettre un développement optimal des arbres en limitant la concurrence des adventices.[3]

La présence d’arbres et d’espèces herbacées sur le parcours permet d’entretenir le sol et d’en limiter l’érosion.


Un intérêt social

La mise en place d’un parcours arboré permet d’être davantage accepté socialement. En effet, ce parcours permet à l’exploitation d’être mieux intégrée dans le paysage rural et ainsi d’être plus acceptée par les voisins et habitants. Cela contribue à la conservation du paysage agricole, en évitant la présence de bâtiments sans rien autour.

De plus, s’il y a de la vente directe sur la ferme, les consommateurs apprécient de voir un parcours arboré avec des volailles se développant en extérieur. Les consommateurs peuvent être plus enclins à accepter une augmentation du prix de vente s’ils constatent l’investissement mis en œuvre pour le bien-être animal et la qualité des produits qu’ils achètent.

Vincent Blagny explique que les différentes personnes se rendant sur son exploitation sont toujours agréablement surprises de constater une telle présence d’arbres sur son terrain. De plus, contrairement à certains de ses confrères qui peuvent avoir des conflits avec des voisins à cause des bâtiments d’élevage, il n’a jamais eu de problèmes.

Vincent Blagny nous a expliqué que la mise en place de l’agroforesterie dans son exploitation lui a permis de créer son "coin de paradis". Le confort de travail apporté par l’agroforesterie est très valorisant pour le bien-être de l’éleveur.[2]


La disposition du parcours et le choix des essences

Les types de parcours

Il existe plusieurs types de parcours répondant chacun à des attentes différentes de l’agriculteur. Voici les types de parcours existants[1] :

  • Parcours "nu". Celui-ci correspond à un parcours non aménagé ou trop récent pour en voir les bénéfices. Sur ce parcours, les volailles auront tendance à rester proches des bâtiments, car il y a peu d’arbres présents aux alentours.


Vincent Blagny - 1. Schéma du parcours nu.png
Schéma du parcours nu


  • Parcours aménagé type bocager. Cette disposition a pour principal caractéristique la présence d’arbres et de haies en périphérie du parcours. Cet aménagement est bénéfique pour protéger les volailles d’un vent fort. Dans ce type de parcours, les volailles n’exploiteront pas tout l’espace mis à leur disposition par manque d’aménagements sur le parcours. Elles resteront donc proches des bâtiments.
Vincent Blagny - 2. Parcours aménagé type bocager.png
Schéma du parcours aménagé type bocager


  • Parcours avec aménagements de confort. Ce type de parcours a les mêmes caractéristiques que le parcours type bocager. Néanmoins, on peut observer l’ajout d’aménagements de guidage et de confort à la sortie des trappes du bâtiment. Les haies ou arbustes sont plantés sous forme de haies peignes ou de bosquets afin d’inciter les animaux à sortir du bâtiment. Ces aménagements permettent aux animaux d’exploiter une plus grande partie du parcours, environ 25%.


Vincent Blagny - 3. Schéma du parcours avec aménagements de confort.png
Schéma du parcours avec aménagements de confort


  • Le parcours avec aménagements agroforestiers possède les mêmes caractéristiques que le parcours bocager. Cependant, on ajoute des rangées d’arbres supplémentaires, en fond de parcours, permettant à l’agriculteur de générer un revenu additionnel (bois d’œuvre, bois de chauffage, fruits,...). Cet aménagement ne permet pas une exploration plus importante du parcours par les volailles car trop distant du bâtiment. En effet, seulement 5% du cheptel s’aventure au fond du parcours.


Vincent Blagny - 4. Schéma du parcours avec aménagements agroforestiers.png
Schéma du parcours avec aménagements agroforestiers


  • Le parcours diversifié est un mélange entre le parcours avec aménagement de confort et celui avec aménagements agroforestiers. Ce parcours ne permet pas une optimisation complète de la sortie des volailles sur le parcours du fait d’un éloignement trop important entre les différents aménagements. L’agriculteur pourrait implanter des arbres supplémentaires pour optimiser l’utilisation du parcours par les volailles.


Vincent Blagny - 5. Schéma du parcours diversifié.png
Schéma du parcours diversifié


  • Le parcours complet est similaire au parcours diversifié, mais avec les aménagements permettant d’optimiser au mieux l’exploitation du parcours. Les arbres sont présents sur l’ensemble du parcours mais avec un écart de 10 mètres environ entre chaque arbre. Les arbres doivent représenter entre 30 et 50% de la surface de la parcelle. Le parcours complet permet une exploration totale du parcours par les volailles.


Parcours complet type

Vincent Blagny - 6. Schéma du parcours complet type.png
Schéma du parcours complet type


  • Le parcours forestier correspond à l’implantation d’un élevage de volailles directement dans un bois déjà existant. Les bâtiments sont généralement mobiles afin de faciliter leur déplacement. Ce parcours permet une exploration totale de la surface à condition de limiter la densité des végétaux.[4]

Vincent Blagny a planté 5,5km d’arbres au total sur son exploitation. Il a mis en place 3 parcours arborés et un parcours boisé pour ses volailles :

  • Le premier parcours, exposé nord / nord-est a débuté avec la plantation d’une haie en 1997, puis par la plantation de nombreux arbres en 2007.
  • Le second parcours est une petite forêt de chênes de 0,7 ha. Ce parcours est donc un parcours forestier / boisé.
  • Enfin, le troisième et quatrième parcours, exposés plein sud, sont constitués de plusieurs haies en face des bâtiments pour attirer les volailles à l’extérieur, ainsi que de plusieurs arbres pour protéger les bâtiments, et donc les volailles, du vent. Ce dispositif permet une résistance au froid pendant l’hiver.


Le choix des essences

Le choix des essences se fait en fonction des différentes caractéristiques suivantes :

  • Le type de sol.
  • La rapidité de pousse.
  • La hauteur à maturité.
  • L’adaptabilité aux volailles.

Vincent Blagny a planté une diversité d’arbres sur ses parcours afin de répondre à différentes attentes.

Pour commencer, sur son premier parcours, il a planté des essences d’arbres telles que des noyers, merisiers, cormiers, pruniers, acacias, poiriers. Les noyers et les merisiers sont les arbres qui poussent le plus vite, et donc qui peuvent protéger les volailles le plus rapidement.

Le bois de cormier et le bois de poirier franc peuvent être vendus en tant que bois d’œuvre pour la menuiserie.

Comme dit précédemment, le deuxième parcours est un parcours forestier composé totalement de chênes. Le gland peut-être un complément dans l’alimentation des poulets.

Enfin, les troisième et quatrième parcours sont composés de haies d’aubépines. Les aubépines sont connues pour leur adaptation au sol et au climat de la région. On y retrouve également les mêmes arbres que ceux présents sur le parcours 1, avec de nombreux ormes et alisiers qui font partie des meilleurs arbres de la région selon lui, du fait de leur adaptation au climat et au sol de la zone géographique.


Le choix du couvert

Le choix du couvert est important car le semis de ce dernier permet d’éviter les zones nues sur le parcours et de préserver les animaux des zones qui deviendraient boueuses. En effet, les zones boueuses peuvent être des zones de contamination pour les volailles. Un bon semis permet une protection contre les micro-organismes (parasites, bactéries, virus…) pour les volailles.

Pour choisir le couvert, il faut prendre en compte en priorité :

  • la pérennité de ce dernier,
  • sa couverture au sol,
  • son exportation de l’azote.

Les couverts possibles sont le ray-grass, la fétuque, le trèfle, le pâturin, le dactyle.


L’implantation du couvert végétal du sol doit aussi être programmé, dans l’idéal, juste après la plantation et avant l’arrivée des poulets. Dans la mesure du possible, il faut attendre que le couvert ait bien poussé avant de laisser sortir les animaux. Pour cela, il est possible et conseillé de planter le couvert végétal lors des vides sanitaires.

Il est également conseillé de ne pas implanter de couvert à proximité de jeunes plants. En effet, la présence d’un couvert végétal pourrait entraîner de la concurrence et empêcher les jeunes plants de bien s’implanter sur la parcelle. Au-delà de 1 à 3 ans (en fonction de la vitesse de croissance de l’essence), la présence du couvert peut s’avérer utile et permettrait un enracinement profond des plants.

Attention à l’espace de sorties des trappes ! Les zones enherbées dans cette zone peuvent souffrir de la sur fréquentation des volailles, d’autant plus lorsque le parcours n’est pas totalement aménagé. Pour cela, il est conseillé de faire des semis réguliers de blé, d’orge etc… qui constituent une bonne alternative à la prairie.


Pour maintenir un couvert végétal de qualité, le parcours doit être fauché régulièrement car les volailles ne sont pas en mesure de se nourrir de l’herbe mise à disposition.[5]


Mise en place et entretien du parcours

Mise en relation avec une structure de conseil (aides, conseils)

Dans une majeure partie des départements, il existe un institut qui fournit des aides et du conseil pour mettre en place des systèmes agroforestiers de tous types. L’Association Française d’Agroforesterie regroupe ces structures et si certains départements se retrouvent sans structure de conseil spécifique, l’agriculteur peut contacter cette association ou la Chambre d’Agriculture départementale.

Par exemple, pour Vincent Blagny, l’association Arbre et Paysage 32[1] lui a fourni des informations sur les meilleurs arbres à planter selon la position géographique du parcours, sa géologie et ses dimensions. De plus, l’association assure un suivi technique au cours des années suivant la plantation afin d’identifier les essences qui se développent moins bien que les autres pour les remplacer. L’association fournit des informations concernant l’entretien propre à chaque essence et peut aussi proposer des nouvelles techniques qui apparaissent sur les systèmes agroforestiers.


Préparation du terrain et plantation des essences

La base de l’aménagement d’un parcours est l’anticipation. Il est important de partir sur des bases solides car il faut plusieurs années avant d’observer des résultats.

Les travaux de plantation suivants sont à prévoir lors de la mise en place d'un parcours en agroforesterie.


La préparation du sol 

Elle est indispensable pour le bon enracinement et une croissance optimale des arbres et arbustes.

Le déroulement de cette étape est préférable en condition sèche au cours de l’automne. À l’emplacement des arbres, arbustes et haies, le sol doit être décompacté sur 60 à 80 cm de profondeur et sur 1,5 à 2m de largeur. Enfin, le sol doit être éclaté en profondeur et fin en surface, sans semelle entre les deux.

Pour cela, 2 étapes : le décompactage puis l’affinage.

Etapes de la préparation du sol.
Décompactage Affinage
Objectif Éclater et aérer le sol en profondeur pour un meilleur enracinement Obtenir une terre fine et sans herbes
Méthode 1 ou plusieurs passages sur une largeur de 2m autour de l’axe de plantation 1 ou plusieurs passages sur une largeur de 2m autour de l’axe de plantation


Le piquetage 

Il faut définir à l’avance la position des futurs piquets qui permettront de maintenir l’arbre droit lors de sa croissance.


La plantation

  • La préparation des plants : pour les plants à racines nues, il est conseillé de rafraîchir les racines en coupant au sécateur les extrémités sèches ou abîmées puis de praliner les racines afin de les protéger du dessèchement.
  • La mise en terre : une fois les plants préparés, ils doivent immédiatement être mis en terre. Le processus est le suivant :
  1. Ouvrir un trou de 30x30x30cm dans le sol.
  2. Positionner le plant droit avec les racines vers le bas dans le trou.
  3. Positionner le collet légèrement en dessous du sol.
  4. Tasser la terre à la main.
  5. Remonter légèrement le collet pour permettre aux racines de se déplier.


La mise en place d’un parcours prend également en compte la protection et le paillage des plants. Les volailles sont des animaux grattant le sol autour des troncs et pouvant donc abîmer l’arbre. La mise en place d’un grillage autour du tronc à l’aide d’un ou plusieurs piquets est indispensable. La mise en place d’un paillage au sol est également nécessaire pour assurer une bonne reprise des plants et limiter le recours à l’arrosage.

Barrière de protection des arbres


Il existe 3 types de protection :

Avantages et inconvénients des différents types de protection.
Type de protection Avantages Inconvénients Paillis Correspondant (pour efficience maximale)
Gaine simple Très résistant.

Pose simple et rapide.

Difficile d’associer à un paillis. Paillis « dalle souple ».
Grillage métallique Paillage possible.

Evite le grattage.

Pose + longue.

Risque que les animaux grimpent.

Paillis « vrac ».
Grillage plastique large maille Pose simple. Moins résistant. Paillis « vrac ».


Ces protections peuvent être associées à des paillis pour une protection maximale du sol et des plantations :

Avantages et inconvénients des différents types de paillis.
Type de paillis Avantages Inconvénients
Vrac (BRF, paille) Pose simple et rapide.

Bon prix.

Facile à renouveler.

Pas de résistance au grattage.


Dalle souple Résistant au grattage.

Pose simple et rapide.

/
Toile de paillage plastique Résistant au grattage.

Bon prix.

Pose plus compliquée.

Non biodégradable.

Il est conseillé d’implanter son parcours sur un terrain difficile à cultiver si l’on souhaite réaliser d’autres pratiques professionnelles que l’élevage en agroforesterie. En effet, l’agroforesterie est une activité presque définitive et il sera compliqué d’utiliser la parcelle pour l’exploiter autrement.

D’après Vincent Blagny, pour la préparation du terrain, il est important d’utiliser un godet et remuer la terre sur 1 mètre cube afin d’y insérer un arbre d’un an, mesurant 50 cm environ. Il faut ensuite recouvrir le sol de bouses fraîches, de bois raméal fragmenté (BRF) et de terre présente sous un arbre ancien, afin d’y insérer les bactéries et les champignons nécessaires au bon développement de l’arbre.

Il est conseillé de planter des jeunes plants âgés de 2-3 ans maximum. L’agriculteur doit choisir des essences locales et variées, qui sont adaptées aux conditions climatiques et aux sols du lieu de plantation. Les essences doivent également être choisies en fonction de l’utilisation prévue par l’agriculteur (bois d’œuvre, fruits…). La plantation doit se faire entre décembre et mars pour optimiser les résultats attendus.

Il est également conseillé de planter les essences susceptibles de pousser le plus vite le plus proche du bâtiment afin que les volailles puissent en profiter rapidement et que le parcours puisse être exploité.

Il faut veiller à bien aligner les arbres dans les sens de la longueur et de la largeur afin de faciliter le passage des machines agricoles permettant l’entretien de la parcelle.

De plus, il est indispensable de prendre en compte l’orientation et l’exposition de la parcelle par rapport au soleil, afin d’anticiper et de bien choisir les types d’essences que l’on souhaite intégrer au parcours.


Entretien du parcours

L’entretien des aménagements mis en place sur les parcours est très important, surtout lors des premières années. En effet, c’est lors des premières tailles que la forme des arbres va pouvoir être déterminée selon les objectifs visés. Il faudra également contrôler l’enherbement et les protections afin que les arbres et les haies poussent dans les meilleures conditions. Les plants qui sont morts doivent être remplacés le plus tôt possible. Lors des premières années, un suivi sera effectué régulièrement par le technicien responsable de la mise en place. Il sera alors très important de planifier les opérations d’entretien.


Pour l’entretien, plusieurs opérations sont à prévoir :

  • Entretien des protections qui servent à protéger les arbres des animaux. Il se doit d’être réalisé lors des 5 premières années (13 à 17 arbres par heure).
  • Entretien du paillis au pied des arbres. Il se doit d’être réalisé lors des 5 premières années (25 à 50 arbres par heure).
  • Entretien des arbres et des arbustes. Taille des arbres selon l’objectif visé (arbres fruitiers, bois d’œuvre, bois de chauffage, production de Bois Raméal Fragmenté). La taille et l’élagage doivent être réalisés chaque année. Le temps de travail va dépendre des essences implantées dans le parcours, de la hauteur des arbres, mais également du type de taille qui va être choisi.


Vincent Blagny est dans l’obligation d’entretenir ses parcours pour exploiter au maximum leurs bénéfices. Pour trois de ses parcours, il ne s’occupe que de l’entretien des arbres, qu’il taille deux fois par an. Il fait paître ses brebis sur le parcours avant la sortie des poulets afin de limiter la hauteur de la strate herbacée.


Eléments économiques

Investissement

Pour une estimation du coût de mise place d’agroforesterie dans une exploitation volaille, il faut se baser sur les coûts du plant en lui-même, de plantation et d’entretien :

Description des prix de l'investissement.
Description des plants Prix unitaires Quantité pour 1ha si 100 arbres à l’hectare Prix à l’hectare

(33 arbres de chaque catégorie à l’ha)

Arbres forestiers 7,50€ (34) 255,5€
Arbres fruitiers 16,50€ (33) 545€
Arbres fruitiers (à coque) 8,50€ (33) 281€
Total plants (100) 1074€
Fournitures Prix unitaires Quantité Prix à l’hectare
Piquets 1,65€ (100) 165€
Protection cervidés 1,70€ (100) 170€
Paille bottes rondes 360kg 38€ (1) 38€
Grillages métalliques : rouleau de 100m et 1,8m par arbre 46€ (2) 92€
Filet délimitant le parcours (Agriconomie, 2022) 90€ (8) 720€
Total fournitures 1185€
Prix total investissement/ha 2259€


Entretien

Une fois le parcours mis en place, il faut l’entretenir pour bien conduire les arbres afin qu’ils adoptent la forme voulue[5].

Opération à réaliser pour l'entretien du parcours.
Actions annuelles Nombre d’années après plantation Heures nécessaires estimées
Entretien protection 5 15 arbres/h
Entretien pied de l’arbres 5 25 arbres/h
Taille de formation 6 25 arbres/h
Taille d’élagage Année 4 à 8 15 arbres/h
Taille d’élagage Année 8 à 15 10 arbres/h


Aides financières

Aide départementale 32

Dès 2006, le Conseil Départemental du Gers a mis en place un programme d’aide en faveur de l’agroforesterie. En complément des subventions Européennes apportées par la Région Occitanie, le département finance les agriculteurs pour l’installation de systèmes agroforestiers ainsi que leur entretien pendant 3 ans.

Une enveloppe annuelle de 15 000 € est ainsi attribuée par le Département aux plantations agroforestières dans le cadre d’un appel à projet régional.[6]


Autres aides départementales

Comme expliqué précédemment, il existe en général une association de conseil dans chaque département et l’association d’agroforesterie Française regroupe toutes ces structures qui peuvent fournir des aides départementales. Toutes les structures de conseil Françaises sont répertoriées dans un tableau situé en annexe.[7]


Aide Union Européenne

Au niveau Européen, depuis 2006 la Politique Agricole Commune[8] (PAC) intègre les parcelles agroforestières dans ses aides financières. Pour accéder aux droits de paiement de base (DPB), la réforme de la PAC donne une série de critères d’admissibilité qui sont applicables à certains éléments topographiques :

  • Les haies (à condition qu’elles n’excèdent pas 10 mètres de large).
  • Les arbres d’essence forestière.
  • Les bosquets.
  • Les mares (d’une superficie comprise entre 10 et 50 ares).

Le revenu de la PAC est plafonné au nombre de 100 arbres par ha, néanmoins, les essences fruitières, les arbres inclus dans un bosquet et les haies n’ont pas à être comptabilisés.

Une aide appelée "paiement vert" est versée aux producteurs qui respectent la diversité des cultures sur leur exploitation (au moins trois assolements)[9].

Le plan de relance "Plantons des haies" est un programme d’aide national 2019-2024. Il permet aux agriculteurs d’accéder à 2 niveaux d’aide financière[10] :

  • Une première aide "accompagnement" permettant à tous les projets d’agroforesterie d’avoir un appui de conseillers spécialisés et expérimentés.
  • Une seconde aide "investissement" permettant d’obtenir un soutien financier afin de concrétiser les projets de plantation de haies ou d’arbres intra parcellaires.


Revenus de l’agroforesterie

La diversification alimentaire offerte par le parcours permet de diminuer l’indice de consommation (IC : correspondant au poids en kilogrammes d’aliments nécessaire pour produire 1 kilogramme de poids vif) des poulets jusqu’à 10 %, d’après la Chambre d’Agriculture du Gers, comme vu précédemment.


Sur l’exploitation de Vincent Blagny, le coût de l'aliment représente 65% du prix de revient du poulet label. La mise en place de parcours agroforestiers permet de réduire l’IC de 5%, ce qui est très intéressant pour diminuer ses coûts de production. Ainsi, l’IC de ses poulets est de 2,85, ce qui est inférieur et donc meilleur que la moyenne française qui est de 3 selon l’ITAVI. Cela permet d’économiser 337,5g d’aliment par poulets pour des animaux de 2,25 kilogrammes.


Ainsi sur une exploitation élevant 52 800 poulets de 2,25 kilogrammes par an, et avec un prix de l’aliment en moyenne de 105 € le quintal sur les 8 dernières années selon l’ITAVI, l’éleveur peut réaliser une économie allant jusqu’à 178,2 quintaux d’aliments par an soit 18 711 € par an (35 centimes par poulets).

Le prix de l’aliment est variable et a presque doublé en 2022, toujours selon l’ITAVI, ce qui rend l’économie potentielle encore plus importante.[11]


Les haies aux alentours du parcours peuvent permettre de réaliser des économies en conservant le bois comme bois de chauffage. Les haies produisent en moyenne 3 tonnes de matière sèche par kilomètre par an. Cela correspond à environ 8 stères (en général, un stère = 1 m³ de bois avec des bûches de 1 mètre de long). Le prix du stère de bois étant d’environ 70 €, cela permet de réaliser des économies de 560 € par an par kilomètre de haie en moyenne. Ce bois peut aussi être revendu comme bois de chauffage à ce tarif.

La valorisation du bois peut également être avantageuse. Cependant, cette valorisation demande de la patience car il faut attendre plusieurs dizaines d’années avant de pouvoir vendre le bois.

Tableau bilan des coûts et revenus possibles grâce à l'agroforesterie.
Coûts Revenus
Entretien par an  ~10 min/arbre/an Economie sur

l’alimentation  

18 750 € /an
Mise en place 2259 € / ha Economie possible

sur le chauffage  

560 € /an par kilomètre

de haie en moyenne

Vente du bois   De 80 à 1500 € en fonction

de l’essence des arbres et de

leur âge d’exploitation

La mise en place d’agroforesterie n’est pas instantanée, il faut attendre en 2 et 3 ans pour que les arbres grandissent et produisent de l’ombre dans le parcours de volailles. Ce n’est donc véritablement qu’à ce moment-là que l’on peut commencer à observer une rentabilité dans cette mise en place d’agroforesterie. Le coût d’entretien est difficile à estimer financièrement parce que c’est le plus souvent Vincent Blagny qui l’effectuait.


Il ne faut pas non plus négliger le fait que les bénéfices ne sont pas seulement financiers, l’agriculteur y trouve aussi un vrai plaisir personnel à entretenir le parcours et embellir son paysage.

Caractéristique de valorisation des différents arbres en bois d’œuvre[12].
Essence

d’arbre

Age d’exploitation Volume moyen

en m³/arbre

à l’âge minimum

de valorisation

Valorisation

au m³

Chêne 60 à 90 1,5 120 à 200 €
Hêtre 60 à 90 1 80 à 200 €
Frêne 40 à 65 1 80 à 250 €
Merisier 40 à 65 1 200 à 600 €
Alisier 50 à 70 0,3 300 à 1500 €
Cormier 50 à 70 0,35 300 à 1500 €
Noyer 40 à 60 0,86 300 à 1500 €


Le tableau ci-dessus présente les différentes essences d'arbres qui peuvent être valorisées en bois d’œuvre. Les calculs de volume ont été fait à l’âge minimum ou il est possible de valoriser les arbres. On remarque vite que certains arbres comme le cormier et le noyer sont assez intéressant à valoriser malgré leur faible volume. La valorisation de ces arbres en bois d’œuvre permet de générer un revenu complémentaire mais pour Vincent Blagny, il appartiendra à la génération suivante de les valoriser.

Enfin, il est important de savoir que Vincent Blagny ne vend pas ses poulets plus chers sous prétexte qu’il possède des parcours arborés et boisé. Cependant, il économise 5% d’achats sur son alimentation grâce à la mise en place des parcours agroforestiers. Cette économie est non-négligeable pour lui. En effet, une amélioration de l’indice de consommation est visible dès les premiers résultats de cette installation. Cela lui permet de rembourser l’investissement réalisé, et de réaliser des bénéfices à l’exploitation.


Les limites de l’élevage en agroforesterie

  • Vincent Blagny précise que la grippe aviaire est le problème principal de l’élevage de poulets en plein air. Le risque peut venir des oiseaux migrateurs qui viennent se poser dans le parcours, la présence d’arbres augmente ce risque. La grippe aviaire va ainsi forcer les éleveurs à rentrer leurs poulets en intérieur ce qui va empêcher l’agriculteur de valoriser son parcours forestier. Tout de même, les volailles de Vincent restent peu impactées par la grippe aviaire du fait de l’isolement de l’exploitation[1][5][13].
  • Outre la grippe aviaire, l’agroforesterie peut entraîner des problèmes de biosécurité si des animaux sauvages entrent en contact avec les poulets.
  • L’agroforesterie nécessite un entretien qui a un certain coût et qui nécessite de prendre le temps pour entretenir les différentes espèces végétales.
  • Les bénéfices de l’agroforesterie apparaissent sur le long terme. En effet, les arbres prennent environ 10 ans avant d’apporter un bénéfice optimal aux animaux sur le parcours, même si un apport d’ombre et de protection pour les volailles est déjà présent quand l’arbre est plus jeune, au bout de 3 à 4 ans. Le développement de l’arbre va également dépendre du choix de l’essence et de l’entretien effectué.
  • Si l’agroforesterie est mise en place dans un bois déjà existant il faut être attentif à la présence de prédateurs qui peuvent en profiter pour attaquer les poulets.
  • Il faut faire attention à ne pas planter les arbres trop près du bâtiment afin d’éviter de l’abîmer en cas de chute d’arbre.


Conclusion

L’élevage de Vincent Blagny s’inscrit dans un système agroforestier depuis plus de 20 ans, la plantation de ses premières haies sur l’exploitation en 1997 faisant de lui un précurseur de cette transition agroécologique. Avec 3 parcours arborés diversifiés et complets ainsi qu’un parcours boisé, le bien-être des animaux est optimisé car ils ont accès à de nombreux avantages bénéfiques pour leur développement, permettant de plus, d’améliorer significativement les performances économiques de l’exploitation.

De plus, la plantation d’arbres et de haies par Vincent Blagny permet d’améliorer l’environnement de son exploitation, en augmentant sa biodiversité et en préservant la structure de ses sols. Enfin, son exploitation s’insère parfaitement dans le paysage naturel avec les nombreux arbres et haies présents, permettant alors de limiter les conflits de voisinage et de renforcer le bien-être de l’éleveur.

L’installation de parcours arboré via la mise en place de système agroforestier est généralement subventionnée dans la totalité. Selon Vincent Blagny "tous les éleveurs de volailles qui ont la possibilité de planter des arbres et des haies sur leur exploitation doivent le faire, il serait vraiment dommage de s’en passer".





Cultures évoquées



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