Ecophyto Dephy.png

Augmenter la résilience du vignoble de Cognac grâce au mode de conduite Scott Henry

De Triple Performance
Révision datée du 31 juillet 2022 à 13:19 par Bertrand Gorge (discussion | contributions) (Révocation des modifications de Bertrand Gorge (discussion) vers la dernière version créée par Astrid Robette)
(diff) ← Version précédente | Voir la version actuelle (diff) | Version suivante → (diff)
Aller à :navigation, rechercher
Mode de conduite en Scott Henry (crédit photo : Lionel DUMAS-LATTAQUE Chambre d'agriculture Charente-Maritime).


Cet article est issu de la base GECO. Cliquez ici pour accéder à la page d’origine : Logo Geco


Le système étudié a été conduit de façon conventionnelle entre 2013 et 2018 au Lycée agricole de Saintes, en Charente-Maritime, dans le cadre du projet Ecoviti Charentes Cognac : Expérimenter des systèmes viticoles à faible niveau d’intrants phytopharmaceutiques pour la production de vins destinés à la distillation d’eau-de-vie de Cognac. Système DEPHY : CR2 M3.

Origine du système

Le but de cette expérimentation est de définir les conditions d’une "résilience agronomique" du vignoble vis-à-vis des bioagresseurs potentiels dès sa plantation. La stratégie mise en place repose sur la combinaison de paramètres (densité de plantation, porte-greffes, mode de conduite) visant à renforcer la robustesse naturelle du vignoble vis-à-vis des bioagresseurs et de variables opérationnelles (observations, OAD, confinement…) constituant les règles de décision d’entretien et de protection du vignoble.


Dans le dispositif, 3 systèmes de culture sont mis en œuvre, celui qui est étudié dans cette fiche est le système CR2 M3, qui combine densité moyenne, porte-greffe de vigueur forte et taille en Scott-Henry.


Par ailleurs, l’entretien du sol et la pulvérisation confinée sont communs aux trois systèmes. Ils s’appuient sur une analyse globale des interactions "sol / plante / climat / bioagresseurs / pratiques viticoles".


En jouant sur des combinaisons de pratiques, les objectifs à atteindre sont :

  • Abaisser la sensibilité naturelle de la vigne aux agressions bioclimatiques.
  • Améliorer son fonctionnement écophysiologique.
  • Optimiser l'efficience de la protection sanitaire. 


L'objectif est de réduire l’IFT de 50% par rapport à la référence régionale.

Stratégie globale : Evaluation selon la grille d'analyse ESR.

Evaluation selon la grille d'analyse ESR : Efficience-Substitution


Efficience : amélioration de l’efficacité des traitements.

Substitution : remplacement d’un ou plusieurs traitements phytosanitaires par un levier de gestion alternatif.

Reconception : la cohérence d’ensemble est repensée, mobilisation de plusieurs leviers de gestion complémentaires.


Contexte de l'expérimentation

  • Site : Lycée agricole Georges Desclaude. 17100 Saintes (45,76111 -0,65333).
  • Durée de l’essai : 2013-2018.
  • Conduite : Conventionnelle.
  • Type de production : AOP Cognac.
  • Dispositif expérimental : Ce système "DEPHY : CR2 M3" est testé sur une parcelle de 0,25 ha, intégrée dans un dispositif de 3 blocs représentant 3 systèmes de culture, sans répétitions.
  • Système de référence : Le dispositif est adjacent au vignoble de l’exploitation qui servira de référence locale. Un bloc de 0,10 ha fait l’objet d’observations et mesures identiques au dispositif expérimental.
  • Type de sol : Limon argilo-sableux.


Le mot du pilote de l’expérimentation

Dans le cadre des contraintes de production des vins de distillation spécifiques de l’AOP Cognac et dans la perspective d’une demande accrue et persistante des marchés, le but de cette expérimentation est très ambitieux : trouver des systèmes de culture qui permettent une réduction forte et durable de l’usage des pesticides tout en maintenant les objectifs de production élevés et de qualité.

Comme toute expérimentation de "modèle innovant" en culture pérenne, une phase d’apprentissage et de validation sera nécessaire tant pour l’expérimentateur que pour le praticien.

Lionel Dumas-Lattaque (lionel.dumas-lattaque@charente-maritime.chambagri.fr).


Caractéristiques du système

Taille en Scott-Henry. Crédit photo : Lionel Dumas-Lattaque. Chambre d'agriculture Charente-Maritime.
  • Cépage : Ugni-blanc.
  • Porte-greffe : RSB 1.
  • Densité : 3000 ceps/ha, 2,50 m X 1,30 m.
  • Mode de conduite : Scott Henry modifiée.
  • Hauteur palissage : 1,80 m.
  • Système irrigation : Non.
  • Année implantation vigne : 2013.


Spécificité du système de culture

Ce système est basé sur la combinaison de leviers structurels : porte-greffe de forte vigueur, densité relevée de 20%, enherbement permanent, division verticale du feuillage, et annuels : OAD, modulation de dose, pulvérisation confinée.

Entretien du sol : La pratique actuelle consiste en un enherbement semé 1 inter-rang sur 2 en alternance avec un entretien mécanique. Le cavaillon est désherbé chimiquement par deux à trois passages d’herbicides foliaires. Dès 2019, l’achat d’un outil de travail du sol interceps permettra l’arrêt total des herbicides.

Infrastructures agro-écologiques : Les tournières sont enherbées et les haies au nord et à l’ouest de la parcelle sont maintenues.


Objectifs du système

Les objectifs poursuivis par ce système doivent respecter le cadre de contraintes spécifique de l’AOP Cognac :

Agronomiques

Rendement :

  • Objectif de production de 120 à 130 hl/ha ou 10 à 12 hl Alcool Pur/ha.

Qualité :

  • Titre Alcool Volumique Potentiel : 9 à 10 % vol.
  • Acidité Totale : mini 7 g en H2SO4/l de moût.
  • Respect du cahier des charges de la cave coopérative.


Maîtrise des bioagresseurs

Maîtrise des adventices :

  • Pas de concurrence excessive ni de présence de vivaces.

Maîtrise des maladies :

  • Mildiou < 5% de fréquence sur grappes.
  • Absence d'oïdium sur grappes.
  • Pas de défaut d’aoûtement.

Maîtrise des ravageurs :

  • Tolérance au seuil de présence des tordeuses < 10% en fréquence sur grappes.
  • Cicadelles vertes : < 100% en fréquence sur feuilles.


Environnementaux

IFT : Réduire l’IFT d’au moins 50 % par rapport à la référence locale.


Socio-économiques

Coûts de production :

  • Ils doivent rester inférieurs ou égaux aux coûts actuels de 6000 €/ha.

Temps de travail :

  • Inférieur ou égal au système de référence soit 130 à 140 h annuelles/ha.
  • Pénibilité maîtrisée.


Les changements de pratiques mis en œuvre doivent prioritairement maintenir le rendement, la qualité et les temps de travaux équivalents aux références locales. Du fait de la faible pression ravageur et de sa récente mise en production, cette expérimentation a pour but prioritaire la lutte contre les maladies, même si adventices et ravageurs font également l’objet de RDD.


Résultats sur les campagnes de 2016 à 2017

La plantation de cette expérimentation a été réalisée en 2013 et la taille de formation du cep en 2014 et 2015. Les observations des bioagresseurs ont démarré dès 2015 mais la mise en production est plus récente et les résultats ne sont donc disponibles que pour les campagnes 2016 et 2017.


Maîtrise des bioagresseurs

Fréquence Intensité
SDC M3 2015 2016 2017 2015 2016 2017
Mildiou Positif Positif Positif Positif Positif Positif
Oïdium Négatif Neutre Positif Positif Positif Positif
Botrytis Neutre Neutre Neutre Positif Positif Neutre

Niveau de satisfaction vis-à-vis des objectifs :

Positif : Satisfaisant.

Neutre : Moyen.

Négatif : Insatisfaisant.


Globalement, la maîtrise des bioagresseurs est très satisfaisante. Les trois derniers millésimes, se sont différenciés essentiellement par la pression oïdium, mais ils n’ont pas mis en défaut les règles de décision basées sur les observations hebdomadaires et les OAD (modélisation et modulation de dose).


L’analyse de la pression biotique est basée sur une échelle de notation fournie par l'INRA de Bordeaux (L. Delière) qui repose sur l’observation de la "fréquence de ceps avec symptômes" couplée à celle de "l’intensité de l’attaque sur feuille ou grappe".


Cette analyse montre qu'aucun dommage n’affecte la récolte, en revanche des dégâts sur feuilles sont visibles en fin de saison en particulier la présence de mildiou mosaïque de faible intensité sur le haut du feuillage et par conséquent sans effet sur la quantité ni la qualité de la vendange ou sur l’aoûtement des sarments.


La faible pression des tordeuses et des cicadelles vertes évite une protection spécifique. Seule la réglementation impose les traitements obligatoires sur la cicadelle vectrice de la flavescence dorée dont les traitements permettent la maîtrise parallèle de l’éventuelle présence de cicadelles vertes.


Si l’on compare le système CR2 M3 par rapport à la référence locale, il n’y a pas de différence notable vis-à-vis des bioagresseurs puisque leur présence en intensité est toujours de l’ordre du dégât et jamais du dommage, ni de la perte. On constate seulement en 2017 une fréquence plus importante de botrytis dans la référence.


La maîtrise des adventices est globalement bonne puisque le viticulteur accepte la présence de ronds ou bandes d’herbe peu concurrentielle pour la vigne. Le passage à l’entretien mécanique des rangs en 2019, demandera d’améliorer le système décisionnel en particulier au printemps pour amoindrir les risques de gel.


Performances

IFT/Bioagresseur 2016 2017
IFT Mildiou 6.45 3.35
IFT Oïdium 5.00 2.77
IFT Excoriose 0.24 0.00
IFT Flavescence dorée 2.00 2.20
IFT Désherbage 0.98 0.55
IFT Total 14.43 8.87
Réduction / IFT réf régionale -20% -51%


Indicateurs de Production 2016 2017
Poids (kg/cep) 6.6 6.1
Rendement (hl/ha) 145 135
Titre Alcool Volumique Potentiel 7.3 7.7
Production en hl Alcool Pur/ha 10.6 10.4
Acidité totale en g/l 7.7 9.5
pH 2.80 2.95
N Assimilable 2015 208 124


Le code couleur exprime le niveau de satisfaction des résultats vis-à-vis des objectifs :

Vert = résultat satisfaisant. Jaune = résultat moyennement satisfaisant. Rouge = résultat insatisfaisant.


La réduction de l’IFT total dépend essentiellement de la maîtrise du mildiou et de l’oïdium.


Avec seulement deux années de recul et d’ajustement des règles de décision, il apparaît que ce système permet l’atteinte de l’objectif de réduction massive de l’usage des pesticides, avec pour la campagne 2017 une réduction d’IFT total de 51% par rapport à la référence régionale.


La productivité apparait régulière et la qualité de la récolte est très satisfaisante. Cependant, une période complémentaire d’observations, tant sur le plan des objectifs de réduction des pesticides que du respect des contraintes de production, permettra de valider la durabilité de ce système.


Zoom sur la taille Scott Henry

Zoom sur le Scott Henry. Crédit photo : Lionel Dumas-Lattaque. Chambre d'agriculture Charente-Maritime.

Comment favoriser une bonne répartition du feuillage pour augmenter la surface foliaire éclairée, améliorer la mise à fruits et réduire l’entassement de végétation favorable aux bioagresseurs ? La taille Scott Henry pourrait répondre à cette question par la mise en œuvre de la division verticale du feuillage.


Elle consiste lors des relevages à inverser le plan de palissage vers le sol de la moitié du feuillage ce qui permet de réduire l’épaisseur de la canopée et d’améliorer le microclimat des grappes.


Dans la taille Scott Henry, la formation du pied s’effectue comme pour une taille en guyot double. La différence se situe dans le mode d’attache des lattes sur deux fils porteurs décalés de 20 cm. Lors des relevages, les rameaux de la latte inférieure sont destinés à être abaissés alors que ceux de la latte attachée sur le fil du dessus sont relevés normalement.


L’effet attendu est une diminution de la sensibilité aux bioagresseurs par l’aération de la canopée, et en particulier de la zone fructifère, et une amélioration de l’efficience de la pulvérisation.


Transfert en exploitations agricoles

Le mode de conduite Scott Henry ne nécessite pas d’apprentissage particulier pour des viticulteurs habitués aux tailles longues (guyot ou arcure).


La structure du palissage doit être aménagée pour que les deux fils porteurs soient positionnés entre 0,90/1m et 1,2/1,3m de hauteur. Une paire de fils de rabattage doit aussi être prévue pour la phase d’abaissage de la moitié de la canopée. Enfin, il faut prévoir un passage de rognage ou de broyage lorsque les rameaux commencent à rejoindre le sol.


Parmi les autres leviers mis en œuvre (OAD, pulvérisation confinée...), l’augmentation de la densité par le resserrement de l’écartement des rangs de 3 m (très répandu en Charentes) à 2,5 m nécessite de réfléchir à la mise en place d’un plan pluriannuel de restructuration du vignoble avec des investissements dans du matériel de traction et d’entretien adapté.


Pistes d’améliorations du système et perspectives

La technique de relevage/abaissage et le positionnement des fils de rabattage doivent être améliorés afin d’éviter la casse et/ou le faible maintien en position des rameaux inversés.


Ce point de vigilance étant repéré, ce mode de conduite laisse entrevoir d’intéressantes perspectives de développement car, techniquement, il peut être adopté rapidement par les viticulteurs.


Son acceptabilité repose essentiellement sur une organisation du travail pour la mise en place de la structure du palissage et la méthode de relevage/abaissage du feuillage.


Stratégie de gestion des maladies

Seuls les principaux leviers mis en œuvre dans le cadre de l’expérimentation et permettant une réduction de l’utilisation des produits phytosanitaires sont présentés sur ce schéma. Il ne s’agit pas de la stratégie complète de gestion des maladies :

Stratégie de gestion des maladies


Maladies cibles : Mildiou, oïdium, black-rot et botrytis.

Objectifs de production : Rendement de 10 à 12 hl d’alcool pur/ha, soit 120 à 130 hl/ha entre 9 et 10 % vol.

Objectifs sanitaires:

  • Mildiou/ Oïdium/Black-rot : Faible présence sur feuilles. Symptômes sur grappes sans incidence sur le rendement ou la qualité.
  • Botrytis : Tolérance sur grappes : Inf. à 5 % en intensité.


Levier taille en Scott Henry

Principes d'action

Taille en guyot double décalée avec division verticale du feuillage. La technique consiste à inverser vers le sol le plan de palissage de la moitié du feuillage. L’autre moitié est relevée verticalement. Les effets attendus : réduire l’épaisseur du feuillage, améliorer le microclimat des grappes et augmenter l’efficacité de la pulvérisation.


Enseignements

La taille en guyot double est connue mais l’attachage sur deux fils décalés en hauteur nécessite une adaptation pour des tailleurs habitués aux tailles classiques. L’installation nécessite un fil porteur et un fil d’abaissage supplémentaires. La méthode et la période de relevage /abaissage de la végétation nécessite des ajustements annuels.


Levier enherbement 1 rang/2

Principes d'action

Maîtrise de la vigueur annuelle. Les 3 à 4 tontes/an effectuées en fonction de la pousse et de l’effet sur la vigne visent à éviter les à coups de végétation en régulant l’alimentation hydrique et azotée. L’effet attendu de ce levier tactique est complémentaire du levier mode de conduite. L’autre inter-rang est cultivé mécaniquement.


Enseignements

La tonte ne doit pas être trop rase afin de réguler une activité trop intense et contre productive de l’enherbement.


Levier modulation des doses et pulvérisation confinée

Principes d'action

La concentration variable de pesticides (calculée en fonction de l’état de la végétation et du risque de maladies) couplée à la pulvérisation confinée augmente l’efficience des traitements. Premier traitement et renouvellement en fonction des observations, du modèle de prévision des risques et de la végétation.


Enseignements

Ces deux techniques nécessitent un accompagnement technique et/ou un investissement financier mais elles sont maintenant connues des viticulteurs et assez aisées à mettre en œuvre.


Action pilotée par le ministère chargé de l'agriculture et le ministère chargé de l’environnement, avec l’appui financier de l’Agence française pour la biodiversité, par les crédits issus de la redevance pour pollutions diffuses attribués au financement du plan Ecophyto.

ScottHenry LogosPartenaires.jpg


Sources

Ce retour d'expérience est issu de la fiche Système de culture expé, document réalisé par Lionel Dumas-Lattaque. Chambre d’agriculture de Charente-Maritime.


Annexes

Leviers évoqués dans ce système

Bioagresseurs évoqués

Materiel évoqué

Cultures évoquées

En crowdfunding sur
Partager sur :